Le des­sous des cartes Guerre froide en mer chaude

En­ne­mis ir­ré­duc­tibles, l’ara­bie saou­dite sun­nite et l’iran chiite se livrent une fé­roce lutte d’in­fluence par ad­ver­saires in­ter­po­sés.

Jeune Afrique - - SOMMAIRE - LAURENT DE SAINT PÉRIER

La guerre lar­vée entre Riyad et Té­hé­ran ne date pas d’hier. Mais alors que, en 2008, le roi Ab­dal­lah d’ara­bie de­man­dait à Wa­shing­ton qu’il « coupe la tête du ser­pent » chiite, ses suc­ces­seurs, eux, ont vou­lu prendre la vi­père par les cornes. L’in­ter­ven­tion mi­li­taire à Bah­reïn en 2011 contre une contes­ta­tion es­sen­tiel­le­ment is­sue de la com­mu­nau­té chiite dis­cri­mi­née et le sou­tien à la ré­bel­lion sy­rienne contre le ré­gime As­sad, al­lié à l’iran, ont pré­cé­dé la guerre en­ga­gée en 2015 contre les hou­thistes, éga­le­ment chiites, du Yémen et le blo­cus im­po­sé en 2017 au Qa­tar, ac­cu­sé de proxi­mi­té avec le voi­sin per­san.

Es­pace vi­tal

Dé­faite en Sy­rie, en­li­sée au Yémen, en échec face au pe­tit Qa­tar, l’ara­bie saou­dite clai­ronne ré­gu­liè­re­ment la convo­ca­tion de grandes coa­li­tions « an­ti­ter­ro­ristes », se­lon ses termes, « sun­nites », se­lon les mé­dias les plus vul­ga­ri­sa­teurs. Pour se re­trou­ver in fine bien seule avec les Émi­rats arabes unis – son al­ter ego idéo­lo­gique –, l’égypte, qu’elle tient sous per­fu­sion fi­nan­cière, et Bah­reïn, dont le ré­gime doit sa sur­vie aux chars saou­diens. Les autres pou­voirs arabes se tiennent po­li­ment et pru­dem­ment à dis­tance, les plus concer­nés jouant la médiation, comme Oman et le Ko­weït, ou af­fec­tant la dis­tan­cia­tion, comme la Jor­da­nie et le Li­ban. En dé­cembre 2017, la ten­ta­tive de Riyad d’ame­ner le pays du Cèdre à la sou­mis­sion en es­sayant d’im­po­ser la dé­mis­sion du Pre­mier mi­nistre Saad Ha­ri­ri a été un nou­vel échec. Té­hé­ran nie les am­bi­tions hé­gé­mo­niques que Riyad lui prête, jus­ti­fiant par la seule dé­fense de son es­pace géo­po­li­tique vi­tal le dé­ploie­ment de sa stra­té­gie ré­gio­nale. Et, contrai­re­ment aux Saou­diens, l’iran tient au MoyenO­rient des pions puis­sants et éprouvés. Le Hez­bol­lah li­ba­nais et l’al­liance sy­rienne de­puis les an­nées 1980, le Ha­mas pa­les­ti­nien de­puis 1990, d’in­fluents re­lais dans l’op­po­si­tion bah­reï­nie comme chez les hou­thistes du Yémen et l’al­liance ira­kienne de­puis que l’in­va­sion amé­ri­caine de 2003 y a por­té les chiites au pou­voir.

Newspapers in French

Newspapers from Benin

© PressReader. All rights reserved.