La grève illi­mi­tée, une mode spé­cia­le­ment al­gé­rienne ses causes et ses vrais res­pon­sables

HAKEM BA­CHIR. Pro­fes­seur de ma­thé­ma­tiques

El Watan week-end - - Idées -

Dans toutes les ren­contres in­ter­na­tio­nales aux­quelles j’ai pris part, lorsque je parle d’ex­pé­rience syn­di­cale al­gé­rienne et qu’on la com­pare aux autres, tous les syn­di­ca­listes du monde en­tier res­tent bouche bée, sur­tout lors­qu’on aborde le su­jet des grèves dans l’édu­ca­tion; l’exemple de l’Al­gé­rie est en­tré dans les an­nales des re­cords, que ce soit à tra­vers les grèves illi­mi­tées ou les grèves de la faim ou la fa­meuse marche des contrac­tuels de Bé­jaïa, à Bou­douaou (Bou­mer­dès) longue de plus de 200 km, qui est en­trée dans le livre Guin­ness comme la plus longue marche dans l’édu­ca­tion. La ques­tion à la­quelle per­sonne n’a pu ré­pondre est : pour­quoi les au­to­ri­tés n’ont pas ré­agi à temps pour ré­soudre les pro­blèmes po­sés, car l’édu­ca­tion est un sec­teur vi­tal et avec quel mo­ral les gré­vistes vont ter­mi­ner l’an­née sco­laire et quelles se­ront les sé­quelles sur la for­ma­tion de l’élève ? Mais chez nous, peut-on par­ler d’éthique syn­di­cale et édu­ca­tive dans des sec­teurs où l’in­com­pé­tence règne et les lois et les pro­cès-ver­baux ne sont pas ap­pli­qués ? Tra­di­tion­nel­le­ment, la grève est dé­fi­nie comme une ces­sa­tion concer­tée du tra­vail par des sa­la­riés dans le but de dé­fendre des re­ven­di­ca­tions de na­ture pro­fes­sion­nelle. «Le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le ré­gle­mentent». Contrai­re­ment à ce que sem­blait an­non­cer ce texte, le lé­gis­la­teur n’est pas in­ter­ve­nu pour en­ca­drer le droit de grève, mais seule­ment pour l’interdire à cer­taines ca­té­go­ries de per­son­nels. Au­jourd’hui, la grève en Al­gé­rie pose de grands pro­blèmes aus­si bien aux gré­vistes, à l’Etat, qu’au ci­toyen lui-même. Les grèves se mul­ti­plient et de­viennent de plus en plus dures vu le faux dia­logue an­non­cé, ou plu­tôt de com­pé­tences et d’éthique. Si la Cons­ti­tu­tion pro­tège bien le droit de grève, elle l’in­ter­dit in­di­rec­te­ment à tra­vers ses ar­ticles 70 et 71 ci-des­sous : Art. 70. — Le droit syn­di­cal est re­con­nu à tous les ci­toyens. Art. 71. — Le droit de grève est re­con­nu. Il s’exerce dans le cadre de la loi. Celle-ci peut en interdire ou en li­mi­ter l’exer­cice dans les do­maines de dé­fense na­tio­nale et de sé­cu­ri­té, ou pour tous services ou ac­ti­vi­tés pu­blics