La bu­reau­cra­tie et la cor­rup­tion, deux maux pro­fonds

Au­jourd’hui, la bu­reau­cra­tie et la cor­rup­tion ne sont plus l’apa­nage d’une ré­gion, d’une ad­mi­nis­tra­tion, d’un or­ga­nisme ou d’un of­fice pu­blic.

El Watan (Algeria) - - Région Centre - A. Te­ta

La si­tua­tion n’a pas chan­gé d’un io­ta. Les salles d’at­tente ne désem­plissent pas le mer­cre­di, jour fixé pour les au­diences du pu­blic, que ce soit au ni­veau de l’APC, de la daï­ra où de la wi­laya.

Pis en­core, au ni­veau de cer­taines ad­mi­nis­tra­tions, des gens qui viennent de très loin sont obli­gés de re­ve­nir plu­sieurs fois pour ré­gler leurs af­faires, et en­core. Pour­tant, des me­sures ont été prises par les hautes ins­tances du pays pour éra­di­quer le mal de la bu­reau­cra­tie et son co­rol­laire, la cor­rup­tion, qui conti­nuent à gan­gre­ner la so­cié­té en­tière. Chaque mer­cre­di, c’est le même spec­tacle dé­so­lant qui se ré­pète, on as­siste à des bous­cu­lades et à des ac­cro­chages ver­baux entre ci­toyens, ir­ri­tés par les in­ter­mi­nables files d’at­tente. Par­fois, cer­tains se re­tournent contre les agents de ser­vice pour dé­ver­ser leur co­lère en les trai­tant de tous les noms. Dans les pays qui se res­pectent, c’est le droit de l’ad­mi­nis­tré qui doit al­ler vers ce­lui-ci frap­per à sa porte sans pour ce­la le dé­ran­ger. Chez nous, c’est tout à fait le contraire, il faut faire le par­cours du com­bat­tant pour pou­voir ob­te­nir ses droits lé­gi­times, et en­core. Car les an­ciens ré­flexes d’es­prits tor­dus sont tou­jours là, an­crés. Ils ont la peau dure. Le ci­toyen ne re­çoit par­fois même pas une simple ré­ponse à son cour­rier. Et dire que des mé­ca­nismes hau­te­ment mé­dia­ti­sés ont été mis en place pour lut­ter contre ces maux so­ciaux il y a quelques an­nées, en ins­tal­lant des cel­lules d’écoute aux ni­veaux com­mu­nal et wi­layal, pour prendre en charge sé­rieu­se­ment et ef­fi­ca­ce­ment les pro­blèmes qui pré­oc­cupent les ci­toyens. Un sem­blant de guerre dé­cla­rée contre les pra­tiques bu­reau­cra­tiques im­po­sées par de vé­reux fonc­tion­naires pour se faire pré­va­loir de­vant l’im­puis­sance du ci­toyen lamb­da. Mal­heu­reu­se­ment, ce concept com­mence à flé­chir après une courte ex­pé­rience qui n’a pas don­né de bons ré­sul­tats, car la plu­part des au­diences ac­cor­dées tour­naient au­tour de pro­blèmes cru­ciaux qui sem­blaient in­so­lubles à court terme : le lo­ge­ment et l’em­ploi des jeunes. En­suite, on a in­no­vé avec la for­mule du té­lé­phone vert 1100 pour nour­rir de nou­veaux es­poirs et de rêves pour une so­lu­tion ra­pide aux pro­blèmes épi­neux et graves po­sés par des ci­toyens à bout de nerfs. Mais tout semble se ba­na­li­ser, une bonne par­tie des nom­breux ap­pels té­lé­pho­niques re­çus ne trouvent pas de suite, mais n’em­pêche, ils sont comp­ta­bi­li­sés dans la pro­duc­tion sta­tis­tique pé­rio­dique des col­lec­ti­vi­tés lo­cales pour se jus­ti­fier. Au­jourd’hui, la bu­reau­cra­tie et la cor­rup­tion ne sont plus l’apa­nage d’une ré­gion, d’une ad­mi­nis­tra­tion, d’un or­ga­nisme ou d’un of­fice pu­blic. Le ver est dans fruit. Le mal est plus pro­fond qu’on ne le pense, il s’est gé­né­ra­li­sé. L’ap­pel lan­cé par le pré­sident de la Ré­pu­blique à l’oc­ca­sion de la jour­née na­tio­nale de la presse du 22 oc­tobre der­nier aux mé­dias pour dé­non­cer et lut­ter contre ces fléaux n’est pas for­tuit, mais re­flète pour ain­si dire la gra­vi­té de ce phé­no­mène dé­vas­ta­teur des va­leurs hu­maines à tous les ni­veaux de la py­ra­mide de la so­cié­té al­gé­rienne. L’im­pu­ni­té et le lais­ser­faire,

mé­lan­gés à la mé­dio­cri­té et à l’in­com­pé­tence sont pour beau­coup. La ges­tion ef­fi­cace et ra­tion­nelle des mu­ni­ci­pa­li­tés de­meure en­core à l’état de pro­messes des can­di­dats aux échéances élec­to­rales. Une fois élus, c’est l’adieu aux pro­messes de cam­pagne, le quo­ti­dien de l’élec­teur re­de­vient donc le der­nier sou­ci. Ob­te­nir une simple fiche d’état ci­vil ou la consti­tu­tion de n’im­porte quel dos­sier res­semble à un par­cours du com­bat­tant dans cer­taines mai­ries. Un autre phé­no­mène qui a en­core ac­cen­tué cette si­tua­tion bu­reau­cra­tique est ce­lui de l’ab­sen­téisme. A chaque jour ou­vrable, les ad­mi­nis­trés se heurtent à des bu­reaux vi­dés de leur per­son­nel. Sou­vent, cer­tains d’entre eux sont croi­sés dans un ca­fé ou en­core au mar­ché en train de faire leurs em­plettes du­rant les heures de ser­vice. Entre-temps, les ci­toyens se mordent les doigts dans les cou­loirs et leur pa­tience est mise à rude épreuve. Le nou­veau wa­li, conscient cer­tai­ne­ment par son ex­pé­rience, a en­ta­mé dès son ins­tal­la­tion des vi­sites in­opi­nées au ni­veau de cer­taines ad­mi­nis­tra­tions do­tées de gui­chets pu­blics, pour s’en­qué­rir sur place du fonc­tion­ne­ment et de l’ac­cueil ré­ser­vé aux ad­mi­nis­trés. L’ini­tia­tive qui a fait tâche d’huile au chef-lieu de wi­laya a été ac­cueillie fa­vo­ra­ble­ment par toute la po­pu­la­tion, en sou­hai­tant qu’elle se pour­suive. Mal­gré tout, fort heu­reu­se­ment qu’il existe en­core une ca­té­go­rie d’em­ployés conscien­cieux et poin­tilleux quand il s’agit du res­pect des ho­raires de tra­vail. Ils font de la chose pu­blique leur ver­tu car­di­nale.

A Médéa, la bu­reau­crat­tie a en­core de beaux jours de­vant elle

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