POUR­QUOI LA SUISSE A RE­JE­TÉ SON RE­COURS

Jeune Afrique - - MAGHREB & MOYEN-ORIENT ALGÉRIE - F.A.

Dans le cadre d’une de­mande d’en­traide com­plé­men­taire in­ter­na­tio­nale en date du 18 fé­vrier 2013 (six mois avant l’in­cul­pa­tion de Khe­lil), la justice al­gé­rienne de­mande à la Suisse de lui trans­mettre les do­cu­ments re­la­tifs aux cinq comptes que l’ex-mi­nistre et son épouse dé­tiennent en Suisse. Alger soup­çonne le couple d’avoir re­çu une par­tie des 197,9 mil­lions d’eu­ros que Fa­rid Bed­jaoui avait tou­chés entre juin 2007 et fé­vrier 2011 comme in­ter­mé­diaire de Sai­pem, qui a ob­te­nu 8 mil­liards d’eu­ros de contrats avec So­na­trach. À l’époque ré­fu­gié aux États-unis, Khe­lil en­gage l’avo­cat Pa­trick Hun­zi­ker pour s’op­po­ser à cette re­quête. Le 23 mai 2014, ce­lui-ci dé­pose un re­cours en in­vo­quant trois mo­tifs : le nom de Khe­lil et ses comptes ban­caires ne fi­gurent pas dans la com­mis­sion ro­ga­toire al­gé­rienne, l’af­faire est po­li­tique, et la pro­cé­dure a été en­ga­gée en rai­son des opi­nions po­li­tiques de son client. Le 14 jan­vier 2015, le Tri­bu­nal pé­nal fé­dé­ral (TPF) re­jette l’ap­pel. Ses ar­gu­ments ? Le nom de Khe­lil ap­pa­raît « ex­pres­sé­ment dans l’ex­po­sé des mo­tifs des re­quêtes al­gé­riennes, et son rôle dans les mon­tages cor­rup­tifs semble avoir été pré­pon­dé­rant ». L’in­té­res­sé se trou­vant sur le sol amé­ri­cain au mo­ment de l’ap­pel, il ne risque pas d’être ex­tra­dé vers l’al­gé­rie. En­fin, le re­cou­rant n’a pas com­mis les in­frac­tions re­pro­chées dans la lutte pour ou contre le pou­voir. « Au contraire, lui-même re­pré­sen­tait le pou­voir, écrit le TPF. Les pots-de-vin qu’il au­rait re­çus dans le cadre de l’at­tri­bu­tion de mar­chés pu­blics à di­verses so­cié­tés étran­gères ne sont pas plus un acte po­li­tique en Al­gé­rie

qu’ils ne le sont en Suisse. » Si Khe­lil n’a ab­so­lu­ment rien à se re­pro­cher, pour­quoi a-t-il re­fu­sé que la Suisse trans­mette ses re­le­vés ban­caires ? L’ex­mi­nistre ex­plique que cet ar­gent dé­po­sé en Suisse pro­ve­nait de sa pen­sion de re­trai­té de la Banque mon­diale. Pour­quoi cet ar­gu­ment ne fi­gure-t-il pas dans l’ap­pel in­tro­duit en 2014 par son avo­cat suisse ? Si la loi al­gé­rienne ne lui in­ter­dit pas, comme re­trai­té de la Banque mon­diale, de dé­te­nir un compte à l’étran­ger, avait-il be­soin d’en ou­vrir cinq dans deux banques suisses ?

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