PO­LAR

Ei­gent­lich wollte So­nia, die Jour­na­lis­tin der Lo­kal­zei­tung, über ei­nen to­ten Sur­fer schrei­ben. Aber ganz plötz­lich ist sie in et­was ge­ra­ten, das für sie le­bens­gefähr­lich wer­den könnte.

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Eaux troubles (3/5)

Mer­cre­di, 9heures. «Mon frère a été ar­rê­té ! » So­nia Hoa­reau ne re­con­nut pas la voix de son in­ter­lo­cu­trice. Elle se ga­ra sur le bas-cô­té de la route en ca­tas­trophe et aug­men­ta le vo­lume de son té­lé­phone au maxi­mum. « Qui est à l’ap­pa­reil ?

– C’est Émi­lia ! Ru­dy a été ar­rê­té pour le meurtre de Pierre ! Il n’au­rait ja­mais fait ça ! Ai­dez-nous, je vous en sup­plie ! Nos pa­rents sont vieux et ma­lades, ils ne sup­por­te­ront pas ce­la une se­conde fois.» Émi­lia Me­la­no était dans tous ses états. « Comment ça, une se­conde fois ? At­tends Émi­lia, calme-toi, je t’en prie, lui dit So­nia. D’abord, je ne sa­vais pas que tu avais un frère…

– Mon pe­tit frère Ru­dy est sor­ti de prison la se­maine der­nière. Il y a pas­sé trois mois pour avoir in­cen­dié des voi­tures pen­dant la nuit du Ré­veillon l’an der­nier... Il avait dé­cou­vert ma re­la­tion avec Pierre juste avant d’être condam­né. Il était fou fu­rieux que je fré­quente un homme qui n’était pas de notre com­mu­nau­té. Mais j’ai vrai­ment cru que Pierre était dif­fé­rent… Je l’ai­mais.

– Pour­quoi la po­lice soup­çonne-t-elle Ru­dy ?

– Je ne sais pas... Mon pe­tit frère est un dé­lin­quant mais il n’au­rait ja­mais tué per­sonne. Quand il est sor­ti de prison, il était tou­jours en co­lère contre moi. Mais quand Pierre a été re­trou­vé mort, Ru­dy était ef­fon­dré. C’est mon pe­tit frère après tout, il ne sup­porte pas de me voir souf­frir.

– Quand a-t-il été ar­rê­té ?

– Quatre po­li­ciers sont ve­nus le cher­cher à 6 heures ce ma­tin, sans rien nous ex­pli­quer…

– Où était-il la nuit du meurtre ?

– J’avais pré­vu d’al­ler à un concert à Saint-paul avec lui, car Pierre voyait des amis ce soir-là. Mais vers 19 heures, au mo­ment de par­tir, Ru­dy m’a dit qu’il pré­fé­rait res­ter à la mai­son, parce qu’il avait dé­jà trop bu pour prendre la route. Quand je suis ren­trée au mi­lieu de la nuit, il dor­mait dans le ca­na­pé.

– D’ac­cord… Mer­ci de m’avoir ra­con­té tout ça Émi­lia. Je vais me ren­sei­gner, je t’ap­pelle dès que j’en sais plus.»

So­nia en­tra l’adresse du com­mis­sa­riat de Saint-de­nis dans son GPS. Il fal­lait ti­rer les choses au clair avec la po­lice. Dans le ré­tro­vi­seur, elle vit une Jeep noire dé­mar­rer en même temps qu’elle. Elle avait dé­jà re­mar­qué le vé­hi­cule en sor­tant de chez elle ce ma­tin. So­nia eut un sen­ti­ment de ma­laise. Quand elle s’en­ga­gea sur l’au­to­route, la Jeep la sui­vit de près. Puis la voi­ture ac­cé­lé­ra, elle fon­çait droit sur elle. Au der­nier mo­ment, le conduc­teur bi­fur­qua sur la voie de gauche. Une fois que la Jeep fut à la hau­teur de So­nia, la vitre tein­tée s’ou­vrit et elle ne vit qu’une chose : le ca­non d’un re­vol­ver poin­té sur elle. Elle hur­la de ter­reur. Le ti­reur plan­ta une balle dans la por­tière, fit vrom­bir le mo­teur et dis­pa­rut de­vant elle. So­nia hur­la à nou­veau. Elle suf­fo­quait, les larmes cou­laient le long de ses joues. Les pneus de

sa voi­ture cris­sèrent vio­lem­ment, lais­sant une longue trace de frei­nage sur la bande d’ar­rêt d’ur­gence. Elle ou­vrit la por­tière en ha­le­tant.

La nau­sée la prit à la gorge. Elle de­vait gé­rer sa pa­nique à tout prix. Elle res­pi­ra for­te­ment et fer­ma les yeux pen­dant un long mo­ment. Après avoir re­trou­vé son calme, elle re­prit la route jus­qu’au com­mis­sa­riat.

« Mais qu’est-ce que vous avez fait ? », fit So­nia en cla­quant vio­lem­ment la porte du bu­reau du com­mis­saire. Ray­mond Pol­lard la re­gar­da avec des yeux écar­quillés.

« Ça va pas, ma So­nia ? Qu’est-ce qui t’ar­rive ?

– On va faire ça dans l’ordre. Pre­miè­re­ment, pour­quoi avez-vous ar­rê­té Ru­dy Me­la­no, il est in­no­cent !

– Bah, voyons ! Et qu’est-ce qui te fait croire ça ?

– La nuit du meurtre, il a dor­mi dans la mai­son fa­mi­liale. Il avait bu, sa soeur me l’a ra­con­té.

– Ah et qui peut en té­moi­gner ? Elle était là sa soeur ?

– Non, elle vou­lait al­ler à un concert et elle est ren­trée tard dans la nuit.

– Tu vois, rien ne prouve que son frère n’est pas sor­ti pen­dant la nuit. Inu­tile d’in­ter­ro­ger ses pa­rents. Ils sont tel­le­ment sourds, ils n’au­ront rien en­ten­du. En plus, un té­moin a vu Ru­dy Me­la­no pro­fé­rer des me­naces de mort à Pierre Causse la se­maine der­nière.

– Qui ?

– Au cas où tu l’au­rais ou­blié, nous pro­té­geons en­core l’iden­ti­té de nos té­moins.

– Donc cette ar­res­ta­tion re­pose sur un seul té­moi­gnage ano­nyme ?

– C’est le seul sus­pect, et Ru­dy n’a pas d’ali­bi pour cette nuit-là. Mais en­fin qu’est-ce que tu as? Tu de­vrais ren­trer chez toi So­nia, t’as pas l’air bien…

– Je n’ai pas fi­ni ! Deuxiè­me­ment, je viens de me faire ti­rer des­sus par un ta­ré dans une Jeep noire qui m’a sui­vie toute la jour­née. J’ai failli cre­ver sur l’au­to­route et je n’ai au­cune idée pour­quoi, Ray­mond !

– Dans quel mer­dier tu t’es four­rée So­nia… Il faut que tu restes en de­hors de tout ça, tu te prends pour une dé­tec­tive pri­vée ?

– On a vou­lu me tuer, je crois que j’ai droit à des ex­pli­ca­tions !

– Il faut qu’on te pro­tège main­te­nant So­nia et que tu te re­poses… »

Suite au pro­chain nu­mé­ro

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