Ten­tez de man­ger bio avec Tor­ba

El Watan week-end - - Conso - Ami­na Sem­mar wee­kend@el­wa­tan.com

TOR­BA, C’EST QUOI ?

Le col­lec­tif Tor­ba est né en 2015 d’une réunion de consom­ma­teurs au­tour du thème de la mau­vaise ali­men­ta­tion. Les adhé­rents ont pris contact avec des pro­duc­teurs pour mieux com­prendre et s’im­pré­gner des pra­tiques de la vie pay­sanne. Des par­te­na­riats lo­caux et so­li­daires entre pro­duc­teurs et consom­ma­teurs sont alors nés. Ta­fas de son cô­té est la struc­ture qui lie di­rec­te­ment les deux par­te­naires entre eux et est af­fi­liée à Tor­ba. L’ob­jec­tif de cette as­so­cia­tion est de sen­si­bi­li­ser les consom­ma­teurs à une ali­men­ta­tion plus saine, mais aus­si per­mettre aux pro­duc­teurs de culti­ver se­lon une mé­thode plus res­pec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment. Quant aux pro­duc­teurs, ils pé­ren­nisent leurs ex­ploi­ta­tions qu’elles que soient leur taille. L’homme doit re­ve­nir à la pay­san­ne­rie ar­ti­sa­nale so­cia­le­ment équi­table et éco­lo­gi­que­ment saine. L’uti­li­sa­tion de pes­ti­cides et en­grais chi­miques est donc ban­nie.

UN RÉ­SEAU IM­POR­TANT

De­puis sa créa­tion en 2015, l’as­so­cia­tion agro-éco­lo­gique Tor­ba re­çoit de plus en d’adhé­rents au Fayet Club, à Al­ger, et ce, de plu­sieurs villes, ré­gions et wi­layas. Lors de la réunion in­for­melle de ven­dre­di der­nier, une tren­taine de consom­ma­teurs et de pro­duc­teurs ont été conviés suite à une de­mande col­lec­tive de la part des par­ti­ci­pants. Cette as­sem­blée a per­mis de dis­cu­ter et d’échan­ger les ex­pé­riences, mais aus­si de l’ou­ver­ture d’un nou­veau cir­cuit court. L’une des chefs de pro­jet, du nom de S., sou­haite s’ap­pro­vi­sion­ner en pro­duits bio, elle en­cou­rage les gens, par­ti­cu­liè­re­ment ceux qui ont à coeur de re­ve­nir à l’agri­cul­ture bio­lo­gique, car l’ali­men­ta­tion ac­tuelle est is­sue d’une agri­cul­ture in­ten­sive do­pée aux en­grais chi­miques, pauvre en nu­tri­ments et no­tam­ment char­gée de pes­ti­cides et her­bi­cides can­cé­ri­gènes. Tor­ba, pour sa part, s‘en­gage à ac­com­pa­gner et ai­der le dé­mar­rage de ce cir­cuit court. D’ailleurs, l’as­so­cia­tion pour la Bio­di­ver­si­té, échange et dif­fu­sion d’ex­pé­rience (BEDE) a aus­si mis en place une aide à la com­mu­nau­té pay­sanne, un pro­jet me­né en par­te­na­riat avec le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture et l’Union eu­ro­péenne. Mes­mous Ab­de­ra­him, vé­té­ri­naire et en­quê­teur à la BEDE était pré­sent à la réunion de Tor­ba et a ex­pli­qué que deux en­quêtes ont été faites. La pre­mière pour ré­per­to­rier le ma­té­riel des agri­cul­teurs et la pro­ve­nance des se­mences et la se­conde sur la bio­di­ver­si­té de la se­mence lo­cale par­ti­cu­liè­re­ment celle qui a plus de 40 ans de ré­sis­tance.

ADHÉ­REZ D’ABORD

La pre­mière étape est d’adhé­rer au col­lec­tif Tor­ba, au ni­veau de son siège à Fayet Club à Al­ger. Pour 1000 DA, un pa­nier de fruits et lé­gumes est dis­po­nible chaque ven­dre­di. Mais pour en bé­né­fi­cier, il faut im­pé­ra­ti­ve­ment ré­ser­ver son pa­nier sur la page Fa­ce­book de Tor­ba plu­sieurs jours à l’avance. Le nombre de de­mandes est crois­sant et les pa­niers sont li­mi­tés. Le prin­cipe est très in­té­res­sant : le pa­nier est ré­col­té par le pro­duc­teur et ar­rive di­rec­te­ment au consom­ma­teur. Les fruits et les lé­gumes sont frai­che­ment cueillis à la source. «Les prix ap­pli­qués pour les lé­gumes sont si­mi­laires à ceux des mar­chés. Le plus est que les ré­coltes ar­rivent fraîches et sont bio», a sou­li­gné le pré­sident du col­lec­tif Tor­ba.