d’in­té­rêt vi­tal pour la com­mu­nau­té. De là, le droit de grève est as­su­ré par la Cons­ti­tu­tion et au­cune ins­tance d’Etat ne peut l’interdire, sauf s’il trans­gresse la loi. Et la loi peut interdire ou li­mi­ter son exer­cice dans le cadre des services ou ac­ti­vi­tés pu­blics d’in­té­rêt vi­tal comme le sti­pule l’ar­ticle 71 de la Cons­ti­tu­tion. Donc, son in­ter­dic­tion est fa­cile lé­ga­le­ment, il suf­fit de faire ap­pel à l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion de la jus­tice. Main­te­nant, nous consta­tons que la Cons­ti­tu­tion as­sure le droit de grève comme elle peut li­mi­ter son exer­cice, et c’est aux syn­di­cats stra­tèges et d’éthique de mû­rir et d’em­ployer la grève comme moyen d’ar­ra­cher des droits ou de chan­ger cer­tains rè­gle­ments et non pas don­ner l’oc­ca­sion aux pa­rents d’élèves com­plices (car il ne faut pas ou­blier que les gré­vistes eux-mêmes sont pa­rents d’élèves) et à la société ci­vile de les condam­ner, ce­la fait par­tie de l’éthique syn­di­cale. Une grève se li­mite dans le temps, sur­tout pour l’édu­ca­tion, mais chez nous en Al­gé­rie, ce­la s’ex­plique et elle est de­ve­nue une spé­cia­li­té al­gé­rienne car au­cune grève li­mi­tée n’a don­né rai­son à ses ini­tia­teurs, sauf le fait de per­tur­ber l’an­née sco­laire ou sanc­tion­ner les gré­vistes par des ponc­tions sur sa­laire. Mais lors­qu’on en­tame une grève illi­mi­tée, le pre­mier point de dia­logue pour l’ar­rê­ter c’est d’an­nu­ler la ponc­tion, ce qui ex­plique : «L’une des pre­mières ré­ponses, c’est de sa­voir pour­quoi on a re­cours à une grève illi­mi­tée». Une grève illi­mi­tée n’a pas de sens et peut ame­ner les au­to­ri­tés ou la jus­tice à l’interdire par ap­pli­ca­tion de l’ar­ticle 71. Mais étant moi-même syn­di­ca­liste, je com­prends le choix des mé­de­cins ré­si­dents et des tra­vailleurs de l’édu­ca­tion qui pour ar­ra­cher leurs droits ont choi­si la grève illi­mi­tée puis­qu’à leurs yeux c’est le seul moyen pour ame­ner les res­pon­sables à trou­ver la so­lu­tion ra­pi­de­ment, et là, «c’est la deuxième ré­ponse au pour­quoi on a re­cours à une grève illi­mi­tée». L’his­toire a mon­tré que c’est le seul lan­gage qui amè­ne­ra les au­to­ri­tés à dia­lo­guer et qui aug­men­te­ra au fur et à me­sure la mo­bi­li­sa­tion qui se­ra mar­quée par des mou­ve­ments de solidarité des autres adhé­rents des autres syn­di­cats non gré­vistes, suite aux mal­adresses des res­pon­sables pour mettre fin à la grève, telles que :

