«pu­re­té des armes» et la réa­li­té des armes»

El Watan (Algeria) - - Contribution -

Nous voyons donc que plu­sieurs po­li­tiques et re­li­gieux is­raé­liens ne sont pas en fa­veur de cette doc­trine de la «pu­re­té des armes». Et, comme nous le mon­tre­rons dans la deuxième par­tie de cet ar­ticle, cette théo­rie n’est pas ap­pli­quée sur le ter­rain mi­li­taire et sur ce­lui du trai­te­ment des ci­vils et des pri­son­niers de guerre.

LA RÉA­LI­TÉ DE LA «VIO­LENCE DES ARMES» (OU «FORCE DES ARMES») SUR LE TER­RAIN

Face à cette hy­po­thé­tique «pu­re­té des armes», sur le ter­rain mi­li­taire et sur ce­lui du trai­te­ment des pri­son­niers de guerre et des ci­vils pa­les­ti­niens [et li­ba­nais], l’ar­mée is­raé­lienne ap­plique plu­tôt la théo­rie op­po­sée : celle de la «vio­lence des armes» (ou «force des armes»), et on pour­rait même par­ler de «l’im­pu­re­té des armes». Il fau­drait plu­sieurs ar­ticles, voire même plu­sieurs ou­vrages, pour dé­crire toutes les atro­ci­tés com­mises par Is­raël de­puis sa créa­tion en l948. C’est pour­quoi il nous suf­fi­ra ici de ci­ter quelques exemples qui in­di­que­ront le de­gré de cruau­té que l’ar­mée is­raé­lienne fait su­bir aux com­bat­tants, pri­son­niers de guerre et ci­vils pa­les­ti­niens et li­ba­nais. Com­men­çons par les meurtres et mas­sacres de com­bat­tants pa­les­ti­niens. L’exemple sui­vant montre, on ne peut mieux, la vio­lence de l’ar­mée is­raé­lienne contre les Pa­les­ti­niens : «Les hommes [Pa­les­ti­niens] furent pris de leurs mai­sons à par­tir de mi­nuit, en py­ja­mas, dans le froid. Les no­tables et autres hommes furent concen­trés dans le car­ré de la mos­quée et lais­sés là jus­qu’au pe­tit ma­tin. Entre-temps, les gardes-fron­tières [is­raé­liens] (connus pour leur cruau­té) pé­nètrent dans les mai­sons, battent les gens en criant et in­sul­tant. Au cours des nom­breuses heures où les cen­taines de Pa­les­ti­niens étaient gar­dés sur le car­ré de la mos­quée, les sol­dats is­raé­liens leur in­ti­mèrent l’ordre d’uri­ner et de dé­fé­quer les uns sur les autres, de chan­ter Ha­tik­va [l’hymne na­tio­nal is­raé­lien] et de crier “Vive l’Etat d’Is­rael”. Plu­sieurs fois, les Pa­les­ti­niens furent bat­tus et ordre leur a été don­né de ram­per sur le sol. Cer­tains ont même re­çu l’ordre de su­cer le sol avec leur langue. Au même mo­ment, on fit ve­nir quatre ca­mions et, en mi-jour­née, les Pa­les­ti­niens furent em­bar­qués dans les ca­mions, en­vi­ron une cen­taine dans chaque ca­mion, et furent conduits comme des mou­tons au quar­tier gé­né­ral de l’ad­mi­nis­tra­tion is­raé­lienne à He­bron. Et, le jour du Ho­lo­causte [Yom HaS­hoah, ou Yom Ha­zi­ka­ron], le 27 jan­vier [27 ni­san, en hé­breu]… les Pa­les­ti­niens qui étaient ar­rê­tés furent obli­gés d’écrire avec leurs propres mains des chiffres, en sou­ve­nir des Juifs qui étaient dans les camps d’ex­ter­mi­na­tion» (Noam