Ma­da­gas­car Cock­tail ex­plo­sif

Jeune Afrique - - Sommaire - OLI­VIER CASLIN

Le scru­tin n’est pas at­ten­du avant fin no­vembre, mais la cam­pagne pré­si­den­tielle a dé­jà dé­mar­ré. Et de la pire des ma­nières, puisque deux per­sonnes ont été tuées lors des ma­ni­fes­ta­tions or­ga­ni­sées à An­ta­na­na­ri­vo, le 21 avril, par les dé­pu­tés de l’op­po­si­tion. En fai­sant pro­mul­guer – au for­ceps – de nou­velles lois élec­to­rales en vue d’un scru­tin au­quel il n’a tou­jours pas of­fi­cia­li­sé sa par­ti­ci­pa­tion, le pré­sident He­ry Ra­jao­na­ri­mam­pia­ni­na a mis le feu aux poudres et fait des­cendre dans la rue une par­tie de la po­pu­la­tion mal­gache, dé­jà las­sée par la cor­rup­tion de ses élites. Les forces de l’ordre, ac­cu­sées d’avoir fait cou­ler le sang, se posent dé­sor­mais en ga­rantes des ins­ti­tu­tions. Mais tous les in­gré­dients sont réunis pour rendre le cock­tail en­core plus ex­plo­sif dans les se­maines à ve­nir.

Un pré­sident fra­gi­li­sé

« Sa po­si­tion est in­te­nable », es­time un di­plo­mate. « Hé­ry » mul­ti­plie les mal­adresses, alors que les af­faires de cor­rup­tion qui ont tou­ché cer­tains de ses proches ou des membres du gou­ver­ne­ment jettent un voile sur un bi­lan éco­no­mique pour­tant ho­no­rable, se­lon le FMI. Ac­cu­sé de dé­rive au­to­ri­taire par l’op­po­si­tion, lui es­time avoir été vic­time d’une ten­ta­tive de coup d’état, le 21 avril. Le re­jet de « ses lois » élec­to­rales par la Haute Cour consti­tu­tion­nelle (HCC), le 3 mai, risque de l’iso­ler en­core un peu plus.

Des op­po­sants ra­di­ca­li­sés

De­puis le 21 avril, l’op­po­si­tion dé­file chaque jour dans la ca­pi­tale. Après avoir dé­po­sé une de­mande de dé­chéance du pré­sident – qu’elle consi­dère comme un préa­lable à toute né­go­cia­tion – de­vant la HCC fin avril, elle a ten­té de « dé­mo­bi­li­ser » les fonc­tion­naires pour mettre le pays à l’ar­rêt. Sans grand suc­cès jus­qu’à pré­sent. Les deux ex-pré­si­dents Marc Ra­va­lo­ma­na­na et An­dry Ra­joe­li­na pro­fitent des évé­ne­ments pour re­ve­nir sur le de­vant de la scène. Les an­ciens en­ne­mis semblent prêts à s’en­tendre pour faire tom­ber leur suc­ces­seur. Peut-être même avant les élec­tions.

Des forces de l’ordre sur la brèche

« Nous in­ter­pel­lons les chefs de par­ti pour qu’ils trouvent une so­lu­tion aux ten­sions, et ce dans les plus brefs dé­lais. » Par la voix du mi­nistre de la Dé­fense, Bé­ni Xa­vier Ra­so­lo­fo­ni­ri­na, les forces de l’ordre ont ap­pe­lé les po­li­tiques à prendre leurs res­pon­sa­bi­li­tés. Bien dé­ci­dée « à ne pas voir Ma­da­gas­car de­ve­nir un champ de ba­taille », l’ar­mée pour­rait prendre les siennes si la si­tua­tion dé­gé­né­rait.

Une com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale mo­bi­li­sée

La se­cré­taire gé­né­rale de la Fran­co­pho­nie, Mi­chaëlle Jean, a été la pre­mière à dé­bar­quer sur l’île, le 29 avril, pour sou­te­nir son ami « Hé­ry ». L’émis­saire de L’ONU, le Sé­né­ga­lais Ab­dou­laye Ba­thi­ly, et ce­lui de la Com­mu­nau­té de dé­ve­lop­pe­ment de l’afrique aus­trale (SADC), le Mo­zam­bi­cain Joa­quim Chis­sa­no, dé­jà mé­dia­teur lors de la crise mal­gache entre 2009 et 2013, de­vaient s’y rendre quelques jours après. Si of­fi­ciel­le­ment la France, les États-unis, L’UE et L’UA se contentent d’ap­pe­ler au res­pect de la Cons­ti­tu­tion, ils mul­ti­plient en sous-main les concer­ta­tions. Wa­shing­ton sou­hai­te­rait or­ga­ni­ser ra­pi­de­ment, à Mau­rice, une ren­contre entre le chef de l’état et Marc Ra­va­lo­ma­na­na, son cham­pion.

Ras­sem­ble­ment sur la place du 13-Mai, deux jours après les ma­ni­fes­ta­tions meur­trières du 21 avril der­nier à An­ta­na­na­ri­vo.

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