- ponc­tions sur sa­laires - me­naces sur les em­ployés par le mi­nis­tère

- rem­pla­ce­ment des gré­vistes

- ins­tru­men­ta­li­sa­tion de la jus­tice - faire ap­pel à cer­tains syn­di­cats non concer­nés par la grève pour condam­ner celle-ci ou pour dia­lo­guer sur les mêmes re­ven­di­ca­tions. Le mi­nis­tère, qui au lieu de trou­ver de vraies so­lu­tions aux re­ven­di­ca­tions, pousse vers le pour­ris­se­ment par ses ac­tions à ré­soudre le pro­blème. Le mi­nis­tère parle sou­vent d’éthique, mais em­ploie des moyens qui disent le contraire, car une ponc­tion sur sa­laire suite à une grève sau­vage ne peut dé­pas­ser 3 jours par mois, le rem­pla­ce­ment d’un fonc­tion­naire passe par un conseil de dis­ci­pline et après plu­sieurs mises en de­meure es­pa­cées dans le temps, sui­vant la loi ; donc, si on ap­plique cette der­nière, la grève ne pour­ra être ar­rê­tée spon­ta­né­ment que par les gré­vistes eux-mêmes. Alors, que peut-on dire d’un rem­pla­ce­ment gé­né­ral d’un gré­viste par un va­ca­taire ? Est-ce que ce­la fait par­tie de l’éthique dont parle le mi­nis­tère ? Le som­met du pour­ris­se­ment dans l’édu­ca­tion com­men­ce­ra là car cette fa­çon de ré­gler le pro­blème par la force ou par des mé­thodes d’ef­fraie­ment ou de pa­nique amè­ne­ra une confron­ta­tion entre les rem­pla­çants et rem­pla­cés, ain­si qu’un manque de res­pect aus­si bien du rem­pla­cé que du rem­pla­çant. Donc, le mi­nis­tère à son tour aus­si n’uti­lise pas l’éthique édu­ca­tive pour dis­sua­der ou convaincre les syn­di­cats ou les en­sei­gnants d’ar­rê­ter leur grève et pour­suit sa fuite en avant. Ja­mais de­puis 2003 une grève car­rée, c’est-à-dire de 24 heures, n’a don­né de ré­sul­tats po­si­tifs aux pro­tes­ta­taires ; seules les grèves re­con­duc­tibles ou illi­mi­tées ont don­né des ré­sul­tats. L’éthique syn­di­cale au­rait vou­lu que les syn­di­cats n’optent que pour des grèves de 24 heures au plus pour des sec­teurs vi­taux comme la san­té et l’édu­ca­tion, mais ce­la ne marche pas en Al­gé­rie où l’in­com­pé­tence gère ces sec­teurs. L’his­toire a tou­jours don­né rai­son aux adeptes des grèves illi­mi­tées. Dans des sec­teurs aus­si vi­taux que la san­té ou l’édu­ca­tion, une simple an­nonce d’une heure de pro­tes­ta­tion de­vrait être em­pê­chée à temps en trou­vant la so­lu­tion à la re­ven­di­ca­tion et aler­ter les res­pon­sables sur cette crise et de créer une cel­lule pour celle-ci et non pas dé­lé­guer une com­mis­sion pour étouf­fer le pro­blème. Ces pro­tes­ta­tions n’au­raient ja­mais dû avoir lieu si les au­to­ri­tés avaient pris le temps de ré­gler ces pro­blèmes qui datent de­puis 2011 et 2015 pour l’édu­ca­tion et la san­té et créer des cel­lules de crise qui au­raient dû tra­vailler de­puis et trou­ver des so­lu­tions pro­duc­tives, pro­gres­sives et dé­fi­ni­tives dans la ré­so­lu­tion de ces pro­blèmes. De là, le pour­ris­se­ment était re­por­té à plus tard et les grèves illi­mi­tées ou les grèves de la faim dans ces deux sec­teurs de­vaient res­sur­gir car les pro­blèmes n’étaient pas tou­jours ré­so­lus dé­fi­ni­ti­ve­ment et donc on conti­nue et on conti­nue­ra à voir ces grèves à ré­pé­ti­tion tant que les com­pé­tences des deux cô­tés, que ce soit du cô­té syn­di­cal ou mi­nis­té­riel, ne s’as­soient pas au­tour de la même table pour ré­soudre au moins 50% des pro­blèmes sta­tu­taires ou sec­to­riels. Oui, au­jourd’hui les pro­blèmes ac­tuels dans tous les mi­nis­tères sont d’ordre sta­tu­taire ou propres à chaque mi­nis­tère. Pour l’édu­ca­tion, le pro­blème sta­tu­taire de­vait être ré­glé de­puis long­temps, car même si on est in­ca­pable d’éla­bo­rer un bon sta­tut de l’édu­ca­tion pour au moins les dix an­nées à ve­nir, nous pou­vions nous ré­fé­rer à cer­tains sta­tuts étran­gers qui ont ré­so­lu dé­fi­ni­ti­ve­ment ce pro­blème et qui ont le meilleur des sta­tuts et l’adap­ter à la réa­li­té al­gé­rienne. Ain­si le pro­blème sta­tu­taire au­rait été ré­so­lu de­puis long­temps, mais la vo­lon­té de ré­soudre ce pro­blème n’existe pas à cause du pro­blème fi­nan­cier ou à l’en­tê­te­ment de cer­tains res­pon­sables. Donc, lors­qu’on vou­dra dé­fendre l’éthique syn­di­cale ou pro­fes­sion­nelle, il fau­dra d’abord ré­gler tous les pro­blèmes en sus­pens. Les syn­di­cats de­vraient être les yeux de tous les mi­nis­tères ou de l’Etat et c’est à tra­vers leurs dé­cla­ra­tions ou leurs rap­ports que 75% des pro­blèmes peuvent être ré­so­lus, mais pour ces res­pon­sables, ces or­ga­ni­sa­tions sont leurs en­ne­mis et il faut à tout prix les dis­cré­di­ter aux yeux de la société ci­vile et aux yeux de leurs adhé­rents. Il est vrai que cer­tains syn­di­ca­listes ne cadrent pas avec le rôle qui de­vrait être le leur et n’ont rien à voir avec le com­bat syn­di­cal. Ils ne sont là que pour ti­rer cer­tains avan­tages que peut leur pro­cu­rer leur fonc­tion avec la