Chom­sky, op. cit., p. 150). Le deuxième exemple concerne les ef­fets de l’in­va­sion du Li­ban en 1982 par Is­rael : «[…] des ci­me­tières rem­plis à dé­bor­der, des Pa­les­ti­niens en­ter­rés dans des ci­me­tières col­lec­tifs, des hô­pi­taux ayant un be­soin urgent de mé­di­ca­ments, des or­dures qui s’amon­cellent par­tout, des corps en train de se dé­com­po­ser sous des tonnes de gra­vats, des bâ­ti­ments en ruines, des morgues ré­fri­gé­rantes rem­plies de corps, des corps as­sem­blés les uns sur les autres sur le sol des hô­pi­taux, quelques doc­teurs es­sayant de trai­ter des vic­times de bombes à phos­phore et à pro­jec­tiles, Is­raël blo­quant les mé­di­ca­ments et équi­pe­ments de la Croix-Rouge, des hô­pi­taux bom­bar­dés, des opé­ra­tions chirurgicales in­ter­rom­pues par les bom­bar­de­ments is­raé­liens, etc». (William Far­rell, New York Times, June 13, 1982). La tor­ture est un autre moyen uti­li­sé quo­ti­dien­ne­ment par l’ar­mée et les ser­vices d’in­tel­li­gence is­raé­liens, ain­si que le montre un té­moi­gnage d’Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal : «The Edi­tor of an Ara­bic jour­nal in Is­rael — Rib­hi ai-Aru­ri re­ports that he [the Edi­tor] was ta­ken to the in­ter­ro­ga­tion cen­ter in Je­ru­sa­lem, bea­ten for an hour, hand­cuf­fed with a sack over his head, in­ter­ro­ga­ted for days while de­pri­ved of sleep and food, pla­ced fi­nal­ly in a cup­board that per­mits on­ly stan­ding and kept there for an en­tire day, then again for two full days wi­thout food… then pla­ced un­der a six-month de­ten­tion wi­thout trial» (L’édi­teur d’un jour­nal arabe en Is­raël, Rib­hi al-Uru­ri, ra­conte qu’il a été conduit dans un centre d’in­ter­ro­ga­tion à Jé­ru­sa­lem, bat­tu avec des coups de pied pen­dant une heure, les mains li­go­tées tout en por­tant un sac sur la tête, in­ter­ro­gé pen­dant des jours sans som­meil ni nour­ri­ture, pla­cé dans une boîte en car­ton qui ne per­met­tait que la sta­tion de­bout, et lais­sé là une jour­née en­tière, puis pen­dant plu­sieurs autres jours, sans ali­ments… puis pla­cé dans un centre de dé­ten­tion sans ju­ge­ment). (Noam Chom­sky, op. cit., p, 576). Le der­nier exemple que nous ci­te­rons est le cas rap­por­té par Ch­ris Gian­nou, chi­rur­gien ca­na­dien, par­lant «d’un doc­teur pa­les­ti­nien sus­pen­du par les bras à un arbre et d’un chi­rur­gien ira­kien, bat­tus par plu­sieurs gardes is­raé­liens de fa­çon per­ni­cieuse, et aban­don­nés sur le sol, la face en­ter­rée dans le sable, et ce­la en pré­sence d’un co­lo­nel is­raé­lien qui n’a rien fait». (Té­moi­gnage du Dr Ch­ris Gian­nou de­vant le Con­grès, 13 juillet 1982). Comme nous le ver­rons dans la suite de cet ar­ticle, ces atro­ci­tés et des mil­liers ou mil­lions d’autres sont res­tées im­pu­nies par la jus­tice is­raé­lienne et par les gou­ver­ne­ments des pays oc­ci­den­taux dits dé­mo­cra­tiques cen­sés être

