Quelle adap­ta­tion pour les chan­ge­ments cli­ma­tiques en Al­gé­rie ?

Maître de confé­rences (HDR) en géo­gra­phie et amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, ex­pert en adap­ta­tion des villes aux chan­ge­ments cli­ma­tiques et en po­li­tiques des trans­ports

El Watan week-end - - Contrechamp -

Il faut s’at­tendre à plus de dé­gâts en l’ab­sence d’un guide ac­tua­li­sé d’amé­na­ge­ment ur­bain des villes mis à la dis­po­si­tion des com­munes

Les inon­da­tions conti­nuent de mon­trer les fai­blesses de nos villes à faire face à ces pré­ci­pi­ta­tions de quelques di­zaines de mi­nutes. Dans les dif­fé­rentes ré­gions de l’Al­gé­rie, la si­tua­tion est sem­blable puisque la na­ture des dé­gâts en­re­gis­trés est pra­ti­que­ment la même. De­puis des an­nées, nous par­lons des chan­ge­ments cli­ma­tiques, sans évo­quer les me­sures d’adap­ta­tion. Et comme nous le sa­vons, entre chan­ge­ment cli­ma­tique et adap­ta­tion c’est une grande dif­fé­rence. Il est con­nu que l’adap­ta­tion aux chan­ge­ments cli­ma­tiques doit pas­ser par une stra­té­gie na­tio­nale et des plans d’ac­tion. En Al­gé­rie, il est en­core dif­fi­cile de ré­pondre à la ques­tion sur la pré­sence de ces deux ou­tils très im­por­tants. Et ce, pour la simple rai­son que l’ac­cès à l’in­for­ma­tion n’est pas en­core as­su­ré. Pour les cher­cheurs uni­ver­si­taires, il est dif­fi­cile au­jourd’hui de trou­ver l’in­for­ma­tion et les sta­tis­tiques pour les trai­ter et pro­po­ser des solutions à des pro­blèmes de la so­cié­té. Donc, com­ment les ex­perts uni­ver­si­taires peu­ven­tils in­ter­ve­nir en Al­gé­rie pour ai­der à trou­ver les bonnes dé­marches à suivre pour as­su­rer une bonne adap­ta­tion aux chan­ge­ments cli­ma­tiques ?

Dans d’autres pays, les sites des dé­par­te­ments mi­nis­té­riels dif­fusent la stra­té­gie, les plans d’ac­tion ain­si que les bi­lans et re­çoivent la ré­ac­tion et l’avis de la po­pu­la­tion et des ex­perts, et ce, dans le cadre d’une ap­proche d’ac­cep­ta­bi­li­té so­ciale.

Au­jourd’hui, il est im­por­tant de re­con­naître que notre fa­çon de pen­ser, d’amé­na­ger et de dé­ve­lop­per la ville en Al­gé­rie est très loin de ré­pondre aux normes uni­ver­selles ; on doit aus­si re­con­naître que les tra­vaux de l’amé­lio­ra­tion du tis­su ur­bain, de son amé­na­ge­ment ou toute in­ter­ven­tion sur les tis­sus ur­bains de nos villes fa­vo­risent la sur­ve­nue des inon­da­tions. On pour­ra dire clai­re­ment que nous consom­mons de l’ar­gent dans ces ac­tions pour dé­truire nos villes par nous-mêmes. La cause prin­ci­pale à cette si­tua­tion c’est qu’on in­ter­vient n’im­porte com­ment et loin des normes ; la cause, c’est aus­si l’ab­sence d’un guide d’amé­na­ge­ment ur­bain ac­tua­li­sé en Al­gé­rie et cette fa­çon d’es­sayer de dé­ve­lop­per les villes dans un cadre d’ur­gence où tout se fait très ra­pi­de­ment sa­chant que les éva­lua­tions de la qua­li­té des études ne prennent pas le temps né­ces­saire pour une bonne ex­per­tise en vue d’une va­li­da­tion. En plus de ce­la, le vide fla­grant en ma­tière de for­ma­tion conti­nue et de mise à ni­veau du per­son­nel tech­nique pu­blic ou pri­vé vient in­fluer gra­ve­ment sur la qua­li­té des études tech­niques et des tra­vaux de réa­li­sa­tion des dif­fé­rents pro­jets à l’in­té­rieur, ain­si qu’à l’ex­té­rieur des villes.

