Des res­sources avant tout hu­maines

À la tête d’une tren­taine de so­cié­tés, Dia­dié San­ka­ré, le PDG de SAER, a l’art de re­pé­rer les cré­neaux por­teurs et de réus­sir dans les af­faires. En toute sim­pli­ci­té.

Jeune Afrique - - LE PLUS DE JA | MALI - FRAN­ÇOIS-XA­VIER FRELAND

« Le trans­port, le com­merce, on les a dans le sang. On veut être les meilleurs, alors adap­tons-nous! »

Quan­dil­par­le­de­nia­fun­ké, Dia­dié San­ka­ré aime à ra­con­ter ses sou­ve­nirs d’en­fance et ceux du Mali pai­sible qu’il a par­ta­gés no­tam­ment avec Ali Far­ka Tou­ré, le cé­lèbre blues­man (dé­cé­dé en 2006), na­tif de cette même pe­tite ville po­sée sur le fleuve Ni­ger, à 250 km au sud de Tom­bouc­tou. « Je ra­me­nais ré­gu­liè­re­ment Ali Far­ka à Nia­fun­ké. On s’ar­rê­tait sur le bord des routes pour faire des pauses et les gens le re­con­nais­saient, alors il sor­tait sa gui­tare et ac­cep­tait de chan­ter avec eux. » Une sim­pli­ci­té que ce grand pa­tron spor­tif, ama­teur de pro­me­nades sur le fleuve et fé­ru de lit­té­ra­ture – en par­ti­cu­lier de phi­lo­so­phies grecque et chi­noise –, a tou­jours conser­vée. Et c’est sû­re­ment là que ré­side sa vraie ri­chesse. À 58 ans, le PDG de la So­cié­té afri­caine d’études et de réa­li­sa­tions (SAER) reste ac­ces­sible et dis­cret, sans chauf­feur ni se­cré­taire. Il gère son groupe comme une PME fa­mi­liale, sans ja­mais se mettre en avant. Àtel point que, si les quelque trente d’en­tre­prises qu’il a créées ont réa­li­sé en 2016 un chiffre d’af­faires glo­bal d’en­vi­ron 20 mil­liards de F CFA (30,5 mil­lions d’eu­ros), il n’a tou­jours pas don­né de nom à son groupe : « Je le cherche en­core. Par dé­faut, ce pour­rait être “DS”, mes ini­tiales, mais je n’aime pas ça. Et je n’ai­me­rais pas non plus que le groupe porte mon­nom, ce n’est pas mon­style. Je veux­trou­ver quelque chose de plus afri­cain et de po­si­tif. »

TRANS­FOR­MÉ. Après une maî­trise en éco­no­mie et sciences de ges­tion à l’uni­ver­si­té Cheick-an­ta-diop de Da­kar, un DESS en comp­ta­bi­li­té au Conser­va­toire na­tio­nal des arts et mé­tiers à Pa­ris puis un MBA en in­gé­nie­rie comp­table et fi­nan­cière et ma­na­ge­ment des so­cié­tés à l’uni­ver­si­té du Qué­bec à Mon­tréal, ce fils de mé­de­cin est ren­tré au Mali trans­for­mé, avec l’en­vie de re­le­ver les dé­fis, mais a su at­tendre son heure. De 1982 à 1992, il com­mence sa car­rière comme fonc­tion­naire, d’abord en tant que conseiller éco­no­mique du gou­ver­neur de Kou­li­ko­ro, en­suite comme contrô­leur de ges­tion, avant de de­ve­nir di­rec­teur de l’of­fice des re­lais tou­ris­tiques de l’in­té­rieur (Or­ti) puis de l’hô­tel So­fi­tel-ami­tié, à Ba­ma­ko. C’est là qu’un client ca­na­dien, cadre chez Snc-la­va­lin, lui dit : « Vous êtes fait pour tra­vailler dans le pri­vé ! »

PROACTIF. Dès 1993, Dia­dié San­ka­ré crée SAER, qui ra­pi­de­ment se spé­cia­lise dans la ges­tion des res­sources hu­maines pour ac­com­pa­gner les so­cié­tés mi­nières et de BTP, no­tam­ment les fi­liales de groupes in­ter­na­tio­naux et des ins­ti­tu­tions na­tio­nales ou ré­gio­nales. Re­cru­te­ment, pla­ce­ment, for­ma­tion, au­dit, ges­tion du per­son­nel, de la paie, des conflits so­cio­pro­fes­sion­nels… Saer-em­ploi, la so­cié­té mère, est au­jourd’hui le lea­der des ser­vices de ges­tion des res­sources hu­maines en Afrique de l’ouest fran­co­phone, où elle est pré­sente dans sept pays, avec plus de 7 000 em­ployés, dont 1 000 en Gui­née. Elle réa­lise 30 % du chiffre d’af­faires du groupe, qui, de­puis 2007, a di­ver­si­fié ses ac­ti­vi­tés dans des do­maines aus­si di­vers que la fi­nance, l’in­gé­nie­rie, l’agro-in­dus­trie, en pas­sant par les trans­ports, avec no­tam­ment Ma­liC­réances (re­cou­vre­ment), DS Con­sul­ting (bu­reau d’études), IMS (in­fra­struc­tures), DSBI (tran­sit et im­port-ex­port), Bio Mali (huile pour le sec­teur phar­ma­ceu­tique) ou en­core Seyam (pu­rée de mangues). Dia­dié San­ka­ré est un en­tre­pre­neur proactif et op­ti­miste. « Dans leur his­toire, les Ma­liens ont su se re­le­ver de toutes les crises, alors je pense qu’on se re­met­tra de celle-là. Il faut juste da­van­tage dia­lo­guer entre nous, as­sure-t-il. Le trans­port, le com­merce, on les a dans le sang. Nous vou­lons être les meilleurs et créer la dif­fé­rence, alors adap­tons-nous ! » Conseil qu’il ne manque pas de suivre lui-même, comme l’illustre la so­cié­té qu’il a créée en 2014, Se­cu­ri­nord, spé­cia­li­sée dans la sé­cu­ri­té pour la Mi­nus­ma dans le nord du pays. De quoi re­don­ner aux routes leur sé­ré­ni­té.

Ses en­tre­prises ont réa­li­sé un chiffre d’af­faires de 30,5 mil­lions d’eu­ros en 2016.

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