Tu­ni­sie Com­ment elle est ar­ri­vée là : Yos­ra Frawes

Pré­si­dente de l’as­so­cia­tion tu­ni­sienne des femmes dé­mo­crates (ATFD)

Jeune Afrique - - Sommaire - FRIDA DAHMANI

Son des­tin de fé­mi­niste, Yos­ra Frawes le doit à sa pro­fes­seure d’édu­ca­tion ci­vique, Fa­thia Saï­di. Cette der­nière l’in­vite en 1995 à un dé­bat sur le rôle de la femme tu­ni­sienne dans les feuille­tons po­pu­laires. Yos­ra a 16 ans. Elle ren­contre pour la pre­mière fois des mi­li­tantes du mou­ve­ment fé­mi­niste. C’est un élec­tro­choc. L’ado­les­cente est fas­ci­née par l’ai­sance et l’aplomb de ces com­bat­tantes. Les joutes ora­toires se dé­roulent en arabe et en fran­çais. Un vent de li­ber­té souffle: la cri­tique du ré­gime est ici ou­verte et as­su­mée ! « Je vou­drais que tu de­viennes comme elles », in­siste sa mère. Yos­ra Frawes la prend au mot. Adulte, elle écri­ra des poèmes pour éga­ler l’élo­quence de ses mo­dèles. En at­ten­dant, elle pousse la porte du club des jeunes de l’as­so­cia­tion tu­ni­sienne des femmes dé­mo­crates (ATFD). L’étu­diante en droit y dé­couvre une se­conde fa­mille. La lutte fé­mi­niste l’ha­bite dé­jà plei­ne­ment.

La jeune Yos­ra pres­sée par­tage alors son temps entre la fa­cul­té des sciences ju­ri­diques et so­ciales de Tu­nis, l’union gé­né­rale des étu­diants de Tu­ni­sie (Uget), où elle mi­lite aus­si, et son en­ga­ge­ment pour la pa­ri­té. En 2000, elle lance une pé­ti­tion pour l’éga­li­té dans l’hé­ri­tage. La na­tive de Je­dei­da, à 25 km à l’ouest de Tu­nis, connaît le poids du conser­va­tisme, elle qui a grandi dans un en­vi­ron­ne­ment ru­ral. L’étu­diante en droit constate que les plus pro­gres­sistes de ses ca­ma­rades mas­cu­lins res­tent hos­tiles à la cause fé­mi­nine. Qu’à ce­la ne tienne. Les dif­fi­cul­tés ne font que dé­cu­pler sa dé­ter­mi­na­tion.

Con­vic­tions in­tactes

« Pas de droits des femmes sans dé­mo­cra­tie, pas de dé­mo­cra­tie sans droits des femmes » : de­ve­nue avo­cate, Yos­ra Frawes fait sienne la de­vise de L’ATFD. Elle re­mise son mas­ter en droit des af­faires et se consacre à la dé­fense des plus faibles : les femmes, les fa­milles pré­caires, les per­sonnes pri­vées de leurs droits hu­mains. À la tête de la sec­tion tu­ni­sienne de la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale des ligues des droits de l’homme (FIDH), la mi­li­tante dé­nonce les po­si­tions li­ber­ti­cides et contri­bue no­tam­ment à la li­bé­ra­tion de Ja­beur Me­j­ri, ac­cu­sé d’« at­teinte à la mo­rale, dif­fa­ma­tion et per­tur­ba­tion de l’ordre pu­blic » pour avoir pu­blié en 2012 des ca­ri­ca­tures du pro­phète Mo­ham­med sur les ré­seaux so­ciaux. Le 15 avril 2018, la boucle est bou­clée : Yos­ra de­vient pré­si­dente de L’ATFD. Elle a 39 ans. Les con­vic­tions sont in­tactes. Sa fougue, in­en­ta­mée. Les droits et les li­ber­tés ? Non né­go­ciables, ré­pond-elle. Ses dé­bats avec les is­la­mistes en té­moignent. Jeune, en­core. Gar­dienne du temple, dé­jà. En re­pre­nant le flam­beau de ses aî­nées, elle sait combien la tâche est im­mense. Et les chan­tiers, nom­breux : éga­li­té suc­ces­so­rale, ré­forme du code du sta­tut per­son­nel en ma­tière de dot ou de garde des en­fants, mise en oeuvre et mo­ni­to­ring de la loi contre les vio­lences faites aux femmes… Yos­ra Frawes rêve d’une veille sur les li­ber­tés in­di­vi­duelles et sexuelles. Et d’édu­ca­tion ju­ri­dique pour les femmes, afin qu’elles connaissent mieux leurs droits et réus­sissent leur in­ser­tion éco­no­mique. Elle le dit avec des étoiles plein les yeux. Fière de par­ti­ci­per à la Tu­ni­sie de de­main. Fière aus­si de sa fille Ya­ra, 7 ans, qui a dé­ci­dé de por­ter le nom de sa ma­man à cô­té de ce­lui de son pa­pa.

Pour la Tu­ni­sienne, droits des femmes et sys­tème dé­mo­cra­tique sont in­sé­pa­rables.

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