Le plas­tique n’est plus fan­tas­tique

El Watan week-end - - Planète - Slim Sad­ki wee­kend@el­wa­tan.com

La pro­duc­tion mon­diale de plas­tique at­teint en­vi­ron 320 mil­lions de tonnes par an. Une très pe­tite quan­ti­té du plas­tique re­je­té tous les jours est re­cy­clée ou in­ci­né­rée dans des ins­tal­la­tions de va­lo­ri­sa­tion éner­gé­tique, alors que la plus grande par­tie est per­due et se re­trouve dans l’en­vi­ron­ne­ment ma­rin. En 2025, les océans pour­raient re­gor­ger d’en­vi­ron 250 mil­lions de tonnes de dé­chets plas­tiques. La mer Mé­di­ter­ra­née est la plus pol­luée au monde par les plas­tiques : 10 kg au ki­lo­mètre car­ré. Les mil­lions de tonnes de plas­tique qui re­joignent les océans échouent au centre de vor­tex pour for­mer de vé­ri­tables conti­nents. On pen­sait qu’il y en avait un seul dans le Pa­ci­fique — qu’on a nom­mé le 7e conti­nent, d’une su­per­fi­cie de 3,4 mil­lions de ki­lo­mètres car­rés —, mais on en a dé­cou­vert d’autres au centre de chaque grande masse océa­nique. Il y a ain­si cinq zones d’ac­cu­mu­la­tion océa­nique des plas­tiques qui se si­tuent dans le Pa­ci­fique Nord, le Pa­ci­fique Sud, l’At­lan­tique Nord, l’At­lan­tique Sud et l’Océan in­dien. La pol­lu­tion plas­tique re­pré­sente sans doute la plus grande me­nace pour les plantes et les ani­maux — y com­pris les hu­mains se trou­vant sur la terre ferme. Comment ? Les dé­chets plas­tiques se frag­mentent. Les scien­ti­fiques es­timent que les ma­cro­dé­chets de plas­tique re­trou­vés en mer pro­viennent à en­vi­ron 80% des conti­nents. Ils trouvent leur ori­gine dans les dé­charges à ciel ou­vert, les dé­chets aban­don­nés dans la na­ture et les évé­ne­ments cli­ma­tiques ex­trêmes (orages, tem­pêtes, tsu­na­mis…). Le reste (20%) est com­po­sé de dé­chets je­tés à par­tir des ba­teaux de loi­sirs, de ma­rine mar­chande et de pêche. Après avoir re­joint les océans, les ma­cro­dé­chets de plas­tique (sacs, bou­teilles, em­bal­lages…) se frag­mentent en mi­cro­plas­tiques de moins de 5 mil­li­mètres. Ce­la se fait sous l’ef­fet mé­ca­nique des vagues, du vent et du sable et l’ac­tion chi­mique des UV. Ils sé­di­mentent en­suite ou sont in­gé­rés par les ani­maux aqua­tiques. Les mi­cro­plas­tiques se dis­so­cient à leur tour en par­ti­cules en­core plus pe­tites de l’ordre du mil­lio­nième de mètre : les na­no­plas­tiques. Au­jourd’hui, les mi­cro et na­no­plas­tiques se re­trouvent par­tout ; ils sont pré­sents dans les sols, les sé­di­ments, l’eau douce... et pour­raient avoir un ef­fet né­ga­tif à long terme sur les éco­sys­tèmes. Les cher­cheurs af­firment que la pol­lu­tion mi­cro­plas­tique ter­restre est beau­coup plus éle­vée que la pol­lu­tion mi­cro­plas­tique ma­rine — entre 4 et 23 fois plus éle­vée, en fonc­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Les mi­cro­plas­tiques sont éga­le­ment re­trou­vés dans l’ali­men­ta­tion. Par­mi 504 pois­sons de 10 es­pèces pê­chés dans la Manche, 184 ont in­gé­ré du plas­tique, soit 36,5%. Le sel de table n’est pas épar­gné non plus pour les mi­cro­plas­tiques. Le sel est ré­cu­pé­ré par éva­po­ra­tion de l’eau de mer puis s’en­suit un pro­ces­sus de cris­tal­li­sa­tion et de concen­tra­tion. Sur 17 marques de sel de table pro­ve­nant de 8 pays dif­fé­rents, toues sauf une conte­naient des ré­si­dus de mi­cro­plas­tiques.

