L’idée de for­mer des ob­ser­va­teurs or­ga­ni­sés dans un ré­seau na­tio­nal sur les zones hu­mides et les oi­seaux d’eau est ap­pa­rue en 1987

MO­HA­MED BEL­LA­TRÈCHE. Doc­teur en éco­lo­gie fo­res­tière-or­ni­tho­lo­gie

El Watan week-end - - Planète -

# Pro­fes­seur Bel­la­trèche, vous avez vé­cu et par­ti­ci­pé à la nais­sance de l’or­ni­tho­lo­gie al­gé­rienne. Comment ce­la s’est-il pro­duit au dé­part ?

Dans les an­nées 70’, par tra­di­tion, au Dé­par­te­ment de zoo­lo­gie agri­cole de l’ENSA (Ecole na­tio­nale su­pé­rieure d’agro­no­mie, ex-INA, El Har­rach), les su­jets sur les ani­maux ne de­vaient trai­ter que les in­ver­té­brés alors que je me pro­po­sais de tra­vailler sur les oi­seaux pour ma thèse d’in­gé­nieur d’Etat. De­vant mon obs­ti­na­tion, j’ai pu pré­pa­rer un Mé­moire sur les oi­seaux des mi­lieux agri­coles de la Mi­tid­ja. On m’a aus­si dis­sua­dé de pré­pa­rer un ma­gis­tère sur le même su­jet mais j’ai pu l’ache­ver.

Puis, de­vant les pres­sions et les re­fus, j’ai dû faire une mu­ta­tion in­terne vers le Dé­par­te­ment de fo­res­te­rie et par­tir à l’étran­ger pour re­ve­nir avec un doc­to­rat en éco­lo­gie fo­res­tière-or­ni­tho­lo­gie. En 1979, nous avons or­ga­ni­sé le pre­mier sé­mi­naire in­ter­na­tio­nal sur l’avi­faune al­gé­rienne où j’ai don­né ma pre­mière com­mu­ni­ca­tion scient­fique sur l’or­ni­tho­lo­gie. On peut dire que l’or­ni­tho­lo­gie al­gé­rienne est née ce jour-là, le 5 juin 1979. Au dé­but des an­nées 1980, avec des co­opé­rants de l’INA et de l’USTHB, nous avons lan­cé des ac­ti­vi­tés et leur avons don­né de la vi­si­bi­li­té grâce aux mé­dias (presse écrite, ra­dio, té­lé­vi­sion). Ce­ci nous a per­mis d’im­po­ser dfi­ni­ti­ve­ment l’or­ni­tho­lo­gie comme une spé­cia­li­té scient­fique et pé­da­go­gique en­tière.

# Au­jourd’hui, il y a plus d’ac­teurs et d’in­ter­ve­nants dans l’ob­ser­va­tion et la connais­sance de l’avi­faune al­gé­rienne. Leurs ac­ti­vi­tés ont-elles contri­bué à mieux connaître les mi­lieux na­tu­rels fré­quen­tés par les oi­seaux comme par exemple les zones hu­mides ?

Par com­pa­rai­son avec d’autres pays, l’or­ni­tho­lo­gie al­gé­rienne a fait un for­mi­dable bond. Au­cune autre dis­ci­pline uni­ver­si­taire n’en a fait au­tant, à l’ex­cep­tion de l’in­for­ma­tique. Je ne parle pas des oi­se­leurs ou éle­veurs d’oi­seaux en cap­ti­vi­té. Les ac­ti­vi­tés des or­ni­tho­logues al­gé­riens ont consi­dé­ra­ble­ment en­ri­chi les connais­sances sur nos zones hu­mides et éga­le­ment, pour les pro­té­ger, celles sur notre pa­tri­moine na­tu­rel. Elles ont per­mis d’in­ven­to­rier, d’étu­dier, d’éva­luer et de suivre l’évo­lu­tion des oi­seaux d’eau et de leurs ha­bi­tats.

# Par­lez-nous du pre­mier ré­seau na­tio­nal sur les zones hu­mides et les oi­seaux d’eau que vous avez ani­mé par le pas­sé...

Tout est par­ti en dé­cembre 1986 au­tour d’un ca­fé avec des amis. On pré­pa­rait le dé­nom­bre­ment de jan­vier 1987 que nous de­vions as­su­rer dans des condi­tions très dif­fi­ciles par manque de moyens et le nombre très li­mi­té des re­cen­seurs face à l’im­men­si­té du ter­ri­toire du pays. C’est là qu’a jailli l’idée de for­mer des ob­ser­va­teurs or­ga­ni­sés dans un ré­seau na­tio­nal sur les zones hu­mides et les oi­seaux d’eau. Le pre­mier stage na­tio­nal d’or­ni­tho­lo­gie s’est dé­rou­lé en mars 1987 à El Ka­la, en par­te­na­riat avec le Parc na­tio­nal d’El Ka­la. En dé­cembre, il y a eu un deuxième stage, tou­jours à El Ka­la, avec 40 sta­giaires cha­cun par­mi des uni­ver­si­taires, des fo­res­tiers, des ama­teurs et des bé­né­voles. D’autres stages sui­vront tou­jours à El Ka­la, dont un en 1990 de di­men­sion in­ter­na­tio­nale avec la par­ti­ci­pa­tion de Parcs na­tio­naux du Magh­reb et de l’Afrique sub­sa­ha­rienne et de l’Of­fice fran­çais des fo­rêts. Ra­pi­de­ment, ce ré­seau était de­ve­nu une ré­fé­rence et un exemple à l’échelle ré­gio­nale. Et puisque l’oc­ca­sion m’est don­née, je tiens à rendre un vi­brant hom­mage à tous les amis qui n’ont pas hé­si­té à se lan­cer dans l’aven­ture de la créa­tion du ré­seau. Je pense en par­ti­cu­lier à MM. Ab­del­mou­men Bou­ma­za, Lou­nès Ko­laï, Rfik Ba­ba Ah­med, feu Bou­zid Cha­la­bi, feu Na­cer Aït Ou­froukh, Koen­rad De Smet, Ab­de­la­ziz Hal­lisse, Slim Be­nya­coub, Aïs­sa Moa­li et Sa­mia Che­kak de la RTA. Avec les échanges in­ter­na­tio­naux, le ré­seau a pu en­suite se ren­for­cer avec des guides, ac­qué­rir des ju­melles et même des té­les­copes. Ce qui nous a per­mis de dé­mul­ti­plier les ob­ser­va­tions sur le ter­rain. Le ré­seau a fonc­tion­né par­fai­te­ment de 1987 à 1994. Les pro­blèmes ont com­men­cé en 1990 avec la créa­tion de l’Agence na­tio­nale de con­ser­va­tion de la na­ture (ANCN) qui a cher­ché à ré­cu­pé­rer le tra­vail ac­com­pli et nous im­po­ser un co­or­di­na­teur na­tio­nal.

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