Exi­lés pour l’éter­ni­té

Comme s’ils re­dou­taient en­core l’es­prit des morts, cer­tains chefs d’état de l’afrique cen­trale montrent peu d’em­pres­se­ment à ra­pa­trier les corps de leurs pré­dé­ces­seurs morts loin de leur pays.

Jeune Afrique - - GRAND ANGLE TSHISEKEDI - OLI­VIER CASLIN

Comme han­tée par les fan­tômes de son pas­sé, la RD Con­go s’est fait une spé­cia­li­té de ne pas ho­no­rer la mé­moire de ses hommes po­li­tiques dis­pa­rus. Sans même par­ler de Pa­trice Lu­mum­ba, dis­sous dans l’acide après avoir été as­sas­si­né, en jan­vier 1961, le cas d’étienne Tshi­se­ke­di a rou­vert le dé­bat concer­nant le ra­pa­trie­ment des dé­pouilles de l’an­cien pré­sident Mo­bu­tu Sese Se­ko (1) et de l’exP­re­mier mi­nistre Moïse Ts­hom­bé (2). Les restes du ma­ré­chal sont tou­jours en­ter­rés au ci­me­tière eu­ro­péen de Ra­bat, ville où il est dé­cé­dé d’un can­cer de la pros­tate le 7 sep­tembre 1997, peu après avoir été chas­sé du pou­voir. Ceux de l’an­cien pré­sident de l’éphé­mère Ka­tan­ga in­dé­pen­dant ont été trans­fé­rés à Bruxelles un mois seule­ment après sa mort – of­fi­ciel­le­ment d’une crise car­diaque –, en juin 1969, à Al­ger, où il était main­te­nu en ré­si­dence sur­veillée. Avan­cée dès 2007, l’idée d’un ra­pa­trie­ment des deux corps – le pre­mier à Gba­do­lite, le se­cond au Ka­tan­ga – a été re­lan­cée lors des Con­cer­ta­tions na­tio­nales, en 2013. De­vant le Par­le­ment, quelques se­maines plus tard, le pré­sident Ka­bi­la avait même an­non­cé que « des dis­po­si­tions se­raient prises ». Sans suite jus­qu’à pré­sent, les au­to­ri­tés du pays se re­tran­chant der­rière « des dis­sen­sions familiales ». La mê­me­rai­son est avan­cée par Paul Biya concer­nant le re­tour au Ca­me­roun du corps d’ah­ma­dou Ahid­jo (3), son pré­dé­ces­seur. Ac­cu­sé d’être l’ins­ti­ga­teur du putsch avor­té de 1984, le pre­mier pré­sident du pays, condam­né à mort par contu­mace, s’était ré­fu­gié au Sé­né­gal. Dé­cé­dé en

1989, il est in­hu­mé dans un car­ré du ci­me­tière mu­sul­man de Yoff, à Da­kar. Si un re­tour sur ses terres de Ga­roua avait été évo­qué en 2010, une telle éven­tua­li­té ne semble plus d’actualité. En cause, la de­mande de sa veuve, Ger­maine : sou­hai­tant des fu­né­railles officielles, elle s’est heur­tée à une fin de non­re­ce­voir de la part de l’ac­tuel pré­sident ca­me­rou­nais. C’est à la suite d’un même re­fus que le corps d’idi Amin Da­da (4) n’a tou­jours pas re­joint l’ou­gan­da. Mort en Ara­bie saou­dite en 2003 de pro­blèmes de dia­bète, l’an­cien dic­ta­teur est tou­jours

en­ter­ré à Djed­dah. « La fa­mille peut prendre ses dis­po­si­tions, mais le pays n’est pas dis­po­sé à as­su­mer les frais des ob­sèques », a plu­sieurs fois dé­cla­ré Yo­we­ri Mu­se­ve­ni. L’ac­tuel pré­sident ou­gan­dais a par contre ac­cor­dé cette fa­veur à Mil­ton Obote, mort en Afrique du Sud en oc­tobre 2005 après de longues an­nées d’exil en Zam­bie, et in­hu­mé avec les hon­neurs à Kam­pa­la quelques se­maines plus tard. Le re­tour sur sa terre na­tale a été plus dis­cret pour le roi Ki­ge­li V (5). Dé­cé­dé à l’âge de 80 ans dans la ban­lieue de Washington à la fin de

2016, après plus de qua­ran­te­cinq an­nées d’exil, le der­nier sou­ve­rain rwan­dais a pu être en­ter­ré aux cô­tés de ses an­cêtres, à Nyan­za, en jan­vier. Ki­ge­li V avait bien ten­té de re­prendre sa cou­ronne, dès 1994, mais il avait dû re­cu­ler de­vant l’op­po­si­tion des nou­velles au­to­ri­tés du pays, peu dé­si­reuses de s’em­bar­ras­ser d’un mo­narque sus­cep­tible de ra­vi­ver les di­vi­sions entre pro- et an­ti­mo­nar­chistes. Son ho­mo­logue bu­run­dais, lem­wa­mim­wam­but­saiv( 6), a, lui, pré­fé­ré re­po­ser en­suisse, le pays qui lui a don­né l’asile en 1966 et où il s’est éteint en 1977. Confor­mé­ment à

son tes­ta­ment, le sou­ve­rain est en­ter­ré près de Ge­nève. Mais, en 2012, le pré­sident Pierre Nku­run­zi­za dé­cide de faire ra­pa­trier le corps pour fa­vo­ri­ser la ré­con­ci­lia­tion des Bu­run­dais. La dé­pouille royale est alors ex­hu­mée et le reste pen­dant toute la du­rée de la pro­cé­dure ju­di­ciaire, qui dé­chi­re­ra la fa­mille cinq an­nées du­rant avant que le tri­bu­nal fé­dé­ral im­pose le res­pect des der­nières vo­lon­tés du dé­funt. In­hu­mé de nou­veau le 30 juin, Mwam­but­sa IV re­pose en­fin en paix sur les rives du lac Lé­man.

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