Im­mi­gra­tion au Qué­bec Le vrai du faux

El Watan week-end - - Géo - Mon­tréal. Ca­na­da. Sa­mir Ben sa­mir­ben@el­wa­tan.com

Des 125 sièges à l’As­sem­blée na­tio­nale de la seule pro­vince fran­co­phone au Ca­na­da, 74 sont re­ve­nus au par­ti de la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec (CAQ) créé en 2011. En moins de de huit ans, ce par­ti est pas­sé de 19 dé­pu­tés en 2012 à for­mer un gou­ver­ne­ment ma­jo­ri­taire en 2018 et avoir les cou­dées franches pour ap­pli­quer sans ré­sis­tance un pro­gramme aux re­lents iden­ti­taires. e par­ti n’a pas été créé ex-ni­hi­lo. Il est aus­si le ré­sul­tat de la fu­sion avec un autre par­ti qui avait bou­le­ver­sé l’échi­quier po­li­tique au Qué­bec en éli­sant 41 dé­pu­tés en 2007 après une cam­pagne élec­to­rale ba­sée sur les ques­tions iden­ti­taires ou ce qui est ap­pe­lé la crise des ac­com­mo­de­ments rai­son­nables - cette pos­si­bi­li­té de contour­ner la ré­gle­men­ta­tion pour des rai­sons re­li­gieuses. Un prin­cipe de droit ca­na­dien. ertes, le par­ti de cen­tre­droit n’est pas un Front na­tio­nal qué­bé­cois. Il s’en est d’ailleurs dé­mar­qué juste après son élec­tion quand Ma­rine Le­pen l’avait fé­li­ci­té. «Contrai­re­ment à ce que se­ri­naient les li­bé­raux im­mi­gra­tion­nistes béats, les Qué­bé­cois ont vo­té pour moins d’im­mi­gra­tion. La lu­ci­di­té et la fer­me­té face au dé­fi mi­gra­toire est le point com­mun des élec­tions de qua­si­ment tous les pays du monde confron­tés à cet en­jeu», avait-elle écrit sur Twit­ter. La ré­ponse de Fran­çois Le­gault, chef du par­ti Coa­li­tion ave­nir Qué­bec et Pre­mier mi­nistre élu, était cin­glante : «Je re­jette toute as­so­cia­tion avec Mme Le Pen. Les Qué­bé­cois sont ac­cueillants et gé­né­reux. Nous al­lons ac­cueillir des mil­liers d’im­mi­grants chaque an­née, mais nous al­lons le faire d’une fa­çon qui fa­vo­rise l’in­té­gra­tion. On va en prendre moins, mais on va en prendre soin», a-t-il

écrit sur Twit­ter.

DI­MI­NU­TION DU NOMBRE D’IM­MI­GRÉS

Le Qué­bec re­çoit bon an mal an en­vi­ron 2500 nou­veaux im­mi­grants al­gé­riens. Et ce nombre n’est pas près de chan­ger. Se­lon Ra­dio Ca­na­da, en 2017, le Qué­bec a re­çu 52 000 im­mi­grants. “Ce chiffre est re­la­ti­ve­ment stable an­née après an­née, no­tam­ment de­puis 2008, où près de 45 000 im­mi­grants avaient quit­té leur pays pour s’ins­tal­ler dans la pro­vince. L’an­née sui­vante, une hausse de plus de 9 % avait été consta­tée, avant un pic à 55 000 nou­veaux ar­ri­vants en 2012. Un ni­veau ja­mais at­teint de­puis.”58% des im­mi­grés re­çus au Qué­bec sont sé­lec­tion­nés par la pro­vince (ca­té­go­rie des tra­vailleurs) et les autres sont choi­sis par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral (pa­rai­nage fa­mi­lial et ré­fu­giés). Le Pre­mier mi­nistre élu du Qué­bec avait pro­mis de di­mi­nuer le nombre d’im­mi­grants de 24% à par­tir de 2019. «On n’avait ja­mais pris po­si­tion de fa­çon claire sur le mo­ment où se­rait im­plan­tée la me­sure. Mais je vous l’an­nonce au­jourd’hui : en 2019, le seuil va être ré­duit à 40 000», a-t-il dé­cla­ré dé­but sep­tembre en pleine cam­pagne

