France Ah­med Ed­dar­raz fait un ta­bac!

Ce bu­ra­liste avey­ron­nais d’ori­gine ma­ro­caine s’est lié d’ami­tié avec le couple Ma­cron, jouant un rôle ac­tif au­près de la fu­ture pre­mière dame lors de la cam­pagne pré­si­den­tielle. Il voit dé­sor­mais plus loin.

Jeune Afrique - - SOMMAIRE - JULES CRÉTOIS

On l’a aper­çu le 23 avril, au soir du pre­mier tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle, à la table du couple Ma­cron, à La Ro­tonde. On l’a de nou­veau vu lors de la cé­ré­mo­nie d’in­ves­ti­ture à l’ély­sée, le 14 mai. Puis à la tri­bune of­fi­cielle lors des com­mé­mo­ra­tions du 14 Juillet. Mus­cu­la­ture avan­ta­geuse et large sou­rire, Ah­med Ed­dar­raz po­sait aus­si, le 14 juin, au cô­té de l’écri­vaine Leï­la Sli­ma­ni, Prix Gon­court 2016, et de la sé­na­trice Ba­ri­za Khia­ri, au pied d’un des Fal­con 7X aux cou­leurs de la Ré­pu­blique fran­çaise, sur le tar­mac de l’aé­ro­port de Ra­bat, à l’oc­ca­sion de l’un des pre­miers voyages du pré­sident Ma­cron à l’étran­ger. « Ce voyage, c’était un peu un rêve et une consé­cra­tion pour moi », se ré­jouit au­jourd’hui le tren­te­naire, at­ta­blé dans un ca­fé pa­ri­sien. Gouailleur, un brin char­meur, na­tu­rel et dé­con­trac­té, ce­lui qui passe pour l’un des « Ma­ro­cains de Ma­cron » est aus­si un homme du Mi­di, dont il a l’ac­cent chan­tant. Né en oc­tobre 1985 à Millau, il y est pro­prié­taire du bureau de ta­bac Le Re­can­tou – « “le re­coin de la che­mi­née”, en pa­tois avey­ron­nais », pré­cise-t-il. Et y a pas­sé toute sa vie. « Être magh­ré­bin dans cette ré­gion, ce n’est pas fa­cile tous les jours », ajoute-t-il tout en se gar­dant d’adop­ter un dis­cours trop cli­vant. Chaque an­née, il re­tourne voir les siens au Ma­roc, dans un quar­tier po­pu­laire de Ca­sa­blan­ca : « Nous sommes des Jba­las, ori­gi­naires du Nord ma­ro­cain. Mais au­jourd’hui, ma fa­mille vit aux Roches-noires. » Avant de ren­con­trer le couple Ma­cron, Ah­med Ed­dar­raz avait un long par­cours mi­li­tant der­rière lui. Il n’a que 17 ans lorsque Jean-ma­rie Le Pen se qua­li­fie pour le se­cond tour de la pré­si­den­tielle de 2002. Sous le choc, l’ado­les­cent re­joint le Par­ti so­cia­liste et mul­ti­plie par ailleurs les pe­tits bou­lots. À l’ins­tar de la nou­velle

« Bri­gitte Ma­cron m’a of­fert L’étran­ger. Vi­si­ble­ment, c’est un livre très im­por­tant pour elle. »

gé­né­ra­tion, il pré­fère pos­ter des mes­sages sur un mur Fa­ce­book que s’as­treindre à de fas­ti­dieuses séances de col­lage d’af­fiches sur de vrais murs. Conseiller mu­ni­ci­pal en 2013, il tra­vaille avec le maire so­cia­liste de Millau et se sent alors proche du dis­cours li­bé­ral in­car­né par Do­mi­nique StraussKahn. « Quand Em­ma­nuel Ma­cron est ap­pa­ru, je me suis vite re­trou­vé dans son dis­cours », ex­plique-t-il. Dès 2015, il re­joint La Gauche libre, struc­ture à mi-che­min entre un think tank et un mou­ve­ment po­li­tique, dont ce­lui qui est en­core mi­nistre de l’éco­no­mie de Fran­çois Hol­lande fi­ni­ra par s’éman­ci­per pour lan­cer En marche ! Cou­rant 2016, Ed­dar­raz ren­contre le couple Ma­cron, qui fait une vi­site à Ro­dez, non loin de Millau. Il les ac­com­pagne au mu­sée, se lie avec eux. « On a vite en­vie d’être pris sous leur aile, ils sont très at­ten­tifs, très hu­mains, se ré­jouit-il. Ils sym­pa­thisent avec tout le monde. Pour eux, il n’y a pas les gens im­por­tants d’un cô­té et les pe­tites mains de l’autre. » C’est avec Bri­gitte Ma­cron que le cou­rant passe le mieux. Ah­med a quit­té l’école lors­qu’il avait 16 ans, elle a été pro­fes­seur de lettres… « Elle m’a of­fert L’étran­ger, d’al­bert Ca­mus, et m’a conseillé de le lire. Vi­si­ble­ment, c’est un livre très im­por­tant pour elle. J’ai bien aimé. »

FACTOTUM. Proche du couple, im­pli­qué dans sa ré­gion – il a tra­vaillé avec des fi­gures lo­cales comme Louis Ni­col­lin, l’an­cien pré­sident du club de foot­ball de Mont­pel­lier –, Ed­dar­raz a dès lors toutes les cartes en main. Jean-ma­rie Gi­rier, le di­rec­teur de cam­pagne d’em­ma­nuel Ma­cron, en fait un ré­fé­rent d’en marche! dans sa ré­gion. Pa­ral­lè­le­ment, il de­vient une sorte de factotum de Bri­gitte Ma­cron, l’ac­com­pa­gnant ou la pré­cé­dant à cha­cun de ses dé­pla­ce­ments afin de lui fa­ci­li­ter la tâche. Il en fait de même avec le can­di­dat Ma­cron lorsque ce der­nier passe en mee­ting dans la ré­gion, comme à Mont­pel­lier en oc­tobre 2016. De­puis l’élec­tion du 7 mai der­nier, Ed­dar­raz a eu l’oc­ca­sion de re­voir le couple pré­si­den­tiel lors d’un dî­ner pri­vé à l’ély­sée et conti­nue de mi­li­ter avec ses plus proches ca­ma­rades, à l’ins­tar du dé­pu­té fran­co­ma­ro­cain M’jid El Guer­rab. Pour­tant, aux lé­gis­la­tives de juin, il a pas­sé son tour. « Ce n’était pas for­cé­ment le mo­ment. Dans le Sud, il faut y al­ler pe­tit à pe­tit : je suis magh­ré­bin d’ori­gine… », glisse l’in­té­res­sé. Qui at­tend le bon mo­ment pour se lan­cer. Sans doute en 2019, à l’oc­ca­sion des élec­tions eu­ro­péennes.

Ah­med Ed­dar­raz lors de la conven­tion de La Ré­pu­blique en marche, à Pa­ris, le 8 juillet.

Newspapers in French

Newspapers from Benin

© PressReader. All rights reserved.