Crasc d’Oran : la si­tua­tion des per­sonnes âgées en dé­bat

Une confé­rence très in­té­res­sante a été don­née, mer­cre­di der­nier au Crasc d’Oran, où il était ques­tion des per­sonnes âgées en Al­gé­rie.

El Watan week-end - - Aujourd’hui - Akram El Ke­bir ael­ke­bir@el­wa­tan.com

A vrai dire, cette confé­rence, qui s’ap­pa­ren­tait da­van­tage à un work­shop, fai­sait suite à une étude me­née par une équipe an­thro­po­lo­gique, com­po­sée no­tam­ment de so­cio­logues et de psy­cho­logues, qui avait pour but, comme l’a ex­pli­qué un in­ter­ve­nant, le pro­fes­seur Mus­ta­pha Mi­mou­ni, «d’en­le­ver la pous­sière sur une réa­li­té qui a une vi­si­bi­li­té phy­sique mais qui n’a pas une vi­si­bi­li­té sur le tra­vail in­tel­lec­tuel». Le pro­fes­seur Mo­ha­med Be­loue­za­ni, de l’uni­ver­si­té Oran 2, a an­non­cé que d’après une ré­cente étude, les per­sonnes âgées ne re­pré­sentent que 8% de la so­cié­té al­gé­rienne, alors que les en­fants et les jeunes de moins de 15 ans re­pré­sentent, eux, 28% de la so­cié­té ; quant à la po­pu­la­tion ac­tive (com­po­sée du reste tra­vailleurs et de chô­meurs) elle est de 65% en­vi­ron.

MI­NO­RI­TÉ

Les per­sonnes âgées sont donc une mi­no­ri­té en Al­gé­rie. D’abord, à par­tir de quel âge entre-t-on dans la ca­té­go­rie «se­nior» ? Le pro­fes­seur Fa­ti­ma-Zoh­ra Sbaa, dans son in­ter­ven­tion, a in­di­qué que la vieillesse com­mence à 65 ans d’après la lé­gis­la­tion mon­diale. Lors des dé­bats en­tre­te­nus par une as­sis­tance nom­breuse, com­po­sée es­sen­tiel­le­ment d’uni­ver­si­taires, de cher­cheurs, de mé­de­cins et de pa­ra­mé­di­caux, nous ap­pren­dront d’abord que 70% des per­sonnes âgées souffrent de troubles de la mé­moire. Ce­la, d’ailleurs, peut al­ler sou­vent jus­qu’à la ma­la­die d’Alz­hei­mer, qui prend des pro­por­tions in­quié­tantes dans le pays. Pre­nant la pa­role, un an­cien pa­ra­mé­di­cal ex­plique que c’est le manque de va­lo­ri­sa­tion chez cette frange de la so­cié­té qui la rend vul­né­rable, et de fac­to sus­cep­tible d’être at­teinte par des ma­la­dies liées à la mé­moire.

