Construc­tion Le por­tu­gais Mo­ta En­gil se conver­tit à la fran­co­pho­nie

Jeune Afrique - - Sommaire - RÉ­MY DARRAS, en­voyé spé­cial à Abid­jan

Très im­plan­té dans les pays lu­so­phones, le groupe de BTP réa­lise 50 % de son ac­ti­vi­té sur le conti­nent. Dé­sor­mais, il vise les mar­chés d’afrique de l’ouest, sans craindre la concurrence des ac­teurs fran­çais, chi­nois et turcs.

D’un pas dé­ter­mi­né, Ma­nuel An­to­nio Mo­ta s’avance en cette jour­née de la fin­de­mars­dansles sa­lons de l’hô­tel Ivoire à Abid­jan. Le di­rec­teur gé­né­ral de Mo­ta En­gil Afri­ca, fi­liale du plus grand groupe de BTP por­tu­gais, qu’il pi­lote de­puis Jo­han­nes­burg, s’est don­né jus­qu’au mois de sep­tembre pour bou­cler le fi­nan­ce­ment de l’aé­ro­port de Bu­ge­se­ra, au Rwanda. Un énorme pro­jet à plus de 800 mil­lions de dol­lars (en­vi­ron 655 mil­lions d’eu­ros) en­ga­gé à tra­vers un par­te­na­riat pu­blic-pri­vé avec le gou­ver­ne­ment de Ki­ga­li, dont il a ob­te­nu en 2016 la construc­tion et la conces­sion pour vingt-cinq ans, une pre­mière pour son groupe. L’ou­vrage, pré­vu pour être ter­mi­né au pre­mier se­mestre de 2020, doit trans­for­mer Ki­ga­li en hub aé­rien rayon­nant sur toute l’afrique de l’est, ca­pable d’ac­cueillir à terme 4,5 mil­lions de pas­sa­gers. Les dis­cus­sions se pour­suivent ac­tuel­le­ment avec l’afri­ca Fi­nance Cor­po­ra­tion (AFC), la BAD et d’autres ins­ti­tu­tions fi­nan­cières, au­tant de par­te­naires ha­bi­tuels de ses pro­jets…

S’il confie être en dis­cus­sion avec d’autres gou­ver­ne­ments pour de nou­veaux pro­jets d’aé­ro­ports, Ma­nuel An­to­nio Mo­ta l’ad­met face à Jeune Afrique : « Ce n’est ja­mais fa­cile de trou­ver des co-in­ves­tis­seurs en Afrique. » Mais si ce jour-là le di­ri­geant semble confiant et n’ar­rive pas à se dé­par­tir de son large sou­rire, ce n’est pas seule­ment parce que son en­tre­prise a réus­si à se dé­faire en 2017 d’une grande part de son en­det­te­ment. C’est aus­si parce que l’an­née semble lui avoir été très pro­fi­table. Ayant dé­mar­ré ses ac­ti­vi­tés en 1946 en An­go­la, le groupe, pré­sent dans la lo­gis­tique, les mines, le pé­trole, le gaz, l’éner­gie et l’en­vi­ron­ne­ment, n’a ces­sé d’en­gran­ger des contrats pour bâ­tir des mé­ga­pro­jets d’in­fra­struc­tures, no­tam­ment dans les pays lu­so­phones. En­mars 2017, il rem­por­tait au Mo­zam­bique avec Chi­na Ma­chi­ne­ry En­gi­nee­ring Cor­po­ra­tion (CMEC) le pro­jet à 2,4 mil­liards de dol­lars com­pre­nant la construc­tion d’un port en eau pro­fonde et d’une ligne de che­min de fer de 500 km, des­ti­née à trans­por­ter aus­si bien de l’acier et des pro­duits agri­coles que des pas­sa­gers. En sep­tembre 2017, il si­gnait, tou­jours au Mo­zam­bique, un contrat de 445 mil­lions de dol­lars avec le géant bré­si­lien Vale pour as­su­rer des ac­ti­vi­tés de fo­rage, de char­ge­ment et de trans­port dans le pro­jet mi­nier de Moa­tize…

Dans le même temps, Mo­ta En­gil a su, grâce à ses connexions avec les au­to­ri­tés an­go­laises (So­nan­gol pos­sède 49% de­la fi­liale lo­cale), li­mi­ter les consé­quences de la chute des cours du brut qui a pour­tant for­te­ment af­fec­té l’éco­no­mie an­go­laise et en­traî­né la

dé­va­lua­tion du kwan­za. Seul re­vers de la si­tua­tion, « com­meils sont payés en mon­naie lo­cale, il est très dur pour eux de ra­pa­trier l’ar­gent au Por­tu­gal », re­lève un ex­pert. L’afrique re­pré­sente ain­si en 2017 un chiffre d’af­faires de 860 mil­lions d’eu­ros (33 % du chiffre d’af­faires du­groupe, + 22 % par rap­port à 2016). Et en 2018, 51 % de son car­net de com­mandes, qui s’élève à plus de 5 mil­liards de dol­lars, concernent le conti­nent.

