Non, le mi­li­taire afri­cain n’est pas in­com­pé­tent !

Jeune Afrique - - Projecteurs - Os­wald Pa­do­nou Doc­teur en science po­li­tique. En­sei­gnant et cher­cheur en re­la­tions in­ter­na­tio­nales et études de sé­cu­ri­té

Sha­ka Zu­lu ne sau­rait être mieux en­sei­gné ailleurs qu’en Afrique.

Nom­breux sont les of­fi­ciers, en Afrique subs a ha­ri e nne, qui s e glo­ri­fient d’être des purs pro­duits de pres­ti­gieuses aca­dé­mies mi­li­taires eu­ro­péennes, amé­ri­caines ou asia­tiques. Plus rares sont ceux qui se vantent d’être sor­tis de Tof­fo, au Bénin, de Ton­di­biah, au Ni­ger, ou de Pô, au Bur­ki­na Fa­so, s’ils n’ont pas d’autres ré­fé­rences « in­ter­na­tio­nales » à faire va­loir. Un constat qui in­ter­roge sur la place de nos pé­pi­nières de cadres des ar­mées sur l’échi­quier de la mon­dia­li­sa­tion. Que valent-elles donc réel­le­ment?

Pas grand-chose, tout comme la plu­part de nos uni­ver­si­tés, mal­gré un po­ten­tiel im­por­tant. Pas grand­chose, parce que ces centres ne sont pas suf­fi­sam­ment pour­vus en per­son­nels en­sei­gnants per­ma­nents de haut ni­veau, en cher­cheurs avec des pro­grammes de re­cherche fi­nan­cés, en res­sources do­cu­men­taires, en in­fra­struc­tures de qua­li­té. Pas grand­chose, car ils n’ont pas d’in­ter­face ap­pro­priée pour

« vendre » au pu­blic et aux ar­mées concur­rentes ou­par­te­naires l’image de centres dont l’ex­cel­lence se­rait una­ni­me­ment ad­mise.

Tout ce­la contri­bue­rait pour­tant à ac­croître leur at­trac­ti­vi­té, non seule­ment au­près des élites afri­caines, mais aus­si et sur­tout au­près des fu­turs of­fi­ciers des ar­mées d’amé­rique, d’eu­rope ou d’asie. Plu­tôt que de se spé­cia­li­ser sur les pro­blé­ma­tiques afri­caines en res­tant chez eux à re­ce­voir des en­sei­gne­ments trans­mis par les leurs – avec par­fois des cli­chés sur l’afrique –, ou en se cloî­trant dans les grands hô­tels des ca­pi­tales afri­caines lors de sé­mi­naires dont les for­mats sont sou­vent éloi­gnés de ce que l’afrique a à faire va­loir en ma­tière de spé­ci­fi­ci­tés stra­té­giques, ces der­niers pour­raient ef­fec­tuer un sé­jour dans une aca­dé­mie afri­caine. Parce que des mo­narques tels Sha­ka Zu­lu, Be­han­zin – des of­fi­ciers afri­cains ou­bliés mal­gré leurs faits d’armes – ne sau­raient être mieux en­sei­gnés à nous-mêmes et aux autres ailleurs qu’en Afrique.

Sor­tir de la lo­gique de pi­tié

La mon­tée en puis­sance des aca­dé­mies mi­li­taires afri­caines re­pré­sente un vé­ri­table en­jeu pour nos États. Ce­lui de battre en brèche l’image du mi­li­taire afri­cain mé­chant et in­com­pé­tent en pro­dui­sant et en dif­fu­sant des connais­sances éla­bo­rées sur notre vi­sion des en­jeux glo­baux et sé­cu­ri­taires et sur notre propre si­tua­tion… dans nos écoles.

Ce n’est qu’au prix de ces choix et de ces in­ves­tis­se­ments stra­té­giques que l’afrique sub­sa­ha­rienne sor­ti­ra de la lo­gique de pi­tié qui pré­side à l’« aide » des puis­sances étran­gères pour en­trer dans une lo­gique de vé­ri­table par­te­na­riat, la­quelle s’ap­puie sur la ré­ci­pro­ci­té et la com­plé­men­ta­ri­té.

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