Châ­teau­cha­lon

Ecoute - - VOYAGE - FAN­NY GRANDCLÉMENT, ré­dac­trice en chef ad­jointe chez Écoute de­puis 2015. Pas­sion­née de Ju­ra, sa ré­gion na­tale, de lacs, de ver­dure… et sur­tout de vin jaune.

Viens, je t’em­mène voir le plus beau vil­lage de France.» Mon père était loin de s’ima­gi­ner la joie que j’ai éprou­vée au mo­ment où il m’a dit ce­la. J’ai gran­di dans un pe­tit vil­lage du Ju­ra, l’un des plus pe­tits dé­par­te­ments de France, mais aus­si des plus beaux ! Mon père a tou­jours pas­sé plus de temps dans son usine qu’au­près de mon frère et moi. Il nous man­quait. Alors par­tir vi­si­ter Châ­teau-cha­lon, clas­sé ef­fec­ti­ve­ment par­mi «Les Plus Beaux Vil­lages de France », avec lui, rien que lui, était à l’époque l’un des plus beaux ca­deaux qu’il pou­vait me faire. Je n’ou­blie­rai ja­mais cette jour­née. Il faut dire que, du haut de mes 12 ans, j’étais sa­cré­ment fière d’ar­pen­ter à ses cô­tés les ruelles de ce « vil­lage bel­vé­dère ». Tout en me mon­trant de jo­lis coins avec vue sur les val­lées ju­ras­siennes, mon père me ra­con­tait quelques anec­dotes sur les lieux : « Tu vois l’ab­baye là-bas ? Eh bien ce sont les ab­besses qui y ont vé­cu au VIIE siècle qui ont in­ven­té le plus grand vin de France »… Oui parce que, pour mon père, le Ju­ra et ses ha­bi­tants battent le reste de la France à plate cou­ture, et dans tous les do­maines ! Donc c’est bel et bien à Châ­teau-cha­lon que l’on pro­dui­sit, dès le VIIIE siècle, le fa­meux vin jaune, is­su du cé­page sa­va­gnin. « On ra­conte que les plai­sirs de la chair leur étant in­ter­dits, les ab­besses ont alors re­por­té leur amour sur le vin ! », pour­sui­vait mon père. Le vin jaune n’est peu­têtre pas « le plus grand de tous les vins » (faut pas exa­gé­rer non plus !), mais il est, en tous les cas, unique dans son mode de vi­ni­fi­ca­tion. Il est mis dans des vieux fûts de chêne pen­dant six ans et trois mois. Du­rant son vieillis­se­ment, une par­tie du vin s’éva­pore, ce qu’on ap­pelle poé­ti­que­ment « la part des anges ». « Beurk ! Moi j’aime pas le vin… », di­sais-je à mon père qui écla­tait de rire tout en me pre­nant la main : « Viens, je vais te mon­trer les ves­tiges du don­jon du châ­teau.» Pour sûr, moi aus­si j’étais aux anges, comme le vin !

Newspapers in French

Newspapers from Austria

© PressReader. All rights reserved.