For­ma­tion Peut mieux faire

En Afrique sub­sa­ha­rienne, le ni­veau de l’en­sei­gne­ment est en baisse. Pour­tant, les moyens existent pour y re­mé­dier.

Jeune Afrique - - L’ENQUÊTE ÉDUCATION - STÉ­PHANE BALLONG

Pour­quoi les Écoles nor­males ont-elles tant per­du de leur pres­tige ? Cha­cun sait que, pour for­mer de bons élèves, il faut de bons en­sei­gnants. Au len­de­main des in­dé­pen­dances, les États afri­cains l’avaient si bien com­pris qu’ils avaient beau­coup in­ves­ti dans les Écoles nor­males d’ins­ti­tu­teurs (ENI) et les Écoles nor­males su­pé­rieures (ENS). Pour être ad­mis dans ces éta­blis­se­ments, il fal­lait être ti­tu­laire d’un BEPC, d’un bac­ca­lau­réat ou, mieux, d’une li­cence. Àl’époque, élèves ins­ti­tu­teurs et pro­fes­seurs étaient choyés. On leur al­louait des bourses, on met­tait des moyens de trans­port à leur dis­po­si­tion, on les lo­geait et on les nour­ris­sait. Après l’ob­ten­tion de leur di­plôme, ils étaient au­to­ma­ti­que­ment re­cru­tés par l’état. C’était l’époque où, dans leurs vil­lages et leurs quar­tiers, profs et instits étaient des no­tables. « Oui, mais seule une pe­tite par­tie de la po­pu­la­tion était alors sco­la­ri­sée », nuance Jacques Mar­chand, le ré­fé­rent de la thé­ma­tique édu­ca­tion à l’agence fran­çaise de dé­ve­lop­pe­ment (AFD). La donne com­mence à chan­ger dans les an­nées 1990. Brus­que­ment, la crois­sance dé­mo­gra­phique ex­plose, la de­mande de sco­la­ri­sa­tion aus­si, alors que les États sub­sa­ha­riens en­det­tés sont som­més par le FMI et la Banque mon­diale d’as­sai­nir leurs fi­nances. Ils n’ont d’autre choix que de tailler à la hache dans leurs bud­gets de l’édu­ca­tion (no­tam­ment). Au Ma­li, au To­go, au­bé­nin ouau­ni­ger, les re­cru­te­ments d’en­sei­gnants sont ge­lés, de nom­breuses Écoles nor­males ferment. Cer­taines rou­vri­ront au dé­but des an­nées 2000, mais avec des mé­thodes et des équi­pe­ments pé­da­go­giques d’un autre temps. « Nous sommes pas­sés d’une for­ma­tion [des en­sei­gnants] qua­li­ta­tive à une for­ma­tion de masse », re­grette Daou­da Ma­ma­dou Mar­thé, le mi­nistre ni­gé­rien de l’en­sei­gne­ment pri­maire. Dans son pays comme dans bien d’autres, la du­rée des for­ma­tions a été ré­duite afin de faire bais­ser les coûts. Le pas­sage par une École nor­male a ces­sé d’être obli­ga­toire, le re­cru­te­ment se fai­sant dé­sor­mais par le biais de concours très peu sé­lec­tifs. Ré­sul­tat? Une­baisse qua­si gé­né­rale du ni­veau des en­sei­gnants et des en­sei­gne­ments. L’an der­nier au Ni­ger, un test d’éva­lua­tion des connais­sances des ins­ti­tu­teurs en fran­çais et en ma­thé­ma­tiques a don­né des ré­sul­tats épou­van­tables. Ona­po­sé à 64000 maîtres d’école contrac­tuels (soit 76 % des ins­ti­tu­teurs que compte le pays) des ques­tions élé­men­taires comme: « Combien de mi­nutes dans une heure, ou de mètres dans un ki­lo­mètre? » Seul un tiers a ob­te­nu la moyenne ! La si­tua­tion est d’au­tant plus alar­mante qu’une par­tie des en­sei­gnants ont été for­més dans les onze Écoles nor­males d’ins­ti­tu­teurs que compte encore le Ni­ger. « De­puis, nous avons lan­cé un pro­gramme vi­sant à res­tau­rer une édu­ca­tion de qua­li­té, as­sure le mi­nistre. Nous avons re­le­vé le ni­veau d’exi­gence des concours de re­cru­te­ment et ce­lui des Écoles nor­males (ac­cès et ob­ten­tion de di­plôme) qui ob­te­naient jus­qu’ici des scores so­vié­tiques aux exa­mens de fin de for­ma­tion. »

Dans le bon sens

« Les choses vont dans le bon sens dans la plu­part des pays. Les for­ma­tions ini­tiale et conti­nue des en­sei­gnants ont été ré­in­tro­duites pour re­le­ver le ni­veau », ex­plique pour sa part Jacques Mar­chand, de L’AFD. Reste une ques­tion : les États, qui consacrent dé­jà 20 % de leurs bud­gets à l’édu­ca­tion, au­ront-ils les moyens d’amé­lio­rer la for­ma­tion des en­sei­gnants et d’as­su­rer une édu­ca­tion pour tous? Tou­jours se­lon Mar­chand, cet ob­jec­tif peut être at­teint dans le pri­maire, dans nombre de pays de la zone CFA. À condi­tion de ver­ser aux ins­ti­tu­teurs un sa­laire moyen égal à 3,5 fois le PIB par ha­bi­tant, ce qui leur per­met­trait de vivre dé­cem­ment sans plom­ber le bud­get de l’état. Au col­lège, c’est plus dé­li­cat, un prof coû­tant beau­coup plus cher qu’un ins­tit. Mais pour­quoi ne pas ten­ter d’op­ti­mi­ser les res­sources dis­po­nibles en lut­tant contre l’ab­sen­téisme et en de­man­dant aux pro­fes­seurs d’en­sei­gner plu­sieurs dis­ci­plines ?

PROFS ET INSTITS ÉTAIENT NA­GUÈRE DES NO­TABLES. ON EN EST TRÈS LOIN AU­JOURD’HUI !

Salle de classe en Afrique du Sud.

Newspapers in French

Newspapers from Benin

© PressReader. All rights reserved.