Ex­cès de pru­dence

l y a ceux qui trouvent des ex­cuses à la faible ef­fi­ca­ci­té éco­no­mique du gou­ver­ne­ment ma­lien. « Il n’a pas le contrôle de son ter­ri­toire, dit l’un. Com­ment veut-on qu’il mette en oeuvre le pro­gramme de dé­cen­tra­li­sa­tion né­ces­saire pour dé­ve­lop­per les ré­gio

Jeune Afrique - - LE PLUS DE JA | MALI - Alain Fau­jas

Face à toutes les in­cer­ti­tudes, il fau­drait choi­sir un cap et s’y te­nir fer­me­ment. Or les au­to­ri­tés ter­gi­versent.

ILa crois­sance semble se sta­bi­li­ser à 5 % en 2017, après avoir été de 7 % en 2014, de 6 % en 2015 et en­core de 5,8 % en 2016, sous l’ef­fet d’une bonne ré­colte de co­ton et d’in­ves­tis­se­ments pu­blics im­por­tants. Mais elle est si fra­gile, mal­gré son taux conve­nable, que le FMI ré­pète que le « sou­tien » de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale est « es­sen­tiel » pour la main­te­nir et évi­ter un creu­se­ment du dé­fi­cit bud­gé­taire. En ef­fet, les vents ne sont pas fa­vo­rables. Deux fac­teurs vont pe­ser sur les in­ves­tis­se­ments pu­blics : la Banque cen­trale des États de l’afrique de l’ouest (BCEAO) est en train de res­ser­rer sa po­li­tique mo­né­taire, et les pro­chaines élec­tions risquent de pous­ser à re­lâ­cher la dis­ci­pline sur les dé­penses or­di­naires au dé­tri­ment des dé­penses en ca­pi­tal. Tout laisse à pen­ser que la pro­duc­tion d’or (qui re­pré­sente 65 % à 70 % des ex­por­ta­tions ma­liennes) se­ra en re­trait en 2017 et que les in­ves­tis­se­ments dans le sec­teur mi­nier bais­se­ront en 2018 à cause de l’in­sé­cu­ri­té mais aus­si parce que la re­mon­tée des prix des ma­tières pre­mières pour­rait res­ter mo­dé­rée, se­lon la Banque mon­diale.

Face à ces in­cer­ti­tudes, il fau­drait choi­sir un cap et s’y te­nir fer­me­ment. Or les au­to­ri­tés ter­gi­versent. Le re­dres­se­ment de la Banque ma­lienne de so­li­da­ri­té (BMS) et ce­lui de la so­cié­té Éner­gie du Mali (EDM) se font à trop pe­tite al­lure. On chi­pote pour la mise en place de la dé­cla­ra­tion de pa­tri­moine des élus et des hauts fonc­tion­naires, pour­tant in­dis­pen­sable pour lut­ter contre une cor­rup­tion ga­lo­pante. On ex­plique qu’il est très dif­fi­cile d’éva­luer les biens tra­di­tion­nels dont le pro­prié­taire n’est pas bien iden­ti­fié. On traîne les pieds pour fixer et ap­pli­quer la for­mule de re­va­lo­ri­sa­tion au­to­ma­tique des prix des car­bu­rants (ce qui per­met­trait d’en fi­nir avec des sub­ven­tions qui grèvent le bud­get de l’état et pro­fitent aux plus ai­sés), ar­guant qu’il faut prendre le temps d’ex­pli­quer la me­sure pour évi­ter des ma­ni­fes­ta­tions po­pu­laires… Ces pru­dences sont com­pré­hen­sibles, mais leur mul­ti­pli­ca­tion et la pa­ra­ly­sie qu’elles en­traînent tra­hissent le manque de vo­lon­té de res­pon­sables qui semblent sur­tout cher­cher à sur­vivre aux aléas po­li­tiques et éco­no­miques qu’ils su­bissent. Cette apa­thie est peu en­thou­sias­mante et risque de dou­cher les es­poirs de tous ceux qui croient dans les po­ten­tia­li­tés du Mali.

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