Un nou­veau guide d’amé­na­ge­ment ur­bain pour les com­munes

Il faut re­con­naître aus­si qu’en Al­gé­rie les ser­vices tech­niques des com­munes ne dis­posent pas de cet ou­til ac­tua­li­sé qui les oblige à suivre les normes. Au­jourd’hui, le contrôle de la qua­li­té des tra­vaux d’amé­lio­ra­tion ur­baine et d’amé­na­ge­ment se font mal­heu­reu­se­ment sur es­ti­ma­tion vi­suelle qui dé­pend sim­ple­ment de la com­pé­tence de la per­sonne char­gée du sui­vi des tra­vaux, alors qu’on réa­li­té cette per­sonne doit oeu­vrer sur la base du guide d’amé­na­ge­ment ur­bain ac­tua­li­sé. Il est im­por­tant ici de mettre la lu­mière sur ce guide d’amé­na­ge­ment que de nom­breux pays au monde uti­lisent et ac­tua­lisent à chaque fois que les cher­cheurs uni­ver­si­taires et les ex­perts in­tro­duisent de nou­velles ac­tions pour amé­lio­rer le cadre de vie des ci­toyens.

Ces der­nières an­nées, l’ac­tua­li­sa­tion de ce guide s’ef­fec­tuait pour in­tro­duire les ac­tions de lutte contre les ac­ci­dents de la cir­cu­la­tion et prendre en compte l’ac­ci­den­to­lo­gie dans les villes ain­si que les inon­da­tions et l’adap­ta­tion des villes aux chan­ge­ments cli­ma­tiques. Ce guide prend en consi­dé­ra­tion éga­le­ment la mo­bi­li­té des per­sonnes âgées. Avec plus de dé­tails, ce guide prend en compte les normes des trot­toirs, la chaus­sée, le mo­bi­lier ur­bain, l’éva­cua­tion des dif­fé­rents types d’eaux, les es­paces verts, les amé­na­ge­ments liés à la mo­bi­li­té ain­si que d’autres normes dont a be­soin une ville pour as­su­rer son fonc­tion­ne­ment. L’ac­tua­li­sa­tion du guide d’amé­na­ge­ment ur­bain sur la base d’adap­ta­tion aux chan­ge­ments cli­ma­tiques né­ces­site l’im­pli­ca­tion des ex­perts uni­ver­si­taires, les­quels doivent ac­com­pa­gner par la suite les ser­vices tech­niques des com­munes pour les for­mer sur l’ap­pli­ca­tion sur ter­rain des dis­po­si­tions du guide.

A titre d’exemple, l’inon­da­tion du métro d’Al­ger montre les fai­blesses liées à l’amé­na­ge­ment des bouches d’en­trée des sta­tions de métro, des bouches non cou­vertes, alors que l’adap­ta­tion aux chan­ge­ments cli­ma­tiques exige des bouches cou­vertes et même in­té­grées dans les im­meubles, le mo­dèle ca­na­dien convient le mieux pour contre­car­rer ce genre de si­tua­tion. Il faut sa­voir que le ré­seau ac­tuel des eaux usées et plu­viales ne pour­ra pas ré­pondre aux be­soins de l’éva­cua­tion de ces types d’eaux puisque le di­men­sion­ne­ment des conduites reste loin de ré­pondre à cette nou­velle forme de chan­ge­ment cli­ma­tique qu’ob­serve le monde en­tier. Ce qui nous pousse à al­ler cher­cher des solutions ailleurs, loin du ré­seau puis­qu’il est pra­ti­que­ment très dif­fi­cile, pour ne pas dire im­pos­sible d’agran­dir le di­men­sion­ne­ment du ré­seau d’une ville en en­tier. En re­vanche, l’en­tre­te­nir est une prio­ri­té.

Le dal­lage et le bé­ton par­tout dans les es­paces ur­bains des villes ne laissent au­cune place pour que l’eau des pluies s’in­filtre dans le sol, ce qui la di­rige di­rec­te­ment vers les ha­bi­ta­tions, les construc­tions, les ruelles et les routes. Dans ce cadre, il est né­ces­saire d’en­le­ver ces dal­lages et ces re­vê­te­ments des sols pour per­mettre à l’eau de s’in­fil­trer. A cet ef­fet, les trot­toirs ou re­vê­te­ments per­méables sont ef­fi­caces pour le drai­nage de l’eau. L’ex­pé­rience de la ville de Rot­ter­dam (Pays-Bas) dans l’adap­ta­tion aux chan­ge­ments cli­ma­tiques est un bon exemple à suivre et mé­rite une vi­sua­li­sa­tion sur place pour les spé­cia­listes des villes.

