Mines Chi­nal­co joue avec les nerfs gui­néens

S’il s’est en­ga­gé à ra­che­ter les parts de Rio Tin­to sur le mont Si­man­dou, le groupe chi­nois ra­len­tit le mou­ve­ment. En at­ten­dant des jours meilleurs sur le mar­ché du fer…

Jeune Afrique - - SOMMAIRE - CH­RIS­TOPHE LE BEC

Le nu­mé­ro un mon­dial de la pro­duc­tion d’alu­mi­nium prend son temps. Bien qu’an­non­cé en oc­tobre 2016, l’ac­cord que Chi­nal­co a conclu avec Rio Tin­to (dont il est le pre­mier ac­tion­naire avec 13,1 % du ca­pi­tal) pour re­prendre ses parts dans le mé­ga­gi­se­ment de fer gui­néen du Si­man­dou n’était tou­jours pas ef­fec­tif à la mi-jan­vier 2018. Se­lon Na­va Tou­ré, conseiller spé­cial au mi­nis­tère des Mines, le trans­fert des ac­tions n’avait pas encore re­çu l’aval conjoint de la di­rec­tion de Chi­nal­co, de son hol­ding Chal­co et des au­to­ri­tés chi­noises. « Pé­kin veut contrô­ler da­van­tage les grands in­ves­tis­se­ments à l’étran­ger, ce qui ex­plique cette len­teur », dé­crypte le haut fonc­tion­naire, char­gé de pi­lo­ter les né­go­cia­tions avec Chi­nal­co sur le pro­jet de Si­man­dou, qui né­ces­si­te­ra près de 20 mil­liards de dol­lars (en­vi­ron 16 mil­liards d’eu­ros) d’in­ves­tis­se­ment et au moins cinq ans de chan­tier, avant le dé­mar­rage de l’ex­ploi­ta­tion des blocs cé­dés par Rio Tin­to. « Nous avons ren­con­tré huit fois, en Chine et à Co­na­kry, l’équipe de Bao Yu, pré­sident de Chi­nal­co Iron Ore Hol­dings Li­mi­ted, et les équipes de Rio Tin­to par­tantes pour nous en­tendre sur les prin­cipes de l’opé­ra­tion. De­puis sep­tembre 2017, la balle est dans le camp de Chi­nal­co », in­dique Na­va Tou­ré, qui pré­cise que le groupe pu­blic n’a pas de dé­lé­ga­tion per­ma­nente à Co­na­kry et que, jus­qu’à la fi­na­li­sa­tion du trans­fert, es­pé­rée en avril, Rio Tin­to conti­nue d’en­tre­te­nir le site avec une cen­taine de ses sa­la­riés.

Re­prise op­por­tu­niste

Pour Chi­nal­co, la re­prise op­por­tu­niste du pro­jet du Si­man­dou est en ligne avec son en­vie de di­ver­si­fier ses ac­ti­vi­tés. Mais, contrai­re­ment à Co­na­kry, il n’est pas pres­sé de com­men­cer l’ex­ploi­ta­tion. D’au­tant que le chi­nois ne de­vra payer à Rio Tin­to un mon­tant équi­va­lant à 75 % de l’in­ves­tis­se­ment du groupe an­gloaus­tra­lien qu’au mo­ment de l’en­trée en pro­duc­tion. Sur­tout, la tonne de mi­ne­rai à haute den­si­té en fer se né­go­ciait 72,50 dol­lars fin 2017 contre un prix ré­gu­liè­re­ment au-des­sus de 130 dol­lars entre 2009 et 2013. Une stra­té­gie qui tient aus­si compte de la pro­duc­tion ac­tuelle des trois géants de la fi­lière, Rio Tin­to, BHP Billi­ton et Vale, qui ren­drait pour le mo­ment dif­fi­cile la com­mer­cia­li­sa­tion de vo­lumes mas­sifs is­sus de Si­man­dou. « Sur le long terme en re­vanche, avec un prix re­par­tant à la hausse pour le mi­ne­rai de haute qua­li­té, il y au­ra né­ces­sai­re­ment une carte à jouer pour Chi­nal­co », ana­lyse l’éco­no­miste mi­nier Ma­gnus Erics­son. Se­lon lui, Chi­nal­co pour­ra comp­ter sur les banques, les groupes d’in­fra­struc­tures et les si­dé­rur­gistes chi­nois pour mon­ter un consor­tium que n’ar­ri­vait pas à faire émer­ger Rio Tin­to. Réa­liste, la Gui­née s’est ré­si­gnée à un im­por­tant re­tard pour l’en­trée en pro­duc­tion de Si­man­dou, que Rio Tin­to a un temps an­non­cée pour 2018. D’au­tant que Co­na­kry n’est pas prêt à cé­der au chi­nois l’ex­ten­sion gra­tuite de ses droits aux blocs 1 et 2, na­guère dé­te­nus par l’is­raé­lien BSGR, mais re­pris par l’état du fait de soup­çons de cor­rup­tion. « Si Chi­nal­co veut les blocs 1 et 2, il fau­dra qu’il gagne un ap­pel d’offres, pas encore à l’ordre du jour », fait va­loir Na­va Tou­ré.

L’en­trée en pro­duc­tion du mé­ga­gi­se­ment du Si­man­dou est re­pous­sée de plu­sieurs an­nées.

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