ISO­LE­MENT

«Il faut le dire, les per­sonnes âgées n’ont au­cun loi­sir, on ne pense pas à leur bien-être. Mis à part à la mos­quée, elles n’ont nulle part où al­ler. Rien n’est fait pour eux. Aus­si, ils se sentent dé­va­lo­ri­sés et tombent dans la confu­sion men­tale.» Et de pré­ci­ser que dans bien des cas, le su­jet âgé n’ac­cepte pas la re­traite et se sent comme iso­lé. C’est peu­têtre la rai­son pour la­quelle on a cou­tume de voir en Eu­rope des per­sonnes âgées tra­vailler, re­fu­sant, mal­gré l’âge, de prendre leur re­traite. Aus­si, l’in­ter­ve­nant, qui cer­ti­fie que le pro­blème est lié à la va­lo­ri­sa­tion, il pré­co­nise qu’il y ait plus d’es­paces, plus de clubs pour ces su­jets âgés. Il in­for­me­ra l’as­sis­tance, éga­le­ment, de la créa­tion pro­chaine d’un mas­tère en gé­ria­trie pour prendre en charge le ma­lade âgé sur trois di­men­sions : psy­cho­lo­gique, so­cio­lo­gique et cultu­relle. Le Pr Sbaa, tout en abon­dant dans ce sens, émet tou­te­fois des ré­serves. Pour elle, la so­lu­tion n’est pas for­cé­ment dans la mul­ti­pli­ca­tion des centres consa­crés aux per­sonnes du troi­sième âge. «Il fau­drait sur­tout pen­ser à des pro­grammes de prise en charge, pour que les per­sonnes âgées soient tou­jours utiles à la so­cié­té. On avait pro­po­sé, à titre d’exemple, que les per­sonnes âgées puissent ve­nir dans les éta­blis­se­ments sco­laires à proxi­mi­té de leur quar­tier pour pro­po­ser aux en­fants des his­toires. Ça leur don­ne­rait un rôle so­cial, une oc­cu­pa­tion, sans que ce­la né­ces­si­ter un bud­get énorme».

SA­VOIR-FAIRE

Elle re­grette ce­pen­dant que dans le sys­tème de san­té, les pro­grammes ne traitent que très peu de la ques­tion des per­sonnes âgées : «J’en veux pour preuve le der­nier pro­gramme de san­té men­tale du mi­nis­tère de la San­té très peu consa­cré aux per­sonnes âgées. Par contre, on laisse ce­la au mi­nis­tère de la So­li­da­ri­té na­tio­nale qui a d’ailleurs fait un guide pour pré­ve­nir la mal­trai­tance des per­sonnes âgées. Je crois qu’il y a une cou­pure qui n’a pas de rai­son d’être entre les mi­nis­tères où cha­cun se dé­bar­rasse du pro­blème en le lais­sant à l’autre sec­teur.» Le pro­fes­seur Mus­ta­pha Mi­mou­ni a entre autre par­lé du pro­blème de la trans­mis­sion, qui fait bi­gre­ment dé­faut en Al­gé­rie : «Des gé­né­ra­tions qui sont par­ties en re­traite et qui ont pris avec elles ce qu’on ap­pelle la mé­moire pro­fes­sion­nelle, si bien que ceux qui viennent à leur place font du bri­co­lage. Le pro­blème est là : il n’y a pas de trans­mis­sion. D’ailleurs, les Ca­na­diens sont bien conscients de ce pro­blème, et pour y pa­rer, les re­trai­tés sont in­vi­tés dans les uni­ver­si­tés pour en­sei­gner des pra­tiques à des doc­to­rants, à des pro­fes­seurs d’uni­ver­si­té. Et ain­si la trans­mis­sion se fait.» D’autres in­ter­ve­nants ont éga­le­ment pris la pa­role, et force est d’ad­mettre que c’est l’ins­ti­tu­tion sa­ni­taire qui a le plus té­moi­gné sur ce su­jet. Se­lon une in­ter­ve­nante, pen­dant le dé­bat, l’ins­ti­tu­tion sa­ni­taire est re­pré­sen­té chez la per­sonne âgée beau­coup plus comme un lieu so­cial, dans le­quel elle peut échan­ger, qu’un es­pace qui pro­digue des soins. D’ailleurs, a re­gret­té cette in­ter­ve­nante, les es­paces hos­pi­ta­liers ne sont pas conçus pour les per­sonnes âgées, où nombre de ser­vice sont par­fois dé­pour­vus d’as­cen­seur, obli­geant les pa­ra­mé­di­caux à por­ter les pa­tients âgés, du moins ceux qui sont à mo­bi­li­té ré­duite. En­fin, un des in­ter­ve­nants a évo­qué l’as­so­cia­tion Ra­fik, com­po­sée de vo­lon­taires qui prennent en charge les per­sonnes âgées et viennent leur pro­di­guer les soins à la mai­son, pour leur évi­ter le dé­pla­ce­ment à l’hô­pi­tal.

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