INON­DA­TIONS Les 4 le­çons à re­te­nir

El Watan week-end - - 7 Jours - Nas­si­ma Ou­leb­sir nou­leb­sir@el­wa­tan.com

Ce n’est pas for­cé­ment une plu­vio­mé­trie ex­cep­tion­nelle qui a oc­ca­sion­né des inon­da­tions dans plu­sieurs villes du pays. Certes, il y a eu de fortes chutes de pluie, mais les ex­perts évoquent d’autres fac­teurs.

1- Une anar­chie ur­baine im­po­sante

«Il est clair que les règles ba­siques en ma­tière d’ur­ba­nisme et d’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire sont non seule­ment oc­cul­tées mais sou­vent ba­fouées par les res­pon­sables en charge du res­pect de la ges­tion de la ci­té», ex­plique Ab­del­krim Chel­ghoum. Par rap­port au risque inon­da­tion, on peut no­ter que des pro­jets im­por­tants d’ou­vrages et d’in­fra­struc­tures re­pré­sen­tant «les en­jeux» ont été éri­gés sur des sols non ae­di­fi­can­di ou des zones inon­dables plus pré­ci­sé­ment sur les berges des oueds et des cours d’eau et sur des ter­rains ma­ré­ca­geux re­pré­sen­tant «l’aléa ou le dan­ger», ex­plique tou­jours l’ex­pert. Ain­si le ré­sul­tat in si­tu est par­lant et sans ap­pel, de­puis le dé­but de l’an­née, 25 wi­layas ont été inon­dées avec des pertes hu­maines et des dé­gâts ma­té­riels consi­dé­rables et le plus gra­vis­sime, ce sont les chef-lieux de ces wi­layas qui ont été tou­chés et for­te­ment en­dom­ma­gés par des chutes de pluie non ex­cep­tion­nelles de sai­son, pour ne ci­ter que les villes de Bat­na, Te­bes­sa, Cons­tan­tine, Si­di Bel Ab­bès, In Ge­zam, In Ame­nas, Be­char, Adrar, etc. Ja­mel Chor­fi, ar­chi­tecte et ex­pert in­ter­na­tio­nal donne l’exemple de Te­bes­sa : «Un oued qui tra­verse la ville, ils l’ont trans­for­mé en bou­le­vard com­mer­çant par la réa­li­sa­tion d’un ca­nal sous ter­rain et ils sont par­tis en amant de ce oued pour le dé­tour­ner vers une autre di­rec­tion. «Er­reur fa­tal. Les abord de ce oued ont été oc­cu­pés par des construc­tions illi­cites et par des construc­tions d’usage com­mer­cial et pro­mo­tion­nel. Le hic, les au­to­ri­tés ont dé­li­vré même des per­mis pour l’en­semble de ces construc­tions. Ils ont été ré­gu­la­ri­sés même étant in­for­mels.»

2- Une pré­ven­tion presque ab­sente

Chel­ghoum : «L’Al­gé­rie pré­sente une vul­né­ra­bi­li­té éle­vée dé­cou­lant de la na­ture et de ses ca­rac­té­ris­tiques d’une part et de la main de l’homme d’autre part, d’où l’im­por­tance de la mise en oeuvre d’une po­li­tique de pré­ven­tion na­tio­nale fiable, mal­heu­reu­se­ment l’in­exis­tence d’une telle stra­té­gie concer­nant le risque ‘inon­da­tion’ est fa­cile à vé­ri­fier sur le ter­rain.» Car qui dit pré­ven­tion, dit an­ti­ci­pa­tion, ce qui est loin d’être le cas de l’Al­gé­rie. Notre pays, ajoute le même ex­pert, ne fait que su­bir les ef­fets dé­vas­ta­teurs de ce phé­no­mène d’Est en l’Ouest et du Nord au Sud et même l’ex­trême Sud n’est pas épar­gné. Il tient éga­le­ment à pré­ci­ser que le coeur même d’une stra­té­gie de pré­ven­tion des risques ma­jeurs doit re­po­ser sur des plans na­tio­naux de veille et d’alerte. Dans le cas de ce pays, la ges­tion à vue de ces ca­tas­trophes par les pou­voirs pu­blics est jus­ti­fiée par leur agi­ta­tion après coup avec des in­ter­ven­tions de bri­co­lage qui ne font qu’am­pli­fier les ef­fets ca­la­mi­teux en­gen­drés par ces évé­ne­ments.