élec­to­rale. “Ac­tuel­le­ment, l’im­mi­gra­tion avec les li­bé­raux est un échec, 26% des nou­veaux ar­ri­vants quittent le Qué­bec. Ça veut dire qu’on en perd 13 000 sur 50 000. Et dans les cinq pre­mières an­nées, ceux qui res­tent ont un taux de chô­mage de 15%. On va mieux les choi­sir en fonc­tion des be­soins du mar­ché du tra­vail dans toutes les ré­gions du Qué­bec», avait-t-il mar­te­lé en s’at­ta­quant à son ri­val, le Pre­mier mi­nistre sor­tant Phi­lippe Couillard. Ce der­nier avait qua­li­tié cette pro­messe élec­to­rale d’an­ti­éco­no­mique en af­fir­mant que “Fran­çois Le­gault a tort de vou­loir ac­cueillir 10 000 im­mi­grants de moins qu’à l’heure ac­tuelle, en rai­son de la pé­nu­rie de main-d’oeuvre qui sé­vit dans la pro­vince. Cette me­sure est an­ti­éco­no­mique.” Un ar­gu­ment qui n’a pas pe­sé dans l’urne puisque le par­ti li­bé­ral du Qué­bec de Phi­lippe Couillard a été re­lé­gué dans l’op­po­si­tion. Dans l’éven­tua­li­té d’une mise en ap­pli­ca­tion de ce plan. La pro­vince doit né­go­cier avec le gou­ver­me­ment fé­dé­ral. Et le Pre­mier mi­nistre dé­si­gné du Qué­bec était confiant pen­dant la cam­pagne elec­to­ral. “Di­sons que la grande ma­jo­ri­té des Qué­bé­cois sont d’ac­cord pour ré­duire le nombre d’im­mi­grants et votent pour la CAQ le 1er oc­tobre, M. Tru­deau va être obli­gé d’en te­nir compte.” Les ob­ser­va­teurs sont en mode at­tente.

FRAN­CO­PHONES, TESTS DE VA­LEURS ET IDEN­TI­TÉ

Le nou­veau gou­ver­ne­ment compte aus­si exi­ger des nou­veaux im­mi­grés des connais­sances du fran­çais, langue of­fi­cielle de la pro­vince ain­si qu’un test de va­leurs qui por­te­rait sur l’égai­té entre hommes et femmes, la laï­ci­té, la so­cié­té dé­mo­cra­tique et les ho­mo­sexuels. «À 50 000 im­mi­grants au to­tal par an­née, c’est un de­mi-mil­lion au bout de 10 ans. C’est sûr que si ces gens­là n’ap­prennent pas le fran­çais, comme c’est le cas ac­tuel­le­ment... il y a un risque ef­fec­ti­ve­ment que nos pe­tits-en­fants ne parlent plus fran­çais. Je ne vou­drais pas avoir à me re­pro­cher ça. C’est la res­pon­sa­bi­li­té du pre­mier mi­nistre du Qué­bec de pro­té­ger la na­tion, de pro­té­ger le fran­çais au Qué­bec. Ce n’est pas seule­ment le Qué­bec qui est dans cette po­si­tion-là, re­gar­dez ce qui se passe en Eu­rope : tous les pays se posent des ques­tions comment on peut pro­té­ger notre iden­ti­té, tout en conti­nuant de re­ce­voir des im­mi­grants», avait dé­la­ré Fran­çis Le­gault. Ce dis­cours a sé­duit les groupes d’ex­trê­me­droite qué­bé­coise dont le plus en vue La Meute dont l’un des di­ri­geants avait dé­cla­ré aux mé­dias lo­caux que “les po­si­tions de La Meute étaient proches de celles de la CAQ (le par­ti du pre­mier mi­nistre dé­si­gné”. Un sou­tien en­com­brant pour ce der­nier qui a ré­agi en af­fir­mant qu’«on ne peut pas em­pê­cher un coeur d’ai­mer, mais j’ai­me­rais mieux qu’ils ne m’aiment pas. Je n’aime pas le dis­cours vé­hi­cu­lé par la meute. Je trouve que c’est sur le bord du ra­cisme.»

