« Li­qui­der le PDCI, c’est li­qui­der Hou­phouët ! »

Fré­dé­ric Grah Mel Au­teur d’une bio­gra­phie sur Fé­lix Hou­phouët-boi­gny (édi­tions Ce­rap/kar­tha­la)

Jeune Afrique - - AFRIQUE SUBSAHARIENNE CÔTE D’IVOIRE - Jeune Afrique : Au­cun des en­fants de Fé­lix Hou­phouët-boi­gny ne s’est lan­cé en po­li­tique. Ne sou­hai­tait-il pas trans­mettre le flam­beau à un membre de sa fa­mille ? Fi­na­le­ment, Hou­phouët vou­lait-il un hé­ri­tier po­li­tique ? Est-ce no­tam­ment pour ce­la qu’après

Fré­dé­ric Grah Mel: Il di­sait avoir fait de la po­li­tique pour trois gé­né­ra­tions d’hou­phouët. Mais je pense que si l’un d’eux avait vrai­ment ma­ni­fes­té de l’in­té­rêt pour la chose, il ne s’y se­rait pas op­po­sé. Hou­phouët ne se conce­vait pas comme Dieu le père, avec un plan que de­vaient suivre ses fils. Il faut s’en ré­jouir, sur­tout lorsque l’on voit le nombre de suc­ces­sions dy­nas­tiques en Afrique. En 1985, de­vant des jour­na­listes, il a fait dire à la tra­di­tion baou­lée que le chef ne de­vait pas connaître son hé­ri­tier de son vi­vant. C’est faux, et je pense qu’il le sa­vait. En fait, il a ap­pli­qué à la lettre une for­mule de Phi­lippe Ya­cé qui di­sait : « En po­li­tique, c’est comme au football, on ne fait pas la passe à l’ad­ver­saire. » Le pré­sident ivoi­rien n’avait l’in­ten­tion de faire la passe à per­sonne, ni à ses en­fants ni à ses col­la­bo­ra­teurs. Il a tou­jours veillé à ce que son pou­voir soit in­con­tes­té et il l’a exer­cé sans par­tage. Il a bien sûr une res­pon­sa­bi­li­té dans la crise qu’a tra­ver­sée la Côte d’ivoire après lui, mais je pense que les prin­ci­paux res­pon­sables sont ceux qui lui ont suc­cé­dé. Hou­phouët avait or­ga­ni­sé la suite : il avait mo­di­fié la Consti­tu­tion pour faire du pré­sident de l’assemblée na­tio­nale son dau­phin consti­tu­tion­nel. C’était ce­lui-ci qui de­vait prendre le re­lais, mais il ne de­vait pas le faire seul. Chaque fois que la ques­tion lui avait été po­sée, Hou­phouët avait ré­pon­du qu’il sou­hai­tait que sa suc­ces­sion soit l’af­faire d’une équipe is­sue de sa for­ma­tion po­li­tique. À la fin de sa vie, il avait mis en place un tan­dem, avec Bé­dié à l’assemblée et Ouat­ta­ra à la pri­ma­ture. Ce tan­dem de­vait lui sur­vivre et conduire le pays, au moins jus­qu’au bout de son man­dat, en 1995. Mal­heu­reu­se­ment, les deux hommes (et beau­coup d’ivoi­riens qui les sou­te­naient) ne l’ont pas en­ten­du ain­si. Le PDCI-RDA [Par­ti dé­mo­cra­tique de Côte d’ivoire-ras­sem­ble­ment dé­mo­cra­tique afri­cain]. Ce mou­ve­ment d’éman­ci­pa­tion, comme il le di­sait, qui a conduit le pays à l’in­dé­pen­dance. À sa mort, le PDCI-RDA avait la ma­tu­ri­té, l’ex­pé­rience et les hommes pour pou­voir s’or­ga­ni­ser et per­du­rer. C’était lui, le réel hé­ri­tier du pré­sident. Tous ceux qui, sous pré­texte de par­ti uni­fié, veulent au­jourd’hui li­qui­der le PDCI-RDA s’ex­posent à tra­hir l’hé­ri­tage po­li­tique d’hou­phouët. Li­qui­der le PDCI-RDA, c’est vou­loir li­qui­der Hou­phouët !

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