Une Qué­bé­coise veut ai­der à re­bâ­tir son île d’adop­tion

24 Heures Montreal - - ACTUALITÉ - HU­GO DUCHAINE

« C’est pa­ni­quant, ad­met Mo­nie Tur­cotte, qui court le risque de man­quer de mé­di­ca­ments et de nour­ri­ture. Mais j’aime tel­le­ment mon île, que je reste et je par­ti­cipe à la re­cons­truc­tion. »

Il y a une se­maine, des vents de plus de 300 km/h ont com­plè­te­ment ra­va­gé son pe­tit pa­ra­dis et dé­truit la presque to­ta­li­té des bâ­ti­ments de sa ville de GrandCase.

Mis­sions

Les tou­ristes ont vite fui les Ca­raïbes, lais­sant derrière eux les dé­bris de leur hô­tel, mais pour les ré­si­dents comme Mo­nie Tur­cotte, le re­tour à la vie nor­male ne pointe même pas à l’ho­ri­zon.

« Je suis in­ca­pable de me pro­je­ter dans l’ave­nir, mais je me donne chaque jour de pe­tites mis­sions », dit la femme de 62 ans.

Si l’élec­tri­ci­té est re­ve­nue dans quelques pe­tits en­droits, l’eau cou­rante, elle, se fait attendre. Un su­per­mar­ché a rou­vert ses portes, mais il faut faire la file pen­dant cinq heures pour es­pé­rer y en­trer. Même chose pour mettre 20 litres d’es­sence dans sa voi­ture, ra­conte-telle.

« Des gens n’ont plus rien, ils errent dans la rue avec les mêmes vê­te­ments sales de­puis une se­maine [...] Des mai­sons et des dé­pan­neurs ont été pillés », dé­crit Mme Tur­cotte, ajou­tant que l’ar­mée gère son île ac­tuel­le­ment.

Sau­vée par des amis

Elle s’es­time d’ailleurs très chan­ceuse d’être en­core en vie, grâce à des amis qui l’ont convain­cue à la der­nière minute d’al­ler se ré­fu­gier dans les terres.

Elle avait dé­jà af­fron­té trois ou­ra­gans dans son ap­par­te­ment au bord de la mer, qui sert aus­si de bu­reau à cette psy­cho­logue, mais elle avait sous-es­ti­mé la force ja­mais vue d’Ir­ma dans l’At­lan­tique.

Le toit de son im­meuble a été ar­ra­ché par les vents et à son re­tour sur les lieux inon­dés, ses pho­tos et sou­ve­nirs des der­nières an­nées flot­taient à ses pieds.

Elle se sou­vient avec ter­reur du pas­sage de l’ou­ra­gan qu’elle a vé­cu en­fer­mée dans une pe­tite salle de bain de bé­ton, avec trois per­sonnes et un chien. La basse pres­sion lui don­nait aus­si mal aux oreilles, comme en plon­gée sous-ma­rine.

Elle n’a au­cune idée du mo­ment où elle pour­ra re­ga­gner un nou­veau lo­ge­ment. Mais en­core plus in­quié­tant pour Mo­nie Tur­cotte, c’est la crainte de man­quer de mé­di­ca­ments et de nour­ri­ture.

Can­cer

Elle lutte contre un can­cer du cô­lon et suit un trai­te­ment oral de chi­mio­thé­ra­pie. Pour l’ins­tant, elle ne prend qu’une pi­lule tous les deux jours afin d’éti­rer ce qui lui reste le plus long­temps pos­sible.

Son on­co­logue, qui se trouve en Gua­de­loupe, une île à 250 km de Saint-Mar­tin, va lui faire par­ve­nir une nou­velle or­don­nance qu’elle es­père trou­ver bien­tôt, dans une phar­ma­cie ou un hô­pi­tal.

Sa ma­la­die l’oblige aus­si à s’ali­men­ter sans glu­ten, ce qui est dé­jà dif­fi­cile à faire à Saint-Mar­tin en temps nor­mal.

« J’ai dé­ci­dé de ne pas m’en faire », dit-elle se­rei­ne­ment, prête à se re­trous­ser les manches pour son île. Elle est tom­bée amou­reuse de l’en­droit en y ac­cos­tant son voi­lier en 2001 et ne la quitte que pour vi­si­ter sa fille Da­liane Gui­mond Tur­cotte et ses pe­tits-en­fants au Qué­bec.

Celle-ci se fait un sang d’encre pour sa mère, qu’elle a ten­té en vain de convaincre de ren­trer au pays. C’est pour­quoi elle a lan­cé une cam­pagne de so­cio­fi­nan­ce­ment pour sou­te­nir sa ma­man.

Une Qué­bé­coise qui vit sur l’île de Saint-Mar­tin de­puis 16 ans re­fuse de fuir les Ca­raïbes après le pas­sage des­truc­teur de l’ou­ra­gan Ir­ma.

– PHO­TOS COURTOISIE

Le ven­ti­la­teur de l’ap­par­te­ment de Mo­nie Tur­co0ea­sur­vé­cu à Ir­ma, con­trai­re­ment au­toit (en mor­taise). La ré­si­dence

de la psy­cho­lo­gue­lui ser­vait aus­si de bu­reau.

MO­NIE TUR­COTTE Ré­si­dente de Saint-Mar­tin

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