As­sai­nis­se­ment Des op­por­tu­ni­tés pour le sec­teur pri­vé

Faute de réelle vo­lon­té po­li­tique, la plu­part des États peinent à amé­lio­rer les fi­lières de re­cy­clage. Qui pré­sentent pour­tant de nom­breux dé­bou­chés in­dus­triels.

Jeune Afrique - - Sommaire - SAÏD AÏT-HATRIT

Peu de ca­pi­tales afri­caines par­viennent à col­lec­ter plus de 50 % des dé­chets qu’elles gé­nèrent. La forte crois­sance des villes et l’évo­lu­tion des modes de vie rendent la si­tua­tion cri­tique, avec comme consé­quences le dé­ve­lop­pe­ment de ma­la­dies liées à l’in­sa­lu­bri­té, des inon­da­tions pro­vo­quées par des égouts obs­trués ou des ac­ci­dents, à l’ins­tar de ce­lui ayant cau­sé, en 2016 à Co­to­nou, la mort de 16 per­sonnes qui ten­taient de ré­cu­pé­rer dans une dé­charge de la fa­rine ava­riée sur la­quelle de l’es­sence avait été ver­sée. Alors que tous les États font de cette ques­tion un en­jeu cru­cial de­puis des décen­nies, les freins ne sont pas que d’ordre fi­nan­cier. « S’ils en ont la vo­lon­té po­li­tique, les gou­ver­ne­ments peuvent mo­bi­li­ser les res­sources dont ils ont be­soin, as­sure Jean-mi­chel Os­sete, co­or­di­na­teur de la Fa­ci­li­té afri­caine de l’eau (FAE), qui dé­pend de la Banque afri­caine de dé­ve­lop­pe­ment (BAD). Le Sé­né­gal ob­tient des ré­sul­tats en ma­tière d’eau et d’as­sai­nis­se­ment alors qu’il n’est pas mieux do­té que cer­tains pays qui dis­posent de pé­trole, de mi­ne­rais ou de bois, et qui ont des taux d’as­sai­nis­se­ment la­men­ta­ble­ment bas. » Cette vo­lon­té des pou­voirs pu­blics

existe au Ma­roc de­puis une dé­cen­nie. Avec le sou­tien fi­nan­cier de la Banque mon­diale, les au­to­ri­tés ont in­ves­ti de­puis 2008 dans la créa­tion d’in­fra­struc­tures lourdes tout en or­ga­ni­sant les fi­lières de pré­col­lecte et de col­lecte. Ré­sul­tat : le pays at­tire des pres­ta­taires pri­vés in­ter­na­tio­naux et per­met l’émer­gence de cham­pions na­tio­naux, tel le groupe Ozone (lire p. 69), qui partent en­suite à la conquête de nou­veaux mar­chés. Le gou­ver­ne­ment s’ap­prête par ailleurs à lan­cer la construc­tion d’une cin­quan­taine de centres d’en­fouis­se­ment et de va­lo­ri­sa­tion des dé­chets de nou­velle gé­né­ra­tion, afin d’at­teindre un taux de re­cy­clage de 20 % en 2022, contre 5 % au­jourd’hui.

De même, si les Al­gé­rois vont bien­tôt pro­fi­ter de deux nou­veaux parcs ver­doyants construits sur les dé­charges à ciel ou­vert d’oued Sma­ret d’ou­led Fayet, met­tant ain­si finà­leurs nui­sances, c’est grâce non seule­ment aux res­sources en hy­dro­car­bures du pays, mais aus­si à l’en­ga­ge­ment de l’état. Se­lon Fat­ma Zoh­ra Ze­roua­ti, la mi­nistre de l’en­vi­ron­ne­ment et des Éner­gies re­nou­ve­lables, plus de 2 mil­liards de dol­lars (1,7 mil­liard d’eu­ros) ont été in­ves­tis entre 2001 et 2017 dans l’éra­di­ca­tion de 2000 dé­charges sau­vages, la ré­ha­bi­li­ta­tion d’une di­zaine de dé­charges pu­bliques ain­si que la construc­tion de 177 centres d’en­fouis­se­ment tech­nique (CET) et de 16 centres de tri d’or­dures mé­na­gères. Pour au­tant, le re­cy­clage ne concerne en­core que 5 % des dé­chets. Sept des 13 mil­lions de tonnes gé­né­rées chaque an­née par le pays se­raient « va­lo­ri­sables », se­lon la mi­nistre, qui en ap­pelle à l’in­no­va­tion et à l’es­prit en­tre­pre­neu­rial des jeunes Al­gé­riens.