Jeu­di 4 oc­tobre, à Aïn Be­nian, la Di­rec­tion de la pêche et de l’aqua­cul­ture de la wi­laya d’Al­ger et le ré­seau de Pro­tec­tion des res­sources bio­lo­gies ma­rines (Pro­bium) ont réus­si le tour de force de réunir les prin­ci­pales, pour ne pas dire toutes les par­ties concer­nées par la pro­tec­tion du mi­lieu ma­rin et de ses res­sources bio­lo­giques.

IN­QUIÉ­TUDES

Les par­ti­cules plas­tiques sont éli­mi­nées en par­tie par l’or­ga­nisme hu­main via l’urine, mais une ex­po­si­tion chro­nique jour­na­lière sou­lève des in­quié­tudes. Elles pour­raient s’ac­cu­mu­ler et in­duire des in­flam­ma­tions. Le 28 mai 2018, un com­mu­ni­qué de la Com­mis­sion eu­ro­péenne a énon­cé les nou­velles règles concer­nant les plas­tiques à usage unique pour ré­duire les dé­chets ma­rins dans un ob­jec­tif de pro­tec­tion de la bio­di­ver­si­té et de la san­té hu­maine. En ef­fet, les ré­sul­tats in­quié­tants ont ré­vé­lés la pré­sence de 12 000 par­ti­cules de mi­cro­plas­tiques par litre de ban­quise dans la zone arc­tique. Du po­ly­éthy­lène et du po­ly­pro­py­lène (uti­li­sés dans les em­bal­lages), de la pein­ture, de l’acé­tate de cel­lu­lose (is­su des filtres de ci­ga­rette), du ny­lon et du po­ly­es­ter. Ces plas­tiques se re­trouvent jusque dans nos pou­mons, les mi­cro­plas­tiques étant pré­sents dans l’air, dans l’eau et dans les ali­ments qui ont ten­dance à fixer les pol­luants de la fa­mille des per­tur­ba­teurs en­do­cri­niens. Les océans ne sont pas les seuls à être im­pac­tés par la pol­lu­tion due aux ma­tières plas­tiques. En ef­fet, le sol, l’agri­cul­ture et donc l’ali­men­ta­tion se­raient conta­mi­nés par les mi­cro­plas­tiques.

POL­LU­TION EN­VI­RON­NE­MEN­TALE

Alar­més par la si­tua­tion des océans, de plus en plus d’ex­perts s’in­té­ressent main­te­nant à la pré­sence de mi­cro­plas­tiques au sein des sols. De nom­breuses études mettent en avant la quan­ti­té gran­dis­sante de ces par­ti­cules dans l’en­semble de nos en­vi­ron­ne­ments. Pro­ve­nant des tex­tiles, cos­mé­tiques, dé­chets et em­bal­lages, mais aus­si de nos mé­di­ca­ments et de notre in­dus­trie, ces mi­cro­par­ti­cules se li­bèrent dans l’eau et in­tègrent ain­si nos sols. En ef­fet, même après les étapes de fil­tra­tion (hu­maine ou na­tu­relle) ces par­ti­cules res­tent pré­sentes et se re­trouvent dans l’eau po­table et no­tam­ment celle uti­li­sée pour ir­ri­guer les cul­tures. Les sols sont ain­si conta­mi­nés en pro­fon­deur par le biais de l’eau, qui s’in­filtre en em­por­tant avec elle les pol­luants. Mais ce n’est pas tout : les mé­thodes de broyage ou d’in­ci­né­ra­tion des dé­chets li­bèrent elles aus­si des par­ti­cules qui se dif­fusent dans l’air et fi­nissent par re­tom­ber sur une su­per­fi­cie bien plus vaste. Cer­taines pra­tiques agri­coles sont même poin­tées du doigt. Se­lon une étude, lorsque des serres plas­tiques sont uti­li­sées en agri­cul­ture, leur dé­li­te­ment li­bère aus­si des pol­luants, en­traî­nant une conta­mi­na­tion pro­gres­sive des sols aux mi­cro­plas­tiques. Entre 2011 et 2014, des cher­cheurs de plu­sieurs pays ont ob­ser­vé 159 ré­cifs co­ral­liens en Thaï­lande, en In­do­né­sie et en Aus­tra­lie. Ils ont consta­té que les dé­bris plas­tiques ma­rins pour­raient être un évé­ne­ment dé­clen­cheur de ma­la­dies co­ral­liennes (+20 à 89% du risque). Or les deux tiers de la bio­di­ver­si­té ma­rine mon­diale sont étroi­te­ment liés aux ré­cifs co­ral­liens.

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