Etant moi-même syn­di­ca­liste, je com­prends le choix des mé­de­cins ré­si­dents et des tra­vailleurs de l’édu­ca­tion qui pour ar­ra­cher leurs droits ont choi­si la grève illi­mi­tée puis­qu’à leurs yeux c’est le seul moyen pour ame­ner les res­pon­sables à trou­ver une so­lu­tion ra­pi­de­ment.

com­pli­ci­té de cer­tains res­pon­sables ; je ci­te­rai en par­ti­cu­lier le dé­ta­che­ment de la fonc­tion et la mise à la dis­po­si­tion au syn­di­cat sur les frais de l’Etat. Ces per­ma­nents du syn­di­ca­lisme uti­lisent la fa­ci­li­té d’ac­cès aux mi­nis­tères, aux aca­dé­mies ou aux éta­blis­se­ments pour avoir des pri­vi­lèges per­son­nels pour eux ou leurs amis et là aus­si par­ler de la non-éthique de la pro­fes­sion est par­ta­gée, car au mi­nis­tère on est au cou­rant et on a trou­vé le moyen de cor­rompre le re­pré­sen­tant. Ce sont ces mêmes syn­di­ca­listes qui, avec la com­pli­ci­té de cer­tains res­pon­sables, peuvent an­non­cer une grève ou l’ar­rê­ter sans te­nir compte de leur base. Le dé­ta­che­ment a créé de faux syn­di­ca­listes et le ré­sul­tat est là. Même dans les sta­tuts pro­po­sés au mi­nis­tère du Tra­vail, il est in­ter­dit de pré­sen­ter ce do­cu­ment sans men­tion­ner que les re­pré­sen­tants ou adhé­rents du syn­di­cat peuvent être dé­ta­chés. Ce­ci ex­plique que le dé­ta­che­ment est un moyen de cor­rup­tion don­né aux syn­di­cats, car sou­vent leur nombre est dis­cu­té avec la tu­telle et aug­men­té non pas sui­vant le nombre d’adhé­rents (car cer­tains syn­di­cats ont au­tant d’adhé­rents que de dé­ta­chés), mais ce­la se fait à la tête du client. Et le mi­nis­tère dis­tri­bue ces dé­ta­che­ments aux syn­di­cats les plus proches et leur nombre est exa­gé­ré pour cer­tains. Ces dé­ta­che­ments ne sont pas uti­li­sés uni­que­ment par les syn­di­cats, ils sont aus­si em­ployés pour des conjoints qui n’ont rien à voir avec les syn­di­cats, ce qu’on ap­pelle sou­vent les +1 dans la carte sco­laire. Mais per­sonne n’ose fouiller dans les +1 ou dé­ta­che­ment car tout le monde y trouve son compte ; donc, ar­rê­tons de par­ler d’éthique dans l’édu­ca­tion. Beau­coup de ces syn­di­ca­listes ont em­ployé ces dé­ta­che­ments pour al­ler vers des fonc­tions lu­cra­tives sans que le syn­di­cat ou la tu­telle n’y mettent fin et sont dans cer­tains cas ven­dus à cer­tains. L’éthique syn­di­cale ou de la fonc­tion de­vait don­ner ce droit au syn­di­cat, à condi­tion que ce der­nier prenne en charge les frais sa­la­riaux de son rem­pla­ce­ment, sur­tout en pé­riode d’aus­té­ri­té. Une simple dé­ci­sion du mi­nis­tère d’em­pê­cher le syn­di­ca­liste d’avoir un dé­ta­che­ment aux frais de l’Etat et d’interdire aux services de don­ner des pri­vi­lèges aux syn­di­ca­listes pous­se­rait

