De Pé­kin à Los An­geles

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En Chine, cer­taines mos­quées ac­cueillent des femmes imams de­puis 1820. C’est le cas en Afrique du Sud de­puis 1995. Et de­puis 2004-2005 aux États-unis et au Ca­na­da. » She­rin Khan­kan, imam da­noise

L’homme par­fait est une femme. »

théo­lo­gien et poète ara­bo-an­da­lou à l’ho­mo­sexua­li­té ré­vèlent l’ex­trême dif­fi­cul­té qu’éprouvent les com­mu­nau­tés mu­sul­manes à as­su­mer leur propre di­ver­si­té. Les de­mandes de mos­quées mixtes émanent jus­te­ment de ceux qui, vou­lant vivre leur foi, ne se sentent plus in­clus dans la com­mu­nau­té ».

MEZZANINE. Dans ces lieux de culte, les ho­mo­sexuels ne s’en­tendent pas pro­mettre l’en­fer, les croyants is­sus de cou­rants mi­no­ri­taires ne sont pas qua­li­fiés d’hé­ré­tiques, et le ha­dith évo­quant les « dé­fi­ciences in­tel­lec­tuelles » des femmes est ra­re­ment ci­té. On y in­siste plu­tôt sur ce­lui qui narre le der­nier ser­mon de Mo­ham­med : « Au­cune per­sonne n’est su­pé­rieure à une autre, si ce n’est en pié­té et en bonnes ac­tions. » Dans les mos­quées mixtes comme dans celles ré­ser­vées aux femmes, ces der­nières ne su­bissent pas non plus l’hu­mi­lia­tion de de­voir suivre la prière sur des écrans de té­lé­vi­sion, de­puis un sous-sol ou une mezzanine. D’au­tant que, dans les mos­quées tra­di­tion­nelles de pe­tite taille, la pre­mière me­sure que l’on prend pour ga­gner de la place consiste sou­vent à sup­pri­mer l’es­pace fé­mi­nin… L’ap­pa­ri­tion de femmes imams per­met aus­si à leurs soeurs d’en­tendre des prêches qui ré­pondent à leurs as­pi­ra­tions par­ti­cu­lières. Of­fi­ciant pour l’es­sen­tiel en Oc­ci­dent, elles sont bien sou­vent prises entre le mar­teau des mu­sul­mans conser­va­teurs, qui leur jettent l’ana­thème, et l’en­clume de l’is­la­mo­pho­bie crois­sante des so­cié­tés dans les­quelles elles vivent. « L’exis­tence de femmes imams re­pré­sente moins un dé­fi lan­cé à l’is­lam qu’une fa­çon de lut­ter contre l’is­la­mo­pho­bie, es­time She­rin­khan­kan. Si­nous­pou­vons­dé­mon­trer qu’au sein des mos­quées les femmes sont les égales des hommes, alors les ra­cistes et is­la­mo­phobes se ver­ront pri­vés d’un de leurs ar­gu­ments fa­vo­ris. » La mixi­té et l’ima­mat des femmes se­raient-ils se­cré­tés par les so­cié­tés oc­ci­den­tales, comme s’en in­dignent leurs contemp­teurs mu­sul­mans, qui crient à la co­lo­ni­sa­tion des es­prits et à la per­ver­sion du mes­sage co­ra­nique ? Fi­gure du fé­mi­nisme mu­sul­man en France, la so­cio­logue Ha­nane Ka­ri­mi re­lève ain­si ce pa­ra­doxe: « Le dis­cours de la nou­velle mos­quée al­le­mande est em­preint d’une vi­sion oc­ci­den­tale. Elle est in­ter­dite aux ni­qabs et aux bur­qas, ce qui est as­sez pa­ra­doxal pour un lieu de culte “in­clu­sif”. » Mais celle qui, en 2013, a di­ri­gé le col­lec­tif Femmes dans la mos­quée rap­pelle aus­si que des mos­quées pour femmes existent ailleurs dans le monde (en Chine, chez les Ouï­gours, en Afrique du Sud…), et que l’algérie ou le Ma­roc forment des mour­chi­date, qui pos­sèdent toutes les at­tri­bu­tions d’un imam à l’ex­cep­tion de la pos­si­bi­li­té de di­ri­ger le ser­mon du ven­dre­di. Si, dans les dé­mo­cra­ties oc­ci­den­tales, des femmes peuvent de­ve­nir imam ou des mos­quées ou­vrir leurs portes aux ho­mo­sexuels, c’est parce que ces so­cié­tés l’au­to­risent et qu’un cadre lé­gal les pro­tège. De telles ini­tia­tives se­raient ra­pi­de­ment frap­pées d’in­ter­dic­tion dans la grande ma­jo­ri­té

She­rin Khan­kan, imam d’une mos­quée à Co­pen­hague.

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