Une his­toire qui ne manque pas de sel

Jeune Afrique - - LE PLUS DE JA | MALI - FRAN­ÇOIS-XA­VIER FRELAND

À800 km au nord de­tom­bouc­tou, où pas­saient ja­dis la route du sel et ses ca­ra­va­niers, taou­dé­ni est ré­pu­tée de­puis le XVIE siècle pour ses mines de sel gemme, ex­trê­me­ment rare (il contient de l’iode), fos­si­li­sé dans les bas­sins sé­di­men­taires du dé­sert. Et ce sel de­taou­dé­ni re­vient d’une fort longue tra­ver­sée du dé­sert… C’est en 2008, lors d’une vi­site dans la ré­gion, qu’un voya­geur fran­çais tombe sous le charme de ces mines aban­don­nées. Quelques mois et études de fai­sa­bi­li­té plus tard, il s’as­so­cie avec un jeune en­tre­pre­neur de­tom­bouc­tou, Mok­tar Ben Wa­hab, pour en re­lan­cer l’ex­ploi­ta­tion et créer les Comp­toirs de l’aza­laï (en ta­ma­sheq, aza­laï dé­signe la ca­ra­vane qui as­su­rait le trans­port et le com­merce du sel). De 2008 à 2012, la so­cié­té dé­colle et par­vient à em­bau­cher jus­qu’à une di­zaine de femmes dans son usine de Tom­bouc­tou pour la­ver, pi­ler et en­sa­cher le sel.

L’oc­cu­pa­tion de la ville par les ji­ha­distes, d’avril 2012 à fé­vrier 2013, y met un coup d’ar­rêt. Les lo­caux sont ré­qui­si­tion­nés par les ter­ro­ristes, l’uni­té de pro­duc­tion est sac­ca­gée, les stocks vo­lés ou dé­truits. Mok­tar Ben­wa­hab de­vra re­dou­bler d’ef­forts pour voir son en­tre­prise rou­vrir ses portes en 2015 sous le nom de Sel de l’aza­laï. Entre-temps, son par­te­naire fran­çais est dé­cé­dé et il s’as­so­cie à un an­cien guide tou­ris­tique que la crise sé­cu­ri­taire a éga­le­ment pri­vé d’ac­ti­vi­té, Al­pha Ou­mar As­co­fa­ré. Grâce au sou­tien fi­nan­cier du conseil ré­gio­nal, ils res­taurent les lo­caux, ra­chètent des ma­chines. L’ONG Swiss­con­tact, qui sou­tient les pro­jets de re­lance éco­no­mique dans le nord du Mali, prend en charge la for­ma­tion d’une dou­zaine d’ou­vriers, pour la plu­part ex-guides, ain­si que le fi­nan­ce­ment de ma­té­riel et d’une mo­to-tri­cycle pour fa­ci­li­ter le trans­port des sacs (fa­bri­qués en co­ton équi­table ma­lien). Ses ac­ti­vi­tés re­lan­cées, la so­cié­té a un peu di­ver­si­fié son offre, amé­lio­ré la qua­li­té de son sel, mais n’en pro­duit qu’une cen­taine de ki­los par mois. « Elle pos­sède la seule usine de condi­tion­ne­ment du sel de Taou­dé­ni en­core exis­tante au Mali, sou­ligne Koum­ba Keï­ta, char­gé de com­mu­ni­ca­tion de Swiss­con­tact, et sa pro­duc­tion est en­cou­ra­geante. Mais à cause de la si­tua­tion sé­cu­ri­taire, elle peine en­core à ex­por­ter… Sa réus­site est liée au re­tour d’une paix du­rable à Tom­bouc­tou. »

Après le dé­part des ter­ro­ristes, Mok­tar Ben Wa­hab de­vra lut­ter pour rou­vrir son en­tre­prise.

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