Sillon pro­met­teur

Pour faire face à cette de­mande, le groupe y consacre la plus grande par­tie de ses in­ves­tis­se­ments. En 2018, ce­la re­pré­sente 250 mil­lions de dol­lars. « En al­lant en Afrique, ils sont par­ve­nus à faire des marges de 25 %, alors que celles-ci stag­naient à 5 % au Por­tu­gal », rap­porte un ana­lyste lu­si­ta­nien. Si son nom de­meure peu connu en Afrique de l’ouest, c’est pour­tant dans la zone fran­co­phone qu’il a creu­sé un sillon pro­met­teur l’an­née der­nière. Outre le chan­tier de ré­ha­bi­li­ta­tion du stade Roum­dé Ad­jia, à Ga­roua (Cameroun), ga­gné en août 2017, et l’opé­ra­tion à 210 mil­lions de dol­lars pour la four­ni­ture de ser­vices mi­niers à Si­gui­ri, en Gui­née, au sud-afri­cain An­glo­gold Ashan­ti, Mo­ta En­gil sur­pre­nait en rem­por­tant au même mo­ment pour sept ans le mar­ché de la col­lecte des dé­chets mé­na­gers de la ville d’abid­jan, d’une va­leur de 320 mil­lions d’eu­ros. Avoir pro­po­sé le prix le plus com­pé­ti­tif semble, d’après le quo­ti­dien por­tu­gais Jor­nal de Ne­go­cios, avoir fait pen­cher la ba­lance en sa fa­veur. Le sec­teur est en­core plus ren­table que la construc­tion en Afrique, « réa­li­sant des marges de 30 % à 40 %, là où le sec­teur de la construc­tion n’offre “que” 25 % », note un ana­lyste. Une fa­çon aus­si pour la so­cié­té de tâ­ter le ter­rain et de prendre tran­quille­ment pied dans des pays consi­dé­rés comme la chasse gar­dée des en­tre­prises fran­çaises, et dé­sor­mais chi­noises et turques, pour en­suite se po­si­tion­ner sur les gros pro­jets d’in­fra­struc­tures. Preuve que cette stra­té­gie d’im­plan­ta­tion fonc­tionne, ce sont deux autres pro­jets que Mo­ta En­gil ajou­tait à son pa­nier en ce dé­but d’an­née en Côte d’ivoire : la concep­tion, la construc­tion et l’ex­ploi­ta­tion d’une dé­charge pou­vant pro­duire de l’éner­gie à par­tir du bio­gaz à Abid­jan, pour une va­leur es­ti­mée à en­vi­ron 140 mil­lions d’eu­ros ; et, en mars, la construc­tion d’un stade à 83 mil­lions d’eu­ros, fi­nan­cé par Uni­ted Bank for Afri­ca (UBA), en vue de la CAN 2021. Cet ap­pé­tit in­sa­tiable fe­rait presque ou­blier les dé­con­ve­nues ren­con­trées en 2016 par le groupe au Cameroun, où, faute d’avoir pu trou­ver 3,5 mil­liards de dol­lars, il n’avait pu me­ner à bien le pro­jet de che­min de fer et de port mi­né­ra­lier de Lo­la­bé, fi­na­le­ment confié à un groupe chi­nois. « On est à la re­cherche de conces­sions dans le sec­teur des routes, des che­mins de fer, de tout ce qui peut

ali­men­ter notre ac­ti­vi­té prin­ci­pale de construc­tion », ex­plique M. Mo­ta, qui confie avoir pris langue ré­cem­ment avec Arise, éma­na­tion du géant Olam des­ti­née à dé­ve­lop­per ses ac­ti­vi­tés lo­gis­tiques hors du Gabon.

Im­por­tante base lo­gis­tique

Plus de 350 mil­liards de dol­lars d’in­fra­struc­tures de­vraient être construites d’ici à 2040 sur le conti­nent. L’oeil de Ma­nuel An­to­nio Mo­ta pé­tille lors­qu’il évoque son dé­sir de construire un stade à Co­na­kry en vue de la CAN 2023. Par ailleurs, comme l’a confir­mé l’agence na­tio­nale des che­mins de fer (ANCF) sé­né­ga­laise à JA, l’en­tre­prise a bien fait une pro­po­si­tion spon­ta­née de fi­nan­ce­ment de 600 mil­lions de dol­lars pour la ré­no­va­tion de la ligne Dakar-ki­di­ra, des­ti­née à trans­por­ter des mar­chan­dises, du ci­ment et des hy­dro­car­bures vers le Ma­li, qui de­vra être réa­li­sée à l’ho­ri­zon 2022. « Une pro­po­si­tion reste plus théo­rique qu’une offre », sou­pire-t-on à L’ANCF. Une di­zaine d’en­tre­prises d’ori­gine fran­çaise, turque, tchèque, po­lo­naise se se­raient dé­jà po­si­tion­nées. Mo­ta En­gil ne les craint pas. L’en­tre­prise peut comp­ter sur son im­por­tante base lo­gis­tique à Via­na, en An­go­la, sa ca­pa­ci­té à dé­ployer ra­pi­de­ment de gros en­gins, ses 19 cen­trales à bé­ton, ses in­gé­nieurs et plus de 10000 em­ployés, en grande par­tie lo­caux. Reste à trou­ver les fi­nan­ce­ments.

La ré­ha­bi­li­ta­tion de la baie de Luan­da, en An­go­la, a per­mis à la ville de se do­ter d’in­fra­struc­tures mo­dernes.

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