Po­pote et mel­ting-pot

Au Ca­fé de la Gare, on at­tend les trains en vain. Mais pas les plats. Carte fran­çaise, pro­duits ré­gio­naux, am­biance orien­tale… L’adresse charme par son élé­gance et par le raf­fi­ne­ment de sa cui­sine.

Jeune Afrique - - LE PLUS DE JEUNE AFRIQUE - OLI­VIER CASLIN

ÀD­ji­bou­ti, les trains ne roulent plus de­puis des lustres. Et ce­lui qui de­vrait bien­tôt ve­nir de l’éthio­pie voi­sine lon­ge­ra la baie de Do­ra­leh et ses ports flam­bant neufs plu­tôt que de tra­ver­ser la vieille ville ré­si­den­tielle (la nou­velle voie entre Ad­dis-abe­ba et Dji­bou­ti, inau­gu­rée fin 2016, de­vrait être opé­ra­tion­nelle très pro­chai­ne­ment). Dom­mage pour ses fu­turs pas­sa­gers, ils ra­te­ront l’une des es­cales gas­tro­no­miques les plus raf­fi­nées de la ca­pi­tale : le Ca­fé de la Gare. Mou­na­mu­son­get son époux, Ch­ris­tian, n’ont pas mis long­temps pour re­do­rer le bla­son de ce res­tau­rant ins­tal­lé de­puis la fin du XIXE siècle en face de la gare au­jourd’hui désaf­fec­tée. Les che­mi­nots, dis­pa­rus de­puis long­temps, sont rem­pla­cés par une clien­tèle ai­sée, dji­bou­tienne et in­ter­na­tio­nale, qui ap­pré­cie l’adresse pour un dé­jeu­ner d’af­faires ou un dî­ner en fa­mille, une par­tie de billard au fu­moir, un thé ou un der­nier verre au bar lounge amé­na­gé à l’étage. Le tout dans une am­biance mi-bri­tish, mi-orien­tale. Le bois sombre en pro­ve­nance d’égypte ha­billant les murs oran­gés, dis­tille une lu­mière ta­mi­sée, cha­leu­reuse et bien­ve­nue après l’aveu­glante four­naise du bou­le­vard de la Ré­pu­blique.

STAN­DING. La carte est ré­so­lu­ment fran­çaise mais fait la part belle aux pro­duits ré­gio­naux : co­quillages et crus­ta­cés pê­chés dans le golfe « en per­sillade », do­rade de la mer Rouge « meu­nière », ma­ri­nade de poissons crus… Le chef de cui­sine (qui vient du Ma­roc) com­bine à mer­veille les sa­veurs et les in­fluences cu­li­naires. Sans né­gli­ger la pré­sen­ta­tion. Dans les as­siettes, tout est dé­li­cat et raf­fi­né. Comme l’en­semble du res­tau­rant et de son per­son­nel, com­po­sé ex­clu­si­ve­ment de jeunes Dji­bou­tiennes et Dji­bou­tiens. For­més par les bons soins de Mou­na Mu­song, ils portent beau leurs uni­formes noir et blanc ins­pi­rés de ceux des ser­veurs des bras­se­ries pa­ri­siennes. Le couple a su don­ner un nou­veau stan­ding à l’éta­blis­se­ment, qu’il a rou­vert en mai 2016 après ré­no­va­tion. Àl’image de la ville de Dji­bou­ti, elle-même en pleine mo­der­ni­sa­tion ces der­nières an­nées grâce aux in­ves­tis­seurs ve­nus des quatre coins du monde. Mou­na Mu­song en est le té­moin pri­vi­lé­gié de­puis le bal­con du Ca­fé de la Gare. Construit en 1889, ce der­nier avait été re­pris quelques an­nées plus tard par ses grands-pa­rents, sym­boles du mel­ting-pot dji­bou­tien : son aïeule, d’ori­gine li­ba­naise, dé­bar­quait de France, et son grand-père ar­ri­vait d’af­gha­nis­tan via le So­ma­li­land. De cet hé­ri­tage, Mou­na a ti­ré le meilleur et don­né un ca­chet unique à son éta­blis­se­ment. Avant de le trans­mettre un jour à sa fille, Sa­bat, pour qu’une qua­trième gé­né­ra­tion pro­longe l’his­toire du Ca­fé de la Gare au coeur de Dji­bou­ti.

Des mets tout en fi­nesse pré­pa­rés et ser­vis par une équipe dji­bou­tienne.

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