«Ça fa­vo­ri­sait des mo­ments ma­giques»

La ca­rac­té­ris­tique 12 cordes de Fio­ri, La basse per­cus­sive de va­Lois... et Les miLLe nuances des cLa­viers de serge Lo­cat. au­tant L’homme est dis­cret, au­tant iL a en­ri­chi Le son d’harmonium par sa créa­ti­vi­té.

Échos vedettes - - TÉLÉVISION SUGGESTIONS - — serge Lo­cat J.-f. b.

En 1974 pa­rais­sait le pre­mier al­bum d’Harmonium et, dès l’an­née sui­vante, Si on avait une

cin­quième sai­son était pla­cé sur les ta­blettes des dis­quaires. Entre-temps, Serge Lo­cat avait joint le band. Un jour qu’il était en stu­dio et im­pro­vi­sait sur un pia­no à queue, il avait at­ti­ré l’oreille d’un autre mu­si­cien. «Fio­ri pas­sait dans le cor­ri­dor par ha­sard et m’a en­ten­du. Il a ai­mé ça et m’a de­man­dé si je vou­lais faire par­tie du groupe.» Aus­si simple que ça.

Qui plus est, Lo­cat avait une arme se­crète: le mel­lo­tron, un ins­tru­ment qui a contri­bué à fa­çon­ner le son Harmonium. «J’étais l’un des deux seuls à en avoir un au Qué­bec. C’était si rare que ça ne se ven­dait pas à Mont­réal. J’avais ache­té le mien à Londres.»

À cette époque, le groupe je­tait les bases du deuxième al­bum et tes­tait le nou­veau ma­té­riel en spec­tacle. «J’ai pas­sé un après-mi­di chez Serge et j’ai ap­pris toutes les tounes. Le sur­len­de­main, on par­tait en tour­née. Au fur et à me­sure qu’on don­nait des shows, je peau­fi­nais mon jeu, chan­geais des trucs... J’avais cette la­ti­tude.» Les trois membres fon­da­teurs en­cou­ra­geaient sa créa­ti­vi­té. «En stu­dio, je fai­sais ce que je vou­lais. Ils étaient contents que ce soit ain­si parce que je com­pre­nais très bien où ils vou­laient al­ler mu­si­ca­le­ment.»

Du chef-D’oeuvre au chaos

Puis l’am­bi­tieux pro­jet de L’Hep­tade fut mis en chan­tier. Au fi­nal, on avait éri­gé un mo­nu­ment. «J’ai trou­vé le pro­ces­sus de créa­tion plu­tôt ar­du.

(Mi­chel) Nor­man­deau est par­ti, puis Li­bert Su­bi­ra­na, De­nis Far­mer, Ro­bert Stan­ley et Mo­nique Fau­teux se sont ajou­tés.»

L’Hep­tade. Al­bum culte s’il en est. Et vint la tour­née. «Au dé­but, ça al­lait bien, puis on a sen­ti un es­sou­fle­ment. À ce mo­ment, il y avait beau­coup de monde dans l’en­tou­rage. On n’avait plus notre vase clos pour se pro­té­ger des in­fluences ex­té­rieures ou des in­té­rêts d’autres per­sonnes. Ça com­men­çait à être sé­rieu­se­ment gros.» Gros? C’est un eu­phé­misme. «On avait deux

vans de 45 pi et un autre de 24 pi, plus le trans­port du band. On était 20 per­sonnes sur le show.

«même si Les saLLes étaient pLeines, iL ne res­tait pas beau­coup d’ar­gent pour nous...»

On a fait une di­zaine d’aré­nas avec énor­mé­ment d’équi­pe­ment so­nore et vi­suel. Même si les salles étaient pleines, il ne res­tait pas beau­coup d’ar­gent pour nous. Dans plu­sieurs villes, les mu­si­ciens re­par­taient avec 50 $ après le show. Les roa­dies fai­saient plus d’ar­gent que moi.»

Pen­dant ce temps, l’at­mo­sphère de­ve­nait mal­saine. «Serge avait beau­coup de pres­sion et il com­men­çait à être sur la dé­prime. Quand j’ai sen­ti qu’on per­dait le contrôle de nos af­faires, j’ai an­non­cé aux gars que je quit­tais le groupe.»

Serge Lo­cat est un gent­le­man. Pas du genre à cla­quer la porte sur un coup de tête. «On avait une tour­née de pré­vue avec Su­per­tramp en Eu­rope. On avait conve­nu que je par­ti­rais après cet en­ga­ge­ment. Ren­du là, l’at­mo­sphère n’était plus in­té­res­sante et ça n’était plus le fun.» Cette dé­ci­sion, ja­mais ne l’a-t-il re­gret­tée. «Je suis par­ti au bon mo­ment.»

Que Du bon

Après avoir quit­té le groupe, Lo­cat a joué avec Yvon Des­champs pen­dant quatre ans, puis Raôul Du­guay, Ri­chard Sé­guin, Ge­ne­viève Pa­ris... Il a com­po­sé de la mu­sique pour des do­cu­men­taires, a en­sei­gné au Cé­gep de Drum­mond­ville... Ces jours-ci, il ter­mine l’al­bum ins­tru­men­tal de son fils, Vincent. Il joue aus­si dans le groupe Qué­bec 70, qui re­groupe une dou­zaine de mu­si­ciens, dont sa propre fille, Maude, et son vieux pote Li­bert Su­bi­ra­na, d’Harmonium. Il fait aus­si par­tie de Millé­simes, un groupe qui re­prend des grands suc­cès du rock pro­gres­sif et du folk-rock des an­nées 1970.

Le mu­si­cien se sou­vient de ce temps avec la plus grande sé­ré­ni­té. Il n’en re­tient que du bon. «Notre pu­blic était in­croyable, mais mon plus beau sou­ve­nir est re­lié à l’époque. Au Qué­bec, il y avait une fé­bri­li­té et une telle ef­fer­ves­cence! Les salles étaient tou­jours pleines. Nos pièces étaient très struc­tu­rées, mais on avait une li­ber­té d’ac­tion. Ça fa­vo­ri­sait des mo­ments ma­giques.»

en 2016, le mu­si­cien s’ap­prê­tant à fran­chir fiè­re­ment la porte du Métropolis pour par­ti­ci­per au lan­ce­ment de L’Hep­tade XL. À l’époque de L’Hep­tade. De­nis far­mer, ro­bert stan­ley, serge Lo­cat, serge fio­ri, Louis va­lois, Mo­nique fau­teux et Li­bert su­bi­ra­na.

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