75% des faux syn­di­ca­listes à dé­mis­sion­ner de cette fonc­tion et on re­trou­ve­ra sur le ter­rain les vrais mi­li­tants et ain­si 90% des pro­blèmes ac­tuels se­raient ré­so­lus et là on au­ra une vraie éthique syn­di­cale. Mais vu la mé­thode de gé­rance des aca­dé­mies ou des mi­nis­tères, les grèves se mul­ti­plie­ront et trans­gres­se­ront les lois. Si on re­vient aux pro­tes­ta­tions au ni­veau de l’édu­ca­tion, on les trouve d’abord lo­ca­le­ment au ni­veau de l’éta­blis­se­ment. Gé­né­ra­le­ment, celles-ci ne dé­passent pas 24h. Mais ce qui est sur­pre­nant, vu que l’éta­blis­se­ment est gé­ré la plu­part du temps par des in­com­pé­tents, les so­lu­tions aux pro­blèmes ne sont pas trou­vées, ces pro­blèmes passent de l’éta­blis­se­ment à la wi­laya et de la wi­laya au na­tio­nal pour de­ve­nir des re­ven­di­ca­tions na­tio­nales, ce qui a pous­sé cer­tains éta­blis­se­ments à ob­ser­ver des grèves illi­mi­tées, comme ce fut le cas à Bli­da ou Ti­zi-Ou­zou, Bé­jaïa ou Ghar­daïa (grève de la faim) et les rai­sons sont les mêmes : la sourde oreille des res­pon­sables. La fi­na­li­té de la grève illi­mi­tée est due à 80% à la sourde oreille des res­pon­sables ou à leur lais­ser-al­ler, c’est-à-dire à leur in­com­pé­tence à ré­soudre les pro­blèmes. Donc, la res­pon­sa­bi­li­té est par­ta­gée d’abord entre syn­di­cat et mi­nis­tère. Mais ce ne sont pas uni­que­ment les syn­di­cats et le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion qui sont res­pon­sables, les pa­rents et leurs en­fants ont aus­si leur part de res­pon­sa­bi­li­té. Au­jourd’hui, pour cer­tains pa­rents ou élèves, la grève illi­mi­tée ou non les ar­range en­core plus car ils au­ront toute la jour­née pour faire leurs cours par­ti­cu­liers. Cer­tains pro­fes­seurs gré­vistes pro­fitent de l’au­baine pour don­ner beau­coup plus de cours pen­dant cette pé­riode et vont jus­qu’à don­ner des cours à la carte pour rat­tra­per le re­tard dans les pro­grammes. Les pa­rents, les élèves, les syn­di­cats et le mi­nis­tère savent que plus de 80% des élèves ont re­cours à des cours par­ti­cu­liers dans toutes les ma­tières es­sen­tielles ou non, et que ces cours sont as­su­rés ailleurs que dans l’école, sous le re­gard in­dif­fé­rent des res­pon­sables. L’école ne joue plus son rôle car au­cun in­té­rêt ne lui est consa­cré. Un simple son­dage au­près de ces res­pon­sables qui gèrent le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion et qui ont des en­fants à l’école fe­ra res­sor­tir à 100% que leurs en­fants n’ont ja­mais été dans l’école pu­blique et qu’ils suivent des cours par­ti­cu­liers, donc ils ne dé­fen­dront ja­mais la qua­li­té ni de l’école pu­blique ni celle des cours par­ti­cu­liers. Les grèves illi­mi­tées dé­ci­dées par les syn­di­cats rendent ces der­niers com­plices avec le mi­nis­tère, car c’est de­ve­nu l’ali­bi em­ployé par le mi­nis­tère pour ex­pli­quer le re­tard dans les pro­grammes de l’échec de la ré­forme de l’édu­ca­tion, de la vio­lence dans les éta­blis­se­ments et de la qua­li­té de l’école pu­blique vi­sée pour y mettre fin. Nous sa­vons tous en tant qu’en­sei­gnants ou en tant que pé­da­gogues qu’un pro­gramme est mi­nu­tieu­se­ment éla­bo­ré et fi­ce­lé de fa­çon à ce que son vo­lume ho­raire soit par­ta­gé entre heures de cours et ses ap­pli­ca­tions, ain­si que les de­voirs et leurs cor­rec­tions. Une simple ab­sence d’une heure de l’élève ou du pro­fes­seur est dif­fi­ci­le­ment rat­tra­pable vu la jus­tesse de sa confec­tion. Le bon élève qui s’ab­sente se­ra tou­jours der­rière son en­sei­gnant pour le convaincre de lui re­faire le cours ra­té, et ce­lui-ci lui ex­pli­que­ra que ce­la reste im­pos­sible et lors­qu’il au­ra le temps il re­vien­dra à ce cours, alors que l’en­sei­gnant sans scru­pule lui di­ra de ve­nir au ga­rage pour prendre ce cours et de le payer. Car au­jourd’hui, cer­tains donnent aus­si des cours à la carte pour ceux qui ont les élèves qui ont été ma­lades ou qui ont ra­té des cours pour di­verses rai­sons. La grève illi­mi­tée est de­ve­nue une au­baine beau­coup plus qu’un han­di­cap pour les élèves moyens, ces der­niers re­pré­sentent plus de 70% de la com­mu­nau­té sco­laire, car «celle-ci leur per­met de suivre leurs cours par­ti­cu­liers à l’aise pen­dant les