TRANS­PA­RENCE POUR LES AGRI­CUL­TEURS

Il est im­por­tant de sou­li­gner que l’as­so­cia­tion veille au res­pect des tech­niques agroé­co­lo­giques. Pour ce­la, Tor­ba uti­lise un ou­til spé­ci­fique : le Sys­tème par­ti­ci­pa­tif de ga­ran­tie (SPG) afin de pou­voir cer­ti­fier la qua­li­té des fruits et lé­gumes des agri­cul­teurs par­te­naires. La pre­mière dé­marche est de dé­fi­nir les ob­jec­tifs et l’his­to­rique de l’agri­cul­teur en rem­plis­sant une fiche d’in­for­ma­tion (eau, sur­face d’ex­ploi­ta­tion, moyens fi­nan­ciers et ma­té­riels, nombre d’ou­vriers). Par la suite, des vi­sites par­ti­ci­pa­tives se font avec un col­lec­tif éphé­mère tous les six mois se­lon une charte abou­tis­sant à un ca­hier des charges. Les membres de l’as­so­cia­tion sont donc en me­sure de sa­voir si la ré­colte ob­te­nue est is­sue de l’agri­cul­ture bio­lo­gique, et ce, en ob­ser­vant la quan­ti­té de com­post pro­duit. Si les chiffres sont éle­vés, les fruits et lé­gumes ne sont pas is­sus d’une agri­cul­ture na­tu­relle, mais d’une uti­li­sa­tion d’en­grais chi­mique in­ten­sive. La se­mence uti­li­sée est d’ori­gine hy­bride et non lo­cale. Il faut sa­voir qu’une agri­cul­ture na­tu­relle com­mence par une

Chaque ven­dre­di de­puis trois ans, l’as­so­cia­tion Tor­ba ras­semble ses adhé­rents au­tour d’un concept in­no­vant : le cir­cuit court pro­duc­teurs-consom­ma­teurs. El Wa­tan Week-end est al­lé à leur ren­contre pour dé­cou­vrir com­ment en Al­gé­rie, il est pos­sible de man­ger bio et même de­ve­nir pro­duc­teurs. Mode d’em­ploi.

fer­ti­li­sa­tion na­tu­relle par les com­posts. Tous les par­te­naires de l’as­so­cia­tion ont re­çu une for­ma­tion sur les tech­niques de com­pos­tage et sur l’im­por­tance d’uti­li­ser des se­mences lo­cales. «Si tous pro­duc­teurs membres de l’as­so­cia­tion ar­rivent à res­pec­ter ces deux concepts, mais aus­si prendre le sys­tème de ro­ta­tion des plantes four­ra­gères, nous sommes ga­gnants», pré­cise Ka­rim Ra­hal, le pré­sident de l’as­so­cia­tion Tor­ba.

FOR­MA­TION EN PERMACULTURE

La permaculture est une nou­velle ten­dance qui émerge en Al­gé­rie. «C’est une dé­marche et une phi­lo­so­phie so­cia­le­ment et éco­lo­gi­que­ment équi­table», dé­clare Ka­rim Ra­hal. Le col­lec­tif Tor­ba pro­pose des for­ma­tions en culture ma­rai­chère, ar­bo­ri­cul­ture… se­lon trois ni­veaux. Les can­di­dats aux stages doivent en­voyer une de­mande par mail à for­ma­tion@ agroe­co­lo­gie-al­ge­rie.org. Les ta­rifs sont de 1000 DA pour le ni­veau 1 et de 1600 DA pour les ni­veaux 2 et 3. Pour les dé­bu­tants qui sou­haitent dé­cou­vrir l’agri­cul­ture ur­baine sur une par­celle de moins de 10 m2 adap­té à des pots sur les bal­cons, dans des bacs au­tour des im­meubles, dans des écoles ou en­tre­prises, le ni­veau 1 est ce qu’il vous faut. Le stage offre des bases fon­da­men­tales sur l’agroé­co­lo­gie, sur le com­pos­tage des dé­chets mé­na­gers, sur les tech­niques de se­mis et la plan­ta­tion des aro­mates et des lé­gumes de sai­son. Tou­te­fois, pour ceux et celles qui veulent tra­vailler un jar­din po­ta­ger entre 10 m2 et 200 m2, le ni­veau 2 est conseillé. Des as­pects comme la lutte bio­lo­gique contre les nui­sibles et fer­ti­li­sants na­tu­rels sont sou­le­vés. En­fin un troi­sième ni­veau est ré­ser­vé aux pro­fes­sion­nels pour ceux ou celles ayant dé­jà une ex­pé­rience en jar­di­nage. Dans cette for­ma­tion, il est ques­tion de mon­trer les en­jeux du main­tien de l’agri­cul­ture pay­sanne, une agri­cul­ture en voie de dis­pa­ri­tion dans nos cam­pagnes, car elle est rem­pla­cée par une agri­cul­ture chi­mique non res­pec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment. Des solutions et des al­ter­na­tives sont pro­po­sées en par­te­na­riat avec des consom­ma­teurs ayant com­pris l’im­por­tance de l’agri­cul­ture du­rable. Comme l’a pré­ci­sé une bé­né­vole lors de la réunion in­for­melle ven­dre­di der­nier au siège de Tor­ba «de­puis que l’homme a com­men­cé à ré­flé­chir, il s’est mis à dé­truire», il est peu­têtre temps de chan­ger d’ap­proche. «Cette dé­marche va per­mettre aux pro­duc­teurs de chan­ger de phi­lo­so­phie et de mé­thode par rap­port à l’écou­le­ment de leurs pro­duits», ex­plique Ka­mel Lam­ma­li, co­or­di­na­teur à Tor­ba.