pour la jus­tice.

L’IM­PU­NI­TÉ FACE À LA «VIO­LENCE DES ARMES»

Comme nous le ver­rons dans les exemples sui­vants, les atro­ci­tés com­mises par l’ar­mée is­raé­lienne du­rant et après les agres­sions en­tre­prises contre des vil­lages pa­les­ti­niens, sur les pri­son­niers de guerre, et sur les po­pu­la­tions ci­viles pa­les­ti­niennes, sont de­meu­rées et conti­nuent de de­meu­rer gé­né­ra­le­ment im­pu­nies ou très fai­ble­ment pu­nies aus­si bien par la jus­tice mi­li­taire que la jus­tice ci­vile is­raé­liennes. Il faut tout de suite dire que ces cas d’im­pu­ni­té sont tel­le­ment fré­quents et nom­breux qu’il n’est pas pos­sible, dans l’es­pace de cet ar­ticle, de les re­la­ter tous. Il nous suf­fi­ra donc de ci­ter quelques exemples que nous pen­sons être re­pré­sen­ta­tifs de ce dé­ni gé­né­ra­li­sé de jus­tice. Pre­mier exemple : «En dé­cembre 1987, une fille pa­les­ti­nienne, In­tis­sar al-Atar, a été tuée dans la cour de son école par un sol­dat is­raé­lien, Shi­mon Yi­frah. Ce der­nier a été ar­rê­té puis re­lâ­ché parce que la Cour suprême is­raé­lienne a dé­ter­mi­né que le meurtre n’était pas as­sez sé­vère pour mé­ri­ter la dé­ten­tion. En sep­tembre 1989, il a été ac­quit­té de toutes les charges à l’ex­cep­tion de celle de «mort par né­gli­gence». Le juge, en ef­fet, a ex­pli­qué que le meur­trier avait seule­ment pour in­ten­tion de faire peur à la fille. Par consé­quent : «This is not a case of a cri­mi­nal per­son who has to be pu­ni­shed, de­ter­red or taught a les­son by im­pri­so­ning him» (Ce n’est pas un cas d’une per­sonne ju­gée cri­mi­nelle et ne né­ces­site donc pas d’être pu­ni, dé­cou­ra­gé, ou à qui il y a lieu de don­ner une le­çon en l’em­pri­son­nant) (Noam Chom­sky, op. cit., p. 541). Le deuxième exemple ci­té dans la même source ci-des­sus in­di­quée est ce­lui d’un co­lo­nel de l’ar­mée is­raé­lienne, Ye­hu­da Meir, qui a «or­don­né à ses sol­dats de bri­ser les bras et les jambes de Pa­les­ti­niens dans les vil­lages de la Rive Ouest, mais qui n’a ja­mais été in­cri­mi­né par la jus­tice mi­li­taire is­raé­lienne» (Noam Chom­sky, op. cit., p. 543). Le troi­sième exemple d’im­pu­ni­té est le cas de Chaim Her­zog, an­cien Pré­sident is­raé­lien de 1983 à 1993, qui «a ré­duit les sen­tences de ter­ro­ristes juifs — qui ont as­sas­si­né trois Pa­les­ti­niens et en ont bles­sé 33 autres au cours d’une at­taque au fu­sil et à la gre­nade à l’Uni­ver­si­té is­la­mique de He­bron — de la per­pé­tui­té en pri­son à seule­ment 15 ans» (Noam Chom­sky, op. cit., p. 572). Le der­nier exemple que nous évo­que­rons, qui re­monte à 1948, — et, comme nous l’avons dit, ces exemples ne sont qu’un échan­tillon sur un nombre al­lant de mil­liers à mil­lions de cas — est ce­lui du lieu­te­nant is­raé­lien Sh­muel La­his «Who mur­de­red se­ve­ral do­zens of Arab ci­vi­lians he was guar­ding in a mosque in the un­de­fen­ded Le­ba­nese vil­lage of Hu­la in 1948. He [Sh­muel La­his] was sen­ten­ced to se­ven years in pri­son, im­me­dia­te­ly am­nes­tied, and gran­ted a lawyer’s li­cense on the grounds that the act car­ried ‘no stig­ma’. La­ter, he was ap­poin­ted Se­cre­ta­ry Ge­ne­ral of the Je­wish Agen­cy, the hi­ghest exe­cu­tive po­si­tion in the World Zio­nist Or­ga­ni­za­tion» (Sh­muel La­his a mas­sa­cré plu­sieurs dou­zaines de ci­vils arabes dont il avait la garde dans une mos­quée dans le vil­lage li­ba­nais non pro­té­gé de Hu­la en 1948. Il a été condam­né à sept ans de pri­son et im­mé­dia­te­ment am­nis­tié et a ob­te­nu une li­cence d’avo­cat car, pen­sait-on, le crime n’avait pas lais­sé de «stig­mates». Plus tard, il a été nom­mé Se­cré­taire gé­né­ral de l’Agence juive, le plus haut poste au sein de l’Or­ga­ni­sa­tion sio­niste mon­diale). (Noam Chom­sky, op. cit., p. 573). Ces quelques exemples montrent com­bien la jus­tice is­raé­lienne est laxiste quand il s’agit de meurtres com­mis par les sol­dats is­raé­liens, mais très sé­vère quand il s’agit d’actes com­mis par les Pa­les­ti­niens, si pe­tits soient ces actes, comme par exemple je­ter des pierres sur les sol­dats is­raé­liens.

CONCLU­SION

En dé­pit du sup­po­sé prin­cipe de «pu­re­té des armes» in­vo­qué par Is­raël, l’ar­mée is­raé­lienne ne s’est pas em­pê­chée — loin s’en faut — de com­mettre les mas­sacres les plus ré­pré­hen­sibles que l’hu­ma­ni­té puisse ima­gi­ner, le plus bru­tal et bar­bare étant ce­lui de Sa­bra et Cha­ti­la en 1982.