24h et le mi­nis­tère veille­ra à ce que les exa­mens por­te­ront sur­tout sur un mi­ni­mum de cours et non pas sur tout le pro­gramme et tant que cette pro­tes­ta­tion du­re­ra, ce mi­ni­mum aug­men­te­ra». La fi­na­li­té est que la grève ar­range tout le monde : élèves, pa­rents d’élèves, en­sei­gnants et mi­nis­tère ; elle por­te­ra at­teinte uni­que­ment à l’ave­nir des gé­né­ra­tions fu­tures qui iront à l’uni­ver­si­té sans tous les pré­re­quis in­dis­pen­sables à la for­ma­tion.

La ques­tion po­sée est la sui­vante : pour­quoi le mi­nis­tère n’ose­ra ja­mais dé­cla­rer an­née blanche ou re­por­ter la fin de l’an­née et les exa­mens pour une ré­gion ou les ré­gions ou tout le pays où les grèves ont dé­pas­sé un mois au pre­mier tri­mestre

et pour­quoi il a tou­jours re­cours à la so­lu­tion fa­cile et le mi­racle al­gé­rie qui est

le seul cours.

L’éthique dans l’édu­ca­tion est d’avouer qu’il est im­pos­sible de rat­tra­per un mois de grève pen­dant l’an­née sco­laire sans

af­fec­ter les pro­grammes Il est ve­nu le temps de re­ve­nir à l’au­to­ri­té de l’école en obli­geant les élèves à suivre leurs cours dans l’en­ceinte de celle-ci et non pas en de­hors, d’éla­bo­rer de vrais su­jets de de­voirs ou d’exa­mens pour obli­ger les élèves à suivre leurs cours, de re­voir les pro­grammes, de faire une re­fon­da­tion de l’école avant de ré­for­mer le bac­ca­lau­réat et de ne plus cher­cher à avoir un taux de réus­site ac­cep­table pour s’au­to­sa­tis­faire. Avant de par­ler d’éthique dans l’édu­ca­tion, une vraie trans­for­ma­tion doit s’opé­rer aus­si bien dans les men­ta­li­tés et mettre l’homme qu’il faut au poste qu’il faut. Les com­pé­tences et l’in­té­gri­té existent chez nos jeunes et moins jeunes; donc, fai­sons ap­pel à eux pour sau­ver ce qui peut être sau­vé. Ar­rê­tez de cor­rompre les syn­di­cats sur le dos du bud­get de l’Etat, que ce soit par des voyages à l’étran­ger ou des dé­ta­che­ments ou d’autres moyens et ap­pli­quons les lois de la Ré­pu­blique car si celles-ci étaient ap­pli­quées dans l’édu­ca­tion, on n’au­ra pas be­soin de syn­di­cat dans le sec­teur. Ce n’est qu’à par­tir de là qu’on par­le­ra d’éthique dans l’édu­ca­tion, ou de re­fon­da­tion de l’école, de ré­forme du bac­ca­lau­réat mais ce­la de­mande un grand sa­cri­fice et un grand la­vage au ni­veau des chefs ou res­pon­sables de services ayant prou­vé leurs li­mites ou leurs in­com­pé­tences. On ne res­pon­sa­bi­lise pas un cadre à tra­vers un concours où la triche est con­si­dé­rée comme un acte nor­mal. «Il faut ar­rê­ter la fuite en avant ; place aux jeunes cadres ou moins jeunes cadres com­pé­tents qu’on doit obli­ger à prendre des postes de res­pon­sables».

Dans des sec­teurs aus­si vi­taux que la san­té ou l’édu­ca­tion, une simple an­nonce d’une heure de pro­tes­ta­tion de­vrait être em­pê­chée à temps en trou­vant la so­lu­tion à la re­ven­di­ca­tion. Mais vu la mé­thode de gé­rance des aca­dé­mies ou des mi­nis­tères, les grèves se mul­ti­plie­ront et trans­gres­se­ront les lois.

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