Cor­neille Nan­gaa Gar­dien du temps

Ré­pu­té proche de Jo­seph Ka­bi­la, le pré­sident de la com­mis­sion élec­to­rale a long­temps été ac­cu­sé par l’op­po­si­tion d’user de toutes les ruses pour re­tar­der les élec­tions.

Jeune Afrique - - SOMMAIRE - CH­RIS­TOPHE BOISBOUVIER

ÀKin­sha­sa, on l’a ppelle « Mon­sieur Peu­geot » car son chiffre fé­tiche est le 504. « Après l’en­rô­le­ment des élec­teurs, il fau­dra 504 jours pour ar­ri­ver au jour du scru­tin », aime à dire Cor­neille Nan­gaa, le pré­sident de la Com­mis­sion élec­to­rale na­tio­nale in­dé­pen­dante (Ce­ni). Le cal­cul est vite fait. La fin de l’en­rô­le­ment des élec­teurs étant pré­vue en jan­vier 2018, ce dé­lai de 504 jours de­vrait obli­ger les ci­toyens congo­lais à pa­tien­ter jus­qu’en juin 2019. Mais, sur­prise : le 5 no­vembre der­nier, juste après le pas­sage en RD Con­go de Nik­ki Ha­ley, l’am­bas­sa­drice amé­ri­caine aux Na­tions unies, Cor­neille Nan­gaa a an­non­cé que toutes les élec­tions – pré­si­den­tielle, lé­gis­la­tives, pro­vin­ciales et lo­cales – au­raient lieu le 23 dé­cembre 2018. Le dé­lai est donc ra­me­né de 504 à 306 jours. « Tiens, en­core un chiffre Peu­geot », s’amusent les Ki­nois. « Par quel mi­racle est-on pas­sé de 504 à 306 jours ? » de­mande ma­li­cieu­se­ment l’an­cien Pre­mier mi­nistre congo­lais Sa­my Ba­di­ban­ga. Évi­dem­ment, per­sonne n’est dupe. La mise en garde de Nik­ki Ha­ley à Jo­seph Ka­bi­la est pas­sée par là. Et Cor­neille Nan­gaa a dû mettre son cher « 504 » dans sa poche. De­puis tou­jours, Cor­neille Nan­gaa est un homme de chiffres. Né il y a qua­rante-sept ans dans la pro­vince du HautUé­lé, dans l’ex­trême nord-est du pays, ce di­plô­mé en sciences éco­no­miques de l’uni­ver­si­té de Kin­sha­sa a vite été re­pé­ré par l’ab­bé Ma­lu Ma­lu, le pre­mier pré­sident de la Ce­ni, qui en a fait l’un de ses ex­perts élec­to­raux. Et quand il a fal­lu trou­ver un suc­ces­seur à l’ab­bé, dont la santé dé­cli­nait, son nom s’est im­po­sé na­tu­rel­le­ment. Mais Cor­neille Nan­gaa n’est pas seule­ment un brillant tech­ni­cien. C’est aus­si un pro­té­gé de Mgr Pierre Ma­ri­ni Bod­ho, l’an­cien pré­sident de l’église du Ch­rist au Con­go, la prin­ci­pale ri­vale de l’église ca­tho­lique. Entre Jo­seph Ka­bi­la et Pierre Ma­ri­ni Bod­ho, le cou­rant passe bien. Au­tant dire que le jour où les Églises pro­tes­tantes, au grand dam de l’église ca­tho­lique, ont pro­po­sé Cor­neille Nan­gaa à la tête de la

Se­lon Fé­lix Tshi­se­ke­di, il a « dé­cla­ré la guerre au peuple congo­lais ».

Ce­ni, le chef de l’état congo­lais a tout de suite don­né son ac­cord. La force de Cor­neille Nan­gaa, c’est son ha­bi­le­té à trou­ver mille rai­sons tech­niques pour que les Congo­lais ne votent pas dans les dé­lais. En no­vembre 2015, quand il prend les rênes de la Ce­ni, il ne lui reste plus qu’un an pour pré­pa­rer la pré­si­den­tielle et les lé­gis­la­tives. À l’époque, pour la four­ni­ture du ma­té­riel élec­to­ral (no­tam­ment pour l’en­re­gis­tre­ment bio­mé­trique), la RD Con­go s’ap­prête à si­gner un contrat de gré à gré avec la so­cié­té belge Zetes. Le nou­veau pré­sident de la Ce­ni change de pied et lance un ap­pel d’offres que fi­ni­ra par rem­por­ter la so­cié­té fran­çaise Ge­mal­to. Ce sont au­tant de mois ga­gnés pour jus­ti­fier le « glis­se­ment » de la date des fu­tures élec­tions et per­mettre à Jo­seph Ka­bi­la de res­ter au pou­voir. Mais comme la nou­velle pro­cé­dure est plus trans­pa­rente, les par­le­men­taires ne peuvent rien dire.

CALENDES GRECQUES. À force d’ha­bi­le­té, il ar­rive tout de même que Cor­neille Nan­gaa se fasse des en­ne­mis. En juillet der­nier, quand il in­voque les vio­lences dans les pro­vinces du Grand Ka­saï pour ren­voyer les élec­tions aux calendes grecques, Fé­lix Tshi­se­ke­di, l’un des té­nors de l’op­po­si­tion, le traite de « ser­vi­teur » de Jo­seph Ka­bi­la et l’ac­cuse d’avoir « dé­cla­ré la guerre au peuple congo­lais ». Autre fi­gure de l’op­po­si­tion, Mar­tin Fayu­lu af­firme que Cor­neille Nan­gaa « ne fait que suivre les ins­truc­tions de son vice- pré­sident, Nor­bert Ba­sen­ge­zi, qui est le vrai pa­tron de la Ce­ni ». Ba­sen­ge­zi est is­su du Par­ti du peuple pour la re­cons­truc­tion et la dé­mo­cra­tie (PPRD, au pou­voir). Ce 7 no­vembre, il s’est af­fi­ché aux cô­tés de Jo­seph Ka­bi­la, dans sa ferme de Kin­ga­ka­ti, à l’oc­ca­sion d’une réunion du PPRD. Or l’ar­ticle 22 de la loi or­ga­nique de la Ce­ni sti­pule que « les membres de la Ce­ni ne sol­li­citent ni ne re­çoivent d’ins­truc­tion d’au­cune au­to­ri­té ex­té­rieure »…

Le 5 no­vembre, il a an­non­cé que les scru­tins se tien­draient le 23 dé­cembre 2018.

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