Les sé­pa­ra­tifs en bé­ton sur les au­to­routes consti­tuent aus­si une grande er­reur tech­nique, les­quels bloquent l’eau dans la chaus­sée pour l’em­pri­son­ner et inon­der les chaus­sées. Dans ce cadre, il est im­por­tant de s’ins­pi­rer de l’ex­pé­rience canadienne en ma­tière d’amé­na­ge­ment des routes et des au­to­routes, d’au­tant que ce pays est con­nu pour ses hi­vers très rudes et des pré­ci­pi­ta­tions très fré­quentes.

Quelles me­sures pour une bonne ges­tion des villes ?

La ges­tion de la ville concerne l’en­semble des dé­par­te­ments mi­nis­té­riels puisque cha­cun à un angle d’in­ter­ven­tion pour amé­lio­rer le cadre de vie des ci­toyens, le­quel exige des re­cherches scien­ti­fiques très pous­sées pour la mise en place de nou­velles ac­tions in­no­vantes dans les dif­fé­rents ho­ri­zons. Ain­si, les cher­cheurs uni­ver­si­taires et cadres su­pé­rieurs et moyens ain­si que les cadres tech­niques doivent tra­vailler en étroite col­la­bo­ra­tion se­lon leurs com­pé­tences pour la réa­li­sa­tion des stra­té­gies et des plans d’ac­tion.

Et pour que ce­la se réa­lise, il est au­jourd’hui né­ces­saire que chaque mi­nis­tère au sein du gou­ver­ne­ment se dote d’une di­rec­tion de la re­cherche scien­ti­fique et d’in­no­va­tion. Cette der­nière doit com­prendre en son sein des cher­cheurs uni­ver­si­taires très qua­li­fiés, les­quels consti­tuent et animent un ré­seau d’ex­perts et cher­cheurs uni­ver­si­taires tra­vaillant sur les champs d’in­ter­ven­tion du dé­par­te­ment mi­nis­té­riel. Ain­si, les cher­cheurs et ex­perts trouvent l’es­pace où échan­ger sur les ré­sul­tats des tra­vaux de re­cherche et traitent entre autres les pro­blé­ma­tiques for­mu­lées par la di­rec­tion de la re­cherche et de l’in­no­va­tion. Des jour­nées d’études, des sé­mi­naires et col­loques or­ga­ni­sés par cette di­rec­tion se­ront l’oc­ca­sion de ras­sem­bler ces cher­cheurs et ex­perts pour ex­po­ser les solutions aux pro­blèmes sou­le­vés par le dé­par­te­ment mi­nis­té­riel.

Il est en­core temps que les dé­par­te­ments mi­nis­té­riels en Al­gé­rie optent aus­si pour le re­cru­te­ment de doc­teurs dans les dif­fé­rentes spé­cia­li­tés en qua­li­té de pro­fes­seurs et maîtres de confé­rences comme ce­la se fait dans de nom­breux pays. Le re­cru­te­ment se fait par voie de concours puisque cer­tains doc­teurs pré­fèrent le tra­vail de ter­rain que l’en­sei­gne­ment ou sim­ple­ment la re­cherche scien­ti­fique.

Cer­tains pays dans le monde uti­lisent cette mé­thode pour im­pli­quer da­van­tage les cher­cheurs uni­ver­si­taires et les ex­perts dans les stra­té­gies et les plans d’ac­tion pour le dé­ve­lop­pe­ment de leurs ter­ri­toires.

Les dé­par­te­ments mi­nis­té­riels doivent fi­nan­cer la re­cherche scien­ti­fique

Le fi­nan­ce­ment des pro­jets de re­cherche scien­ti­fique n’est pas une dé­pense mais un in­ves­tis­se­ment. Dans de nom­breux pays de par le monde, les dé­par­te­ments mi­nis­té­riels sub­ven­tionnent des pro­jets de re­cherche et lancent des ap­pels d’offres pour les cher­cheurs uni­ver­si­taires et les la­bo­ra­toires de re­cherche pour trou­ver des solutions à des pro­blèmes de leur sec­teur à tra­vers des pro­jets de re­cherches. Dans ce cadre, il est né­ces­saire de re­voir to­ta­le­ment les textes ré­gle­men­taires dans ce cadre pour mo­ti­ver les deux par­ties à tra­vailler conjoin­te­ment comme ce­la se fait dans de nom­breux pays.

Pour conclure, je re­viens sur l’im­por­tance de la créa­tion des di­rec­tions de la re­cherche scien­ti­fique et de l’in­no­va­tion dans les or­ga­ni­grammes de l’en­semble des dé­par­te­ments mi­nis­té­riels, car sans ce­la on ne pour­ra ja­mais trou­ver des solutions scien­ti­fiques et no­va­trices qui peuvent faire face aux pro­blèmes que ren­contre la so­cié­té al­gé­rienne.

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