3- Un plan Or­sec peu opé­ra­tion­nel

C’est quoi le plan Or­sec ? Il n’est autre que l’or­ga­ni­sa­tion des se­cours. C’est es­sen­tiel­le­ment un plan de sau­ve­tage des vic­times suite à l’oc­cur­rence d’une ca­tas­trophe re­pré­sen­tant ain­si le dé­rou­le­ment par les pou­voirs pu­blics d’un pro­ces­sus glo­bal post-ca­tas­trophe. Comme le sti­pule la loi 04/20 du 25/12/2004 re­la­tive à la pré­ven­tion des risques ma­jeurs et à la ges­tion des ca­tas­trophes dans le cadre du dé­ve­lop­pe­ment du­rable, les plans Or­sec doivent être en me­sure de mo­bi­li­ser tous les moyens pu­blics et pri­vés spé­ci­fiques au type de ca­tas­trophe et dé­fi­nir les condi­tions de leur em­ploi par l’au­to­ri­té com­pé­tente en charge de la di­rec­tion des se­cours. Il faut no­ter éga­le­ment que tous ces plans peuvent être com­bi­nés dans le cas d’une ca­tas­trophe na­tu­relle de grande am­pleur (cas du séisme du 21/05/2003 de Bou­mer­dès et des inon­da­tions d’Al­ger du 10/11/2011). Si on doit faire un état des lieux sur la ges­tion des ré­gions tou­chées par les inon­da­tions de­puis le dé­but de cette an­née, on peut ai­sé­ment conclure, cite Chel­ghoum, que «même l’em­bryon d’un plan Or­sec n’est pas opé­ra­tion­nel» à quelque ni­veau que ce soit de la struc­ture éta­tique au vu des ac­tions d’in­ter­ven­tion anar­chiques et im­pro­vi­sées de la part des struc­tures concer­nées, dont la res­pon­sa­bi­li­té, se­lon la loi 04/20, ré­side dans la prise en charge ins­tan­ta­née du sau­ve­tage et se­cours des per­sonnes, leur éva­cua­tion vers des sites d’hé­ber­ge­ment pro­vi­soires et la pré­ser­va­tion de la sé­cu­ri­té et la san­té phy­sique et men­tale des si­nis­trés. Concer­nant les der­nières ca­tas­trophes, il y a eu mal­heu­reu­se­ment ab­sence de co­or­di­na­tion et un re­tard consi­dé­rable dans le dé­ploie­ment des moyens ma­té­riels de sau­ve­tage et de ré­pa­ra­tion des dé­gâts de la part des pou­voirs pu­blics prou­vant leur non-pré­pa­ra­tion à faire face aux ef­fets de ces phé­no­mènes na­tu­rels ou in­dus­triels, ex­plique Ab­del­krim Chel­ghoum.

4- Des études peu fiables

La loi 08/15 de la mise en confor­mi­té des construc­tions. Il s’agit d’un texte qui a per­mis de régulariser l’anar­chie ur­baine. Mais, ap­pa­rem­ment, se­lon Ja­mel Chor­fi, ar­chi­tecte et ex­pert in­ter­na­tio­nal , il y a eu une mau­vaise com­pré­hen­sion des textes de cette loi par les col­lec­ti­vi­tés lo­cales de tout le pays. Au­tre­ment dit, on a ré­gu­la­ri­sé même des construc­tions illi­cites qui peuvent pré­sen­ter un dan­ger en cas de ca­tas­trophe na­tu­relle. Il y a, se­lon Ja­mel Chor­fi, qui a consti­tué un col­lec­tif bé­né­vole qui s’est dé­pla­cé sur le ter­rain suite aux der­nières inon­da­tions, une com­pli­ci­té et com­plai­sance de l’en­semble des ac­teurs de l’acte de bâ­tir. L’ab­sence de con­trôle et de sui­vi de la part des agents de con­trôle, po­lice d’ur­ba­nisme et ins­pec­tions d’ur­ba­nisme et des ser­vices tech­niques, est un fait qui a ag­gra­vé la si­tua­tion. L’ur­gence était, se­lon l’ex­pert, la réa­li­sa­tion des pro­jets d’as­sai­nis­se­ment et d’éva­cua­tion des eaux plu­viales et d’amé­na­ge­ments sans pas­ser par des études de ma­tu­ra­tion.

Le plan Or­sec doit être en me­sure de mo­bi­li­ser tous les moyens pu­blics et pri­vés spé­ci­fiques au type de ca­tas­trophe

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