Le cour­rier des lec­teurs

Jeune Afrique - - SOMMAIRE - LAU­RENCE PENDA MADIBA, Doua­la, Ca­me­roun JEAN CHARLES ADJOVI, Co­to­nou, Bé­nin DA­NIELE DIWOUTA KOT­TO, Doua­la, Ca­me­roun

Pas de sui­visme, SVP! J’ai ap­pré­cié votre ar­ticle met­tant en évi­dence le « ta­bou » du har­cè­le­ment sexuel en Afrique. Le point de vue de Su­zanne Ka­la Lo­bè peut sem­bler tran­ché, mais il est re­ce­vable : le su­jet mé­rite que l’on s’y penche sans sa­cri­fier à la mode. En Afrique, un mou­ve­ment de dé­non­cia­tion ne se­rait per­ti­nent que s’il s’en­ra­ci­nait de ma­nière struc­tu­relle car il per­met­trait alors un dé­bat de fond. En ef­fet, pour ré­agir, il faut te­nir compte de l’état du mou­ve­ment so­cial – et plus spé­ci­fi­que­ment des mou­ve­ments de re­ven­di­ca­tion des femmes – dans cha­cun de nos pays. Il n’y a donc rien de hon­teux, pour nous femmes afri­caines, à at­tendre d’être prêtes. D’au­tant que, s’il existe dans la plu­part de nos pays un ar­se­nal ju­ri­dique leur per­met­tant d’al­ler jus­qu’au pé­nal, les femmes ne sont pas suf­fi­sam­ment ac­com­pa­gnées. Elles ignorent comment s’y prendre pour do­cu­men­ter les actes de har­cè­le­ment et en ap­por­ter la preuve. Alors à quoi bon ba­lan­cer des noms et se re­trou­ver dé­mu­nies? Ques­tion d’édu­ca­tion Crier au scan­dale quand on est har­ce­lée exige une cer­taine édu­ca­tion, que la plu­part des filles du conti­nent n’ont pas re­çue. On leur a ap­pris à culti­ver le se­cret et à tout in­té­rio­ri­ser. Dans le cercle fa­mi­lial, la jeune fille qui ose se dire har­ce­lée par un parent, par exemple, s’en­tend sou­vent ré­pondre : « Évite de faire des vagues, nous ne vou­lons pas d’un scan­dale. » Alors elle vit avec, re­pousse comme elle le peut son agres­seur. Plus tard, dans la vie pro­fes­sion­nelle, le har­cè­le­ment ne se­ra pas pour elle une sur­prise. Et plu­tôt que de pous­ser de hauts cris, elle se­ra ten­tée de gé­rer comme elle le fait de­puis l’en­fance. Il faut donc édu­quer les filles, faire qu’elles aient da­van­tage confiance en elles et osent se pla­cer sur un pied d’éga­li­té avec les hommes. Lit­té­ra­ture Une si belle langue Il y avait long­temps que je n’avais pas été bous­cu­lée, re­muée, par un ar­ticle sur la lit­té­ra­ture dans Jeune Afrique (lire JA no 2959, du 10 au 16 sep­tembre). Mer­ci à Ma­brouck Ra­che­di, pour ses phrases, ses mots, tous char­gés de sens pro­fond. Cet ar­ticle nous rap­pelle que la langue fran­çaise, dans ce qu’elle a de plus éle­vé, passe aus­si et tou­jours par nos écri­vains. Et la fi­nesse et la ri­chesse de pen­sée de Kaou­ther Adi­mi me ras­surent sur l’ave­nir de cette langue en nous. Une in­vi­ta­tion à les lire, tous deux. Ur­gem­ment! Algérie Un ima­gi­naire de la vio­lence Il y a eu la guerre d’in­dé­pen­dance, beau­coup de morts et de sang. On a ins­crit des noms et des his­toires sur les mo­nu­ments aux morts. On a agran­di l’image du mar­tyr, jus­qu’à en faire un hé­ros sor­ti tout droit d’un mythe grec. On avait be­soin de ca­na­li­ser tout un ima­gi­naire de la vio­lence ré­vo­lu­tion­naire pour construire le mythe du par­ti unique : le FLN. Ses di­ri­geants furent pro­mus au rang de de­mi-dieux veillant sur l’algérie arabe. Les de­mi-dieux vi­vaient ja­lou­se­ment ac­cro­chés au pou­voir fraî­che­ment ac­quis, re­fu­sant de le par­ta­ger avec les hommes de l’algérie arabe. Sen­tant le vent du chan­ge­ment souf­fler, les de­mi-dieux ré­ac­tivent l’ima­gi­naire de la vio­lence ré­vo­lu­tion­naire et créent de nou­veau le chaos. Dix ans de sang et de

