Hu­mour Mieux vaut en rire

Et si le rire était en­fin pris au sé­rieux en Afrique ? Les amu­seurs pu­blics par­viennent dé­sor­mais à vivre (plus ou moins bien) de leurs blagues sur le conti­nent. In­dis­pen­sables à la bonne san­té des po­pu­la­tions, ils res­tent tout de même sur­veillés du coin

Jeune Afrique - - ÉDITORIAL - Ré­dac­teur en chef in­vi­té : MAMANE, illus­tra­tions : DOM Dos­sier réa­li­sé par NI­CO­LAS MI­CHEL, LÉO PAJON KATIA TOU­RÉ et L.P.

otre Lea­der Bie­nai­mé, Son Ex­cel­lence Pré­si­dentFon­da­teur du Gond­wa­na, al­tesse du rire grin­çant, j’ai nom­mé Mamane – qu’un mil­liard de pé­tales de roses jonchent son che­min à tra­vers l’his­toire –, a dai­gné nous faire l’in­signe hon­neur de prendre la ré­dac­tion en chef de ce bien mo­deste dos­sier consa­cré à l’hu­mour. Ce­la fait moins de trois man­dats (huit ans) que ce grand mon­sieur (1,82 m avec ses ta­lon­nettes) règne sans par­tage sur les chro­niques caus­tiques de RFI, et deux sai­sons qu’il pré­side Le Par­le­ment du rire sur Ca­nal+ Afrique avec ses hommes de main, par­don, ses vice-pré­si­dents, Mi­chel Go­hou, Dig­beu Cra­vate et Char­lotte Nta­mack. Qui de mieux pla­cé pour nous éclai­rer, nous humbles jour­na­listes ? C’est donc avec la plus im­par­tiale im­par­tia­li­té, fi­dèles aux va­leurs de notre ma­ga­zine ché­ri, mais éga­le­ment sous la hou­lette ferme et tou­jours juste de Mamane, que nous avons abor­dé le grave su­jet de l’hu­mour en Afrique. Car le su­jet est grave. Fes­ti­vals, émis­sions té­lé, spec­tacles… Ja­mais on ne s’est au­tant gon­do­lé sur le conti­nent. Les hu­mo­ristes afri­cains com­mencent à vivre de leurs in­fer­nales

ac­ti­vi­tés. In­ter­net est conta­mi­né par la poi­lade gé­né­rale. Pire en­core, des femmes osent mon­ter sur scène pour par­ti­ci­per à cette ré­pu­gnante or­gie de rires qui, tel un vi­rus, se ré­pand par­tout, se­couant les es­to­macs, agi­tant les zy­go­ma­tiques et – comble de l’hor­reur – bous­cu­lant même par­fois les cer­veaux. Heu­reu­se­ment, des es­prits éclai­rés veillent. En avril 2016, par exemple, au Bu­run­di, l’hu­mo­riste Al­fred-au­bin Mu­gen­zi, plus connu sous son nom de scène Ki­gin­gi, était ar­rê­té puis trans­por­té, bras liés dans le dos par une corde, vers un centre de dé­ten­tion de Bu­jum­bu­ra pour y res­ter trois bonnes jour­nées. Il avait eu l’ou­tre­cui­dance d’iro­ni­ser dans un sketch sur le maintien au pou­voir de Pierre Nku­run­zi­za, qui avait bri­gué un troi­sième man­dat alors que la Consti­tu­tion le lui in­ter­di­sait. Or nous sa­vons per­ti­nem­ment que les Cons­ti­tu­tions passent tan­dis que les vrais grands chefs d’état res­tent, l’ac­tua­li­té ré­cente en fait suf­fi­sam­ment la preuve. On le voit, l’hu­mour est donc un su­jet sé­rieux. Et ce n’est pas Ma­ma­ne­qui nous contre­di­ra sur ce point, lui dont la de­vise au Par­le­ment du rire est : « Loyau­té, al­lé­geance, pri­son. » Beau pro­gramme !

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