Pas de passe-droit pour la fa­mille

Jeune Afrique - - GRAND ANGLE | THOMAS SANKARA -

Par Blan­dine San­ka­ra, soeur ca­dette de Tho­mas San­ka­ra

« Le 4 août 1987, Tho­mas avait pré­vu de fê­ter le 4e an­ni­ver­saire de la ré­vo­lu­tion à Bo­bo-diou­las­so, avec [le pré­sident gha­néen] Jer­ry Raw­lings. Il sou­hai­tait que ses jeunes frères et soeurs soient pré­sents à cette cé­lé­bra­tion. Nous sommes donc par­tis à cinq [sur les douze que compte la fra­trie San­ka­ra] de Oua­ga, dans un car avec des sol­dats. À notre ar­ri­vée à Bo­bo, nous ima­gi­nions que tout avait été or­ga­ni­sé et que quel­qu’un se­rait là pour nous ac­cueillir. Mais ce n’était pas le cas, et nous avons dû res­ter à la gare, avec nos ba­lu­chons, en at­ten­dant de trou­ver quel­qu’un chez qui dor­mir. Le jour J, nous étions dans la foule qui ac­cla­mait le cor­tège de notre frère et de Raw­lings. Nous avons ten­té d’in­ter­pel­ler Tho­mas à son pas­sage, mais il ne nous a pas en­ten­dus. Nous avons fi­na­le­ment pas­sé tout le sé­jour sans le voir et avons en­core dû nous dé­brouiller pour ren­trer à Oua­ga. Quelques jours plus tard, notre mère, qui était fu­rieuse, a ver­te­ment ra­broué Tho­mas. Il lui a ré­tor­qué que ce n’était pas parce que nous étions ses frères et soeurs que nous avions droit à des pri­vi­lèges par rap­port aux autres Bur­ki­na­bè. Il a tou­jours été in­tran­si­geant là-des­sus : il était certes chef de l’état, mais à au­cun mo­ment il n’a fait pro­fi­ter sa fa­mille d’un quel­conque avan­tage. »

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