La double mort du poète !

El Watan (Algeria) - - L’époque - Z.

Né le 23 fé­vrier 1943 à Bou­dious, une pe­tite bour­gade ru­rale, au­jourd’hui trans­for­mée par l’ar­ro­gante avan­cée du bé­ton, à la

pé­ri­phé­rie de la ville d’El Mi­lia.

As­sas­si­né dans des cir­cons­tances atroces par des ter­ro­ristes is­la­mistes, à l’Ins­ti­tut na­tio­nal agro­no­mique d’El Har­rach, la nuit du 27 au 28 dé­cembre 1993, le poète, écri­vain et so­cio­logue, You­cef Sebti, est un homme ou­blié dans son vil­lage. Né le 23 fé­vrier 1943 à Bou­dious, une pe­tite bour­gade ru­rale, au­jourd’hui trans­for­mée par l’ar­ro­gante avan­cée du bé­ton, à la pé­ri­phé­rie de la ville d’El Mi­lia, le poète n’in­carne au­jourd’hui que le sou­ve­nir d’un in­tel­lec­tuel, une se­conde fois as­sas­si­né dans son vil­lage na­tal. Hor­mis un vague pe­tit rap­pel de ses ori­gines de cette ville sur une page Fa­ce­book lo­cale, la mort de You­cef Sebti est pas­sée in­aper­çue. Comme par le pas­sé, elle n’a été évo­quée que par les sou­ve­nirs que gardent de lui cer­tains de ceux qui l’ont connu. «Il est vrai que You­cef a vé­cu à Al­ger, mais ses ra­cines sont ici à El Mi­lia», rap­pel­len­tils. Le comble est qu’il de­meure un illustre in­con­nu pour beau­coup dans la ville qui l’a vu naître, no­tam­ment par­mi les jeunes, qui n’ont ja­mais eu l’oc­ca­sion de croi­ser son nom. Après une en­fance pas­sée à l’école de sa ville na­tale et des études au ly­cée fran­co­mu­sul­man de Cons­tan­tine, le par­cours du poète l’a me­né à Al­ger, où il a en­sei­gné la so­cio­lo­gie ru­rale à l’INA d’El Har­rach. Avec Ta­har Djaout, tom­bé lui aus­si sous les balles as­sas­sines du ter­ro­risme is­la­mistes, le 26 mai 1993, il fai­sait cause com­mune pour ani­mer la re­vue cultu­relle de l’as­so­cia­tion El Dja­hi­diya. Son re­cueil de poèmes, édi­té en 1981, L’en­fer et la fo­lie, est le plus connu. Dans sa ville na­tale, à El Mi­lia, cer­tains s’em­pressent d’émettre le voeu de voir le ly­cée, en construc­tion au centre-ville, bap­ti­sé en son nom pour lui rendre hom­mage et res­sus­ci­ter son sou­ve­nir dans le vil­lage de son Bou­dious na­tal. Et qui peut mieux que ce poète illus­trer cette ville à tra­vers son Oued El Ké­bir du temps de ses grandes crues d’hi­ver par ces vers: «Il se peut que l’oued El Ké­bir dé­borde, qu’il en­va­hisse val­lées et plaines, qu’il em­porte chênes, oli­viers, troncs, qu’il re­couvre de sa boue les terres ; qu’il re­jette de son ventre des pois­sons inertes.» A tra­vers ce su­blime pas­sage, ceux qui ont été té­moins des crues, au­jourd’hui en­di­guées par un bar­rage de cet oued, sai­si­ront, dans leurs in­times sou­ve­nirs, leur sens. Le sens d’un oued qui rap­pe­lait à You­cef son dé­chaî­ne­ment en hi­ver.Amor

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