L’am­bi­tion est de ré­duire les risques

« Les par­te­naires fi­nan­ciers ont be­soin de clar­té ins­ti­tu­tion­nelle et stra­té­gique, ce qui est le cas au Sé­né­gal, au Ma­roc, mais aus­si de plus en plus au Bur­ki­na Fa­so, au Ke­nya et en Afrique du Sud, pour­suit Jean-mi­chel Os­sete. On s’est aper­çu lors du bi­lan 2015 des Ob­jec­tifs du mil­lé­naire pour le dé­ve­lop­pe­ment (OMD) que beau­coup de pays sont loin du compte, car ils consacrent leurs ef­forts à mo­bi­li­ser des fi­nan­ce­ments au­près de leurs par­te­naires in­ter­na­tio­naux sans prendre en compte l’ap­port du sec­teur pri­vé. Les op­por­tu­ni­tés d’af­faires sont pour­tant énormes, il ne fau­drait plus par­ler de dé­chets mais de res­sources. C’est ce­la que les bailleurs pro­meuvent en met­tant en re­la­tion in­ves­tis­seurs et por­teurs de pro­jets. » Des ex­cre­ta trans­for­més en fer­ti­li­sants en Éthio­pie grâce à un don de 1,5 mil­lion d’eu­ros de la FAE, des boues de vi­dange qui four­nissent de l’éner­gie au Gha­na, des bri­quettes de pa­pier qui rem­placent le bois de chauffe au Bur­ki­na Fa­so, un sys­tème de col­lecte des dé­chets ef­fi­cace dans les bi­don­villes… L’ob­jec­tif de la FAE est de faire re­mon­ter les ex­pé­riences concluantes puis de les par­ta­ger. L’as­so­cia­tion afri­caine de l’eau (AAE) pro­pose même à cer­taines villes, plus avan­cées sur la ques­tion, de faire du men­to­rat au­près d’autres mu­ni­ci­pa­li­tés.

L’am­bi­tion est aus­si de ré­duire les risques dans un sec­teur où les in­ves­tis­se­ments peuvent être im­por­tants et les amor­tis­se­ments tar­difs. Les chan­ge­ments de ma­jo­ri­té dans les mu­ni­ci­pa­li­tés ne doivent ain­si plus être sy­no­nymes de valse des pres­ta­taires pri­vés. En mars, l’en­tre­prise li­ba­naise Aver­da, aus­si pré­sente à Ca­sa­blan­ca et à Braz­za­ville, a par ailleurs dû ces­ser tem­po­rai­re­ment la col­lecte à Li­bre­ville en rai­son d’une dette pu­blique de 16 mil­liards de F CFA (29,1 mil­lions d’eu­ros). Au dé­but de l’an­née, c’est le ca­me­rou­nais Hy­sa­cam, ex-fi­liale de la Lyon­naise des eaux éga­le­ment pré­sente à Nia­mey, N’dja­me­na, Co­to­nou et Mon­ro­via, qui a ces­sé le tra­vail à Doua­la à cause d’im­payés. Àl’in­verse, le conseil de la ville de Ca­sa­blan­ca a ré­si­lié en sep­tembre der­nier le contrat de Si­ta Blan­ca (Suez) et pour­rait faire de même avec Aver­da afin d’amé­lio­rer un ca­hier des charges qu’il es­ti­mait par ailleurs peu res­pec­té.

Usine de la SDE, qui as­sure la pro­duc­tion et la dis­tri­bu­tion d’eau dans les prin­ci­pales villes du Sé­né­gal.

Le Ma­roc am­bi­tionne d’at­teindre un taux de re­cy­clage de 20 % en 2022, contre 5 % au­jourd’hui.

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