DES COM­MIS­SIONS POUR L’AC­TI­VI­TÉ TOR­BA

Cette ali­men­ta­tion de proxi­mi­té ré­pond à des at­tentes de la part du consom­ma­teurs en ma­tière de tra­ça­bi­li­té et de qua­li­té des pro­duits ali­men­taires consom­més. La mise en place d’un co­mi­té de ges­tion di­ri­gé par des co­or­di­na­teurs as­sure la com­pré­hen­sion entre l’en­semble des membres de l’as­so­cia­tion. Plu­sieurs autres com­mis­sions sont mises en place, no­tam­ment celle de la tré­so­re­rie qui s’oc­cupe de la ré­colte des adhé­sions et des sous­crip­tions des pa­niers. Des pa­niers qui sont payés à l’avance pour sou­te­nir les pro­duc­teurs. Du cô­té du contrôle qua­li­té des pro­duits et de leur pro­ve­nance, une com­mis­sion est aus­si dé­si­gnée. Le tout ré­pond à une charte et à un rè­gle­ment in­té­rieur qui im­posent un mi­ni­mum de discipline par rap­port à cette ac­ti­vi­té.

PAR­TE­NA­RIAT SO­LI­DAIRE

Il s’agit d’un groupe de consom­ma­teurs et d’un ou de plu­sieurs agri­cul­teurs de proxi­mi­té. Le par­te­na­riat se for­ma­lise par un contrat dans le­quel chaque consom­ma­teur achète à l’avance une part de la pro­duc­tion. Cette avance re­pré­sente une aide so­li­daire pour le pro­duc­teur dans le but de pré­pa­rer la sai­son. En contre­par­tie, l’agri­cul­teur s’en­gage à four­nir des pro­duits de qua­li­té se­lon le res­pect de la charte. Il en est de même pour le consom­ma­teur.

LA­BEL ET ÉTIQUETAGE

«Pour l’ins­tant, il n’y a pas d’étiquetage, on connaît le pro­duc­teur, on l’a sen­si­bi­li­sé et on l’a for­mé lors­qu’il en avait be­soin pour faire de l’agroé­co­lo­gie», ex­plique Ka­mel Lam­ma­li. Toute sa pro­duc­tion est écou­lée à tra­vers Ta­fas, une struc­ture qui fa­vo­rise cette re­la­tion. Ce­la mar­che­ra puisque ce type de consom­ma­tion marche ailleurs. La ré­gion lyon­naise est de­ve­nue d’ailleurs la pre­mière ré­gion d’ex­ploi­ta­tions agri­coles bio en France. En 2018, 61% des mé­nages du Grand Lyon achètent bio. Il y en a même qui font ga­gner du temps aux consom­ma­teurs en leur pro­po­sant de ve­nir di­rec­te­ment dans les en­tre­prises. Les cir­cuits courts ont pris tel­le­ment d’am­pleur dans cette ré­gion qu’un salon pro­fes­sion­nel a été créé en 2017.

L’ob­jec­tif de cette as­so­cia­tion est de sen­si­bi­li­ser les consom­ma­teurs à une ali­men­ta­tion plus saine

Le col­lec­tif Tor­ba pro­pose des for­ma­tions, no­tam­ment en culture ma­rai­chère, ar­bo­ri­cul­ture...

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