LES RAVISSEURS À LA BARRE

El Watan week-end - - La Une - Yous­ra Sa­lem wee­kend@el­wa­tan.com

Dans une salle ar­chi­comble, le pro­cès des per­sonnes im­pli­quées dans l’en­lè­ve­ment du bé­bé Leith Kaoua de la ma­ter­ni­té du CHU de Constantine s’est ou­vert, hier ma­tin, au tri­bu­nal cri­mi­nel de Constantine, qu’une grande foule est ve­nue le suivre de près. Quatre per­sonnes pré­su­mées cou­pables sont im­pli­quées dans cette af­faire lar­ge­ment mé­dia­ti­sée à l’époque, qui avait dé­frayé la chro­nique à Constantine, sou­le­vant aus­si des ré­ac­tions à l’échelle na­tio­nale au mois de mai 2014. Dans la nuit du 26 au 27 mai 2014, le bé­bé Leïth Kaoua avait dis­pa­ru de la nur­se­rie du CHU de Constantine. L’en­quête des ser­vices de la po­lice après le dé­pôt de plainte de la fa­mille du nour­ris­son ré­vé­le­ra qu’il s’agis­sait bel et bien d’un en­lè­ve­ment pla­ni­fié et pré­mé­di­té, avec la com­pli­ci­té de cer­tains em­ployés du CHU. Ce que les in­ves­ti­ga­tions confir­me­ront plus tard. Il a fal­lu quinze jours d’in­tenses re­cherches pour que le bé­bé soit re­trou­vé sain et sauf chez une femme à Ta­ma­lous, dans la wi­laya de Skik­da. Zi­na B., exem­ployée à l’OPGI de Ta­ma­lous, se­ra ar­rê­tée en com­pa­gnie de son ma­ri, Saïd N. D’autres per­sonnes se­ront ar­rê­tées pour com­pli­ci­té. Le fait mar­quant de ce pro­cès a été l’ab­sence de la prin­ci­pale ac­cu­sée, Zi­na B., dé­cé­dée du­rant son in­car­cé­ra­tion au dé­but de l’an­née der­nière. Les quatre autres prin­ci­paux ac­cu­sés, dont le ma­ri de la femme qui se­rait l’au­teure de l’en­lè­ve­ment, un in­ter­mé­diaire, un agent de sé­cu­ri­té et une sage-femme ont com­pa­ru, hier, de­vant le tri­bu­nal cri­mi­nel. Ils sont pour­sui­vis pour as­so­cia­tion de mal­fai­teurs, faux et usage de faux, en­lè­ve­ment d’un mi­neur, pos­ses­sion d’arme blanche, cor­rup­tion et com­pli­ci­té. Dès le dé­but du pro­cès, le prin­ci­pal ac­cu­sé, Saïd N., a dé­cla­ré de­vant le pré­sident n’avoir pas de dé­fense. Son avo­cat consti­tué d’of­fice a de­man­dé le re­port de l’af­faire pour l’étude du dos­sier de son man­dant. Chose que le tri­bu­nal a ca­té­go­ri­que­ment re­je­tée, ce qui a pous­sé l’avo­cat à se re­ti­rer, avant que le tri­bu­nal ne dé­signe un se­cond avo­cat pour le concer­né. L’au­dience s’est pour­sui­vie du­rant toute l’après-mi­di d’hier par l’au­di­tion des quatre prin­ci­paux ac­cu­sés en dé­ten­tion, dix autres qui étaient en liberté pro­vi­soire ain­si que quatre té­moins par­mi les em­ployés du CHU. Ap­pe­lé à la barre, le prin­ci­pal ac­cu­sé, Said N., a nié avoir pré­mé­di­té ou pla­ni­fié cet en­lè­ve­ment. «Je vou­lais juste avoir un bé­bé pour ma femme. On m’a ap­pris qu’une femme ayant ac­cou­ché d’un en­fant illé­gi­time vou­lait se dé­bar­ras­ser de son bé­bé contre une somme de 90 mil­lions de cen­times, mais je ne sa­vais pas qu’il s’agis­sait d’un en­fant en­le­vé. J’ai juste payé la somme de 60 mil­lions de cen­times à un in­ter­mé­diaire pour avoir le bé­bé», a-t-il dé­cla­ré. De leur cô­té, l’in­ter­mé­diaire qui a pré­pa­ré «le mar­ché» et un agent de sé­cu­ri­té de la ma­ter­ni­té ont ten­té de re­je­ter les ac­cu­sa­tions por­tées à leur en­contre. L’agent de sé­cu­ri­té ira jus­qu’à nier même avoir connu les deux autres ac­cu­sés, alors qu’il était en leur pré­sence sur les lieux au mo­ment des faits, se­lon des té­moins. Tou­te­fois, se­lon l’ar­rêt de ren­voi, l’en­quête po­li­cière a ré­vé­lé qu’il y a eu des ap­pels té­lé­pho­niques entre les deux mis en cause, dé­mon­trant bien leur im­pli­ca­tion dans cette af­faire. De son cô­té, la sage-femme ac­cu­sée d’avoir dé­li­vré le cer­ti­fi­cat d’ac­cou­che­ment et qui a per­mis de faire sor­tir le bé­bé a nié avoir ap­po­sé sa si­gna­ture et son ca­chet sur le do­cu­ment, alors qu’elle se trou­vait de garde ce jour­là. De­ve­nu une af­faire d’opi­nion pu­blique, le pro­cès a drai­né aus­si de nom­breuses sages-femmes, dont Aki­la Guer­rouche, pré­si­dente de l’Union na­tio­nale des sa­ges­femmes al­gé­riennes (UNSFA), ve­nues en solidarité avec leurs col­lègues pré­su­mées cou­pables. Les té­moins ap­pe­lés à la barre ont tous confir­mé que cet en­lè­ve­ment n’au­rait pu avoir lieu sans une com­pli­ci­té de l’in­té­rieur de la ma­ter­ni­té, sur­tout que l’acte a été com­mis du­rant la nuit. Un fait qui dé­montre aus­si la si­tua­tion chao­tique qui ré­gnait au ser­vice de la ma­ter­ni­té du CHU de Constantine où des per­sonnes étran­gères pou­vaient s’y in­tro­duire sans au­cun pro­blème. Au mo­ment de la ré­dac­tion de cet ar­ticle, l’au­dience a été le­vée mo­men­ta­né­ment pour se pour­suivre par le ré­qui­si­toire du pro­cu­reur gé­né­ral et les plai­doi­ries des avo­cats.

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