dou­leur, une mé­moire bles­sée et des his­toires étouf­fées dans le si­lence des nuits. Ar­rive alors l’un des de­mi-dieux, avec son pro­jet de ré­con­ci­lia­tion. Car il était temps que l’algérie se ré­con­ci­lie avec ses hommes, ses de­mi-dieux et le ciel ! La for­mule semble bien fonc­tion­ner, jus­qu’au jour où le de­mi-dieu, s’ac­cro­chant à sa moi­tié di­vine, re­fuse de pas­ser le fau­teuil rou­lant. Mais la voix de la jeu­nesse gronde dans la rue et ne semble pas prête à se sa­cri­fier sur l’au­tel des de­mi-dieux. Le maître du pays es­saie le pou­voir du pé­tro­dol­lar, mais par ce temps de di­sette, les bourses de l’état ré­tré­cissent comme peau de cha­grin. Il mise alors sur la mé­moire courte des Algériens, en ré­ac­ti­vant l’ima­gi­naire de la vio­lence. Il rap­pelle à leur bon sou­ve­nir les images de sang et de feu de la dé­cen­nie noire. Sait-il qu’il est en train d’en­fer­mer les Algériens dans un cycle de vio­lences ? Sait-il qu’un peuple qui construit son ré­cit na­tio­nal sur le mythe de la vio­lence est un peuple qui va à la dérive ? Et si la jeu­nesse al­gé­rienne s’af­fran­chis­sait de cet ima­gi­naire de la vio­lence et des de­mi-dieux qui l’ali­mentent pour lui sub­sti­tuer l’ima­gi­naire de la vie ? Cen­tra­frique Confiance et lau­riers Les mots  li­ber­té », « paix » et « fra­ter­ni­té » prennent un sens tout par­ti­cu­lier en Cen­tra­frique. Ce sont des mots exi­geants qui de­mandent aux femmes et aux hommes po­li­tiques de ce pays un com­por­te­ment exem­plaire, un cou­rage ex­cep­tion­nel. C’est à ce prix qu’ils ga­gne­ront la confiance de la po­pu­la­tion cen­tra­fri­caine et de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Pour être en­ten­du, écou­té, il faut ins­pi­rer confiance. C’est fa­cile à dire, dif­fi­cile à faire. J’ai l’im­pres­sion d’être un don­neur de le­çons, d’au­tant que je ne ré­side pas sur le ter­ri­toire cen­tra­fri­cain. Mais ma conscience m’oblige à dire ce que beau­coup pensent tout bas et s’in­ter­disent de for­mu­ler. Ma conscience et tous les morts, dis­pa­rus, dé­pla­cés, qu’ils soient cen­tra­fri­cains ou pas, ci­vils ou hu­ma­ni­taires, sol­dats ou po­li­ciers. Magh­reb Per­mis de rê­ver Un grand mer­ci pour votre ex­cellent sup­plé­ment sur le Ma­roc ( JA no 2963-2964, du 22 oc­tobre au 4 no­vembre). Il consacre la réus­site, brillante, du royaume ché­ri­fien sur le conti­nent et pousse à ima­gi­ner, un court ins­tant, le grand bon­heur des trois pays du Magh­reb (Tu­ni­sie, Algérie et Ma­roc) s’ils tra­vaillaient en­fin en­semble, toutes fron­tières ou­vertes. Et si le pro­blème du Po­li­sa­rio était mis entre pa­ren­thèses – en at­ten­dant un rè­gle­ment équi­table et réa­liste. Ce se­rait alors le pa­ra­dis sur terre pour plus de 100 mil­lions d’ha­bi­tants d’afrique du Nord.

JA no 2965, du 5 au 11 no­vembre.

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