HID­JAB

Juste après son élec­tion, le Pre­mier mi­nistre dé­si­gné du Qué­bec a ré­af­fir­mé son en­ga­ge­ment à in­ter­dire les signes re­li­gieux dont le hid­jab pour les juges, po­li­ciers et les en­sei­gnants. «Pour nous, c’est clair. Les per­sonnes en po­si­tion d’au­to­ri­té ne de­vront pas por­ter de signe re­li­gieux. Je crois qu’on a in­té­rêt à mettre ça der­rière nous ra­pi­de­ment dans la pre­mière an­née de notre man­dat. Il y a consen­sus au Qué­bec», a af­fir­mé Fran­çois Le­gault. Ce qui a fait ré­agir le Pre­mier mi­nistre ca­na­dien, Jus­tin Tru­deau, qui a dit que «ce n’est pas à l’État de dire aux ci­toyens ce qu’ils peuvent por­ter ou pas». Di­manche der­nier, une ma­ni­fes­ta­tion or­ga­ni­sée dans le centre-ville de Mon­tréal ac­cu­sait le par­ti de Fan­çois Le­gault de ra­cisme. «La CAQ se re­trouve au pou­voir avec une ma­jo­ri­té po­li­tique, ce par­ti qui a uti­li­sé sans ver­gogne la xé­no­pho­bie contre les per­sonnes im­mi­grantes et les mi­no­ri­tés re­li­gieuses. Les pro­po­si­tions d’ex­trême droite telles que l’abais­se­ment du seuil d’im­mi­gra­tion, l’inu­tile test des va­leurs ou en­core l’ex­pul­sion des per­sonnes qui échouent au test de fran­çais ne sont que des exemples qui ont in­duit une peur non né­gli­geable chez les per­sonnes im­mi­grantes», pou­vait-on lire dans une dé­cla­ra­tion des or­ga­ni­sa­teurs. «Son pro­jet po­li­tique trouve écho chez plu­sieurs forces d’ex­trême droite», es­time l’un des or­ga­ni­sa­teurs. De son cô­té, Ali Kai­di, an­cien pro­fes­seur de phi­lo­so­phie à l’uni­ver­si­té Al­ger 2 et membre fon­da­teur de l’As­so­cia­tion qué­bé­coise des Nord-Afri­cains pour la laï­ci­té (AQNAL) es­time que «le dé­bat po­li­tique sur la laï­ci­té a per­du sa ra­tio­na­li­té et toute pos­si­bi­li­té d’ap­proche dé­pas­sion­née, en se ré­dui­sant à la ques­tion du port des signes re­li­gieux, voire du port du voile is­la­mique... Fran­çois Le­gault semble proche de la laï­ci­té ré­pu­bli­caine ; il a maintes fois ex­pri­mé sa vo­lon­té d’af­fir­mer le ca­rac­tère laïc de l’État qué­bé­cois... Le gou­ver­ne­ment de la CAQ est dans une si­tua­tion qui lui per­met d’être à la hau­teur des at­tentes de la po­pu­la­tion pour don­ner un dé­but de so­lu­tion à la ques­tion de la laï­ci­té au Qué­bec, et de pré­fé­rence qu’il la traite au dé­but de son man­dat parce que c’est une ques­tion très sen­sible qui sus­cite des dé­bats char­gés d’émo­tions de part et d’autre».

Les Qué­bé­cois viennent de don­ner au dé­but du mois d’oc­tobre un man­dat ma­jo­ri­taire à un nou­veau gou­ver­ne­ment qui a ba­sé sa cam­pagne élec­to­rale sur une pro­messe de di­mi­nuer le nombre d’im­mi­grants et d’in­ter­dire les signes re­li­gieux, y com­pris le hid­jab pour les juges, les po­li­ciers et les en­sei­gnants. Que va-t-il chan­ger ? Les Al­gé­riens qui im­migrent beau­coup au Qué­bec se posent dé­jà plu­sieurs ques­tions.

Le Qué­bec re­çoit en­vi­ron 2500 nou­veaux im­mi­grants al­gé­riens

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