DE L’OMBRE À LA LU­MIÈRE

Échos vedettes - - TÉLÉVISION SUGGESTIONS - J.-F. B.

FIN DE L’EN­TRE­VUE. LE JOUR­NA­LISTE AR­RÊTE SON MA­GNÉ­TO. AUS­SI, CE QUI SUIT N’EST PAS POUR PU­BLI­CA­TION.

– MER­CI, SERGE. C’ÉTAIT VRAI­MENT CO­OL.

– MER­CI À TOI! AS-TU TOUT CE QU’IL TE FAUT?

– OUI, C’EST SU­PER. ÇA VA AL­LER.

– SI­NON, AP­PELLE-MOI DE­MAIN. TU POUR­RAIS VE­NIR

À LA MAI­SON LA SE­MAINE PRO­CHAINE.

ET HOP! ON VIENT DE VOUS DÉCONSTRUIRE LE MYTHE DU MI­SAN­THROPE ROU­LÉ EN BOULE SOUS SON LIT. PARCE QUE SERGE FIO­RI EST TOUT SAUF ÇA. APRÈS L’OMBRE, LA LU­MIÈRE.

Par ro­man­tisme, peut-être, il est de ces mythes que l’on vou­drait voir se per­pé­tuer. Ce­lui au­tour de Serge Fio­ri, par exemple. Au mi­lieu des an­nées 1970, Harmonium était au pi­nacle de sa po­pu­la­ri­té, et cer­tains éle­vaient le lea­der du groupe au rang de de­mi-dieu. Ou de gou­rou, di­ront d’autres. Ce n’est pas rien. Et c’est un peu lourd à por­ter. Tous les yeux étaient tour­nés vers le cha­ris­ma­tique lea­der du band. Jus­qu’à ce qu’il dis­pa­raisse dans la brume... De­puis, chaque ap­pa­ri­tion — le mot est mal choi­si — de Fio­ri est de­ve­nue un évé­ne­ment. Comme la ré­sur­rec­tion du Mes­sie.

Et c’est en 2013, avec la pa­ru­tion de sa bio­gra­phie, la bien-nom­mée S’en­le­ver du che­min, que notre homme est re­ve­nu par­mi nous. Pour de bon, semble-t-il. Il n’avait pas as­sis­té au lan­ce­ment de son bou­quin, soit. Mais il avait pas­sé des heures à ren­con­trer ses fans à l’une ou l’autre des quatre séances de dé­di­caces. Un mois au­pa­ra­vant, le jour­na­liste et le pho­to­graphe d’Échos Ve­dettes avaient pas­sé un après-mi­di com­plet chez lui. Même son pote Luc Pi­card était ve­nu faire un tour pour nous ja­ser ça, de même que Louise Thé­riault, sa bio­graphe. Fio­ri était bien. Et se­rein. Beau à voir.

L’an­née sui­vante pa­rais­sait son deuxième al­bum so­lo. Fio­ri était tel­le­ment at­ten­du qu’il a rem­por­té deux Fé­lix au Ga­la de l’ADISQ, dont ce­lui de l’al­bum de l’an­née – meilleur ven­deur. En 2016, sor­tie de L’Hep­tade XL, qui avait per­mis à Harmonium d’at­teindre le seuil as­tro­no­mique des 400 000 exem­plaires ven­dus. En­fin, l’an der­nier, ré­édi­tion d’un autre al­bum-culte, réa­li­sé avec son chum Ri­chard Sé­guin, Deux cents nuits à l’heure XL. Nou­velle ronde de pro­mo­tion. En­fin, tout ré­cem­ment, on an­non­çait la pré­sen­ta­tion du spec­tacle du Cirque Éloize Serge Fio­ri, Seul en­semble, qu’on pour­ra voir au Théâtre St-De­nis de Mont­réal dès le 6 mars 2019, puis à comp­ter du 20 juin au Ca­pi­tole de Qué­bec. Et que dire du Fé­lix Hom­mage re­mis à Harmonium di­manche der­nier! Ne cher­chez plus Fio­ri, il est par­tout.

UN P’TIT GARS

De­puis quelques an­nées, et en­core ces jours-ci avec le bou­lot qu’il abat avec Louis-Jean Cor­mier pour créer la trame mu­si­cale du spec­tacle du Cirque, Fio­ri prend conscience de l’im­por­tance de l’oeuvre qu’il a écha­fau­dée. «Chaque fois que je tra­vaille à par­tir de mes chan­sons exis­tantes, on di­rait que je les re­dé­couvre. Je suis tou­jours dé­pas­sé et en pâ­moi­son. Ça me rentre de­dans. Je réa­lise ce que j’ai fait. Quand j’écri­vais et en­re­gis­trais ça, je fai­sais juste ce que j’avais à faire. Mais écou­ter ça avec le re­cul... La place que j’ai... La lon­gé­vi­té, aus­si...»