Dans l’ana­lyse qui pré­cède, nous avons vu que, en dé­pit du sup­po­sé prin­cipe de «pu­re­té des armes» in­vo­qué par Is­raël, l’ar­mée is­raé­lienne ne s’est pas em­pê­chée — loin s’en faut — de com­mettre les mas­sacres les plus ré­pré­hen­sibles que l’hu­ma­ni­té puisse ima­gi­ner, le plus bru­tal et bar­bare étant ce­lui de Sa­bra et Cha­ti­la en 1982. Nous avons vu aus­si que ces atro­ci­tés, com­mises par l’ar­mée is­raé­lienne, sont en to­tale contra­dic­tion avec la pro­pa­gande — qui est ad­mise en Is­raël, mais aus­si dans des pays comme les Etats-Unis et les pays d’Eu­rope — se­lon la­quelle «Is­rael is the sym­bol of hu­man de­cen­cy» (Is­rael est le sym­bole de la dé­cence hu­maine) ou en­core la no­tion de «Beautiful Is­rael» qu’Is­raël et les pays qui le sup­portent éga­le­ment pro­pagent dans la presse et les ins­tances in­ter­na­tio­nales. Ces crimes contre l’hu­ma­ni­té sont éga­le­ment en contra­dic­tion avec d’autres slo­gans qu’on lit ré­gu­liè­re­ment dans la presse, comme par exemple qu’Is­raël est une «So­cie­ty in which mo­ral sen­si­ti­vi­ty is a prin­ciple of po­li­ti­cal life» (New York Times, Fe­brua­ry 19, 1988), ou en­core qu’Is­raël a tou­jours été gui­dé par «a high mo­ral pur­pose» (Is­raël a tou­jours été gui­dé par un ob­jec­tif hau­te­ment mo­ral) (Time, Oc­to­ber 11, 1982). Na­tu­rel­le­ment, Is­raël conti­nue de nier ces atro­ci­tés — sup­por­té par le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, son supporter de tou­jours — et d’igno­rer les dé­ci­sions de l’ONU condam­nant ces atro­ci­tés. Pour se ra­fraî­chir la mé­moire, peut-être que le gou­ver­ne­ment is­raé­lien de­vrait re­lire le rap­port écrit par la Mis­sion de l’ONU sur la Re­cherche des Faits sur la Guerre de Gha­za (Uni­ted Na­tions Fact Fin­ding Mis­sion on the Gaza Con­flict), di­ri­gée par Ri­chard Gold­stone, un juge sud-afri­cain, lui­même de confes­sion juive, pour réa­li­ser que ces atro­ci­tés sont «réelles» et consi­dé­rées par plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales comme crimes contre l’hu­ma­ni­té. Et, ain­si que l’a no­té le site in­ter­net Gro­tius In­ter­na­tio­nal le 28 sep­tembre 2009 : «Is­rael should be gra­te­ful to judge Gold­stone : maybe he will suc­ceed in what all the rest be­fore him fai­led, na­me­ly to put a mir­ror in front of the Is­rae­li so­cie­ty, ar­my and government and tell them, look, this is the way you real­ly look» (Is­raël de­vrait être re­con­nais­sant au juge Gold­stone : peut-être qu’il [Gold­stone] au­ra réus­si là où tous avant lui avaient échoué, à sa­voir pla­cer un mi­roir en face de la so­cié­té, de l’ar­mée et du gou­ver­ne­ment is­raé­liens, et à leur dire : Re­gar­dez, voi­ci com­ment vous êtes en réa­li­té) (Gi­deon Le­vy, Gro­tius In­ter­na­tio­nal, Sep­tem­ber 28, 2009). A. I. Notes :

1)- «Ce que disent les non-Juifs im­porte peu ; ce qui im­porte est ce que les Juifs font» (BenGu­rion)

2)- «Les fron­tières d’Is­rael sont là où les Juifs vivent, non là où il y a une ligne sur une carte gé­gra­phique» (Gol­da Meir)

3)- Al Ha­mish­mar est un quo­ti­dien is­raé­lien ap­par­te­nant à l’an­cien Par­ti de gauche et en­vi­ro­ne­men­ta­liste, Ma­pam, au­jourd’hui Me­retz

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