Une sen­si­bi­li­té à fleur de peau. Une vul­né­ra­bi­li­té qu’il ne cherche ja­mais à ca­cher. «Le fait que ça ait un tel écho au­jourd’hui m’émeut aux larmes. Chaque soir, à 20 h, je prends mon whis­key avec ma blonde. Ces temps-ci, on le fait en écou­tant mes tounes qui se­ront dans le show du Cirque. C’est dé­bile. On passe nos soi­rées à brailler», dit-il, in­cré­dule. Il ajoute: «Mais il va fal­loir que ça ar­rête.»

Et... pour­quoi? «Parce que c’est dur. Ça me rentre de­dans. Je suis un p’tit gars.»

LES BLES­SURES

La ré­colte est abon­dante. Lui per­met-elle de faire la paix avec la fin abrupte d’Harmonium, alors que Fio­ri se trou­vait dans un état phy­sique et men­tal la­men­table? «C’est ça, le rêve que je vis éveillé. La fin a été tel­le­ment dou­lou­reuse... Ça ré­pare tout. Tout est en train de se ré­pa­rer.»

Il a mis le temps qu’il fal­lait, mais après avoir été dé­mo­li, Serge Fio­ri s’est re­cons­truit. N’em­pêche, cer­taines bles­sures ne sont pas en­core ci­ca­tri­sées. Je lui lance le nom de Mi­chel Nor­man­deau, l’un des trois membres fon­da­teurs d’Harmonium, qui a quit­té le groupe pen­dant la créa­tion de L’Hep­tade. «Je ne peux pas di­vul­guer les rai­sons du dif­fé­rend entre Mi­chel et moi. Je peux seule­ment dire que ce n’est pas juste et que j’ai tou­jours vou­lu ré­ta­blir nos rap­ports. On s’est ren­con­trés, Louis (Va­lois), Mi­chel et moi, il y a quelques an­nées dans un hô­tel pour ré­pa­rer le

tout. Mi­chel est par­ti en cou­rant... Je ne peux pas dire ce qui s’est pas­sé, mais man... Il se­rait as­sis à cô­té de moi, et je se­rais content.»

BOU­CLER LA BOUCLE AVEC LE CIRQUE ÉLOIZE

L’ar­tiste ne sait pas en­core si le spec­tacle

Serge Fio­ri, Seul en­semble se­ra le der­nier cha­pitre de sa re­lec­ture du tra­vail ef­fec­tué avec Harmonium, Ri­chard Sé­guin et en so­lo. «Je pense que le pro­jet avec le Cirque Éloize au­ra per­mis de faire le tour parce qu’en plus de la mu­sique, il y au­ra de la danse, du cirque... Je pense que ce show-là va bou­cler une boucle.»

Mais l’au­teur-com­po­si­teur n’a pas écrit son der­nier mot ni chan­té sa der­nière note. «Je vais sû­re­ment tra­vailler sur un autre pro­jet avec Louis (Va­lois). On a ou­vert une porte. Avec Louis-Jean

(Cor­mier), une autre porte s’est ou­verte. De mon cô­té, il faut juste que le ca­nal de créa­tion s’ouvre; je n’at­tends que ça. Quand les 12, 13 tounes vont ar­ri­ver, vous en­ten­drez en­core par­ler de moi.»

Le ca­nal dont il parle, et qu’il dis­sèque de long en large dans S’en­le­ver du che­min, il ne sait ja­mais quand il se ma­ni­fes­te­ra. Cette épi­pha­nie, il l’a eue tout au long de la courte mais in­tense aven­ture d’Harmonium, puis ré­cem­ment avec son der­nier al­bum so­lo. Dès qu’il s’est mis à l’écri­ture, il a su qu’il se pas­sait quelque chose de bon. «J’ai été en créa­tion seule­ment 12 jours. Pas plus. J’ai écrit 11 tounes en 12 jours. Quand c’est ar­ri­vé, j’ai vu que j’étais en­core ca­pable. Mais jus­qu’à ce mo­ment, je pen­sais que je n’y ar­ri­ve­rais pas...» L’ins­pi­ra­tion était in­tacte. La cri­tique a ac­cla­mé

Fio­ri et le pu­blic en a fait le suc­cès que l’on connaît. «Heu­reu­se­ment, ça a mar­ché. Si­non, ça au­rait été très dur à prendre. Je pou­vais vrai­ment me pé­ter la gueule. Si le monde n’avait pas ai­mé ça, je ne sais pas ce que j’au­rais fait...»

On ne le sait pas et on ne veut pas le sa­voir. L’im­por­tant est que la con­nexion se fasse avec le pu­blic. Et il sa­voure ce pri­vi­lège chaque se­conde de sa vie. «Ça a la même am­pleur, le même de­gré d’amour que dans le temps, et ça me jette à terre. Pis le monde... Comment re­mer­cier le monde pour leur écoute? Ils sont en­core là. Quand je suis ar­ri­vé avec mon al­bum so­lo, la barre était haute en cal­vaire! Ils étaient là et ils ont ai­mé ça. Le monde me parle, m’em­brasse... Je suis choyé.»

Les trois membres fon­da­teurs d’Harmonium: Louis Va­lois, Mi­chel Nor­man­deau et Serge Fio­ri.

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