Ro­bin Cam­pillo et les an­nées si­da

24 Heures Montreal - - ACTUALITÉ - - Isa­belle Hontebeyrie, Agence QMI

« Je pense à un film sur le su­jet de­puis le dé­but de l’épi­dé­mie du si­da. Mais pour moi, une épi­dé­mie n’évo­quait rien au ni­veau de la fic­tion. Après mon pré­cé­dent film, j’ai es­sayé d’écrire un film sur un per­son­nage ma­lade et je me suis aper­çu que je n’avais pas en­vie de par­ler ex­clu­si­ve­ment de la so­li­tude face à la ma­la­die. Il y a eu un temps as­sez long avant que je réa­lise que ce dont j’avais en­vie de par­ler, c’était ce que j’avais vé­cu », dé­taille Ro­bin Cam­pillo lors d’une en­tre­vue ac­cor­dée à l’Agence QMI.

« L’ali­gne­ment des étoiles s’est pro­duit dans un res­tau­rant. J’étais avec mes deux pro­duc­teurs […] et nous avons com­men­cé à évo­quer cette pé­riode de nos vies. D’un seul coup, les tech­ni­ciens et les gens qui étaient au­tour de nous à table ont com­men­cé à nous dire que c’était in­croyable. »

Au tra­vers des réunions d’Act Up-Pa­ris et de leurs ac­tions d’éclat, 120 bat­te­ments par mi­nute suit l’his­toire d’amour entre Sean (Na­huel Pé­rez Bis­cayart) et Na­than (Ar­naud Valois).

Témoignage de fic­tion

Si Ro­bin Cam­pillo s’est ins­pi­ré de ce qu’il a vé­cu du­rant ses an­nées d’im­pli­ca­tion à Act Up, il re­ven­dique une part de fic­tion quand on lui parle de la va­leur du témoignage dans son film. « Ce sont des sou­ve­nirs. Les sou­ve­nirs, pour moi, existent dans une di­men­sion fan­tas­mée, proche de la fic­tion. »

« Ce qui fait que 120 bat­te­ments par mi­nute est do­cu­men­taire, c’est le jeu des co­mé­diens, l’im­pres­sion de concret, de réa­li­té très forte. C’est à la fois un témoignage et une ré­in­ven­tion de cette his­toire. Je suis en­tiè­re­ment par­ti de mes sou­ve­nirs et j’ai es­sayé de tout mettre en pers­pec­tive. Les choses ne se sont pas pas­sées exac­te­ment comme ça, les per­son­nages ne sont pas exac­te­ment les bons, mais j’ai es­sayé de mettre en pers­pec­tive, par une fic­tion, ce que j’avais vé­cu à l’époque. »

Le tra­vail de re­cherche des ac­teurs a d’ailleurs été dé­ter­mi­nant pour le ci­néaste.

« J’ai mis neuf mois à trou­ver tous les per­son­nages, pré­cise-t-il à pro­pos de la dis­tri­bu­tion. En fait, il y a beau­coup de per­son­nages et beau­coup de com­bi­nai­sons. Plus il y a de per­son­nages, plus il faut trou­ver qui va être quoi. Ce que j’es­saye de faire, pour que le cas­ting fonc­tionne, c’est que j’ar­rête de m’in­té­res­ser au per­son­nage que j’ai créé, je m’in­té­resse aux ac­teurs que j’ai en face de moi. Et donc, ce que vous voyez sur l’écran, c’est quelque chose qui est beau­coup plus proche des ac­teurs que j’ai choi­sis que des per­son­nages que j’avais pré­dé­fi­nis. Au­tant Na­huel Pé­rez Bis­cayart est un mec ba­roque, c’est-à-dire qu’il va se re­gar­der jouer, comme le per­son­nage de Sean, au­tant Ar­naud Valois est en­tiè­re­ment dans le pre­mier de­gré,

dans une ré­serve. »

Mo­bi­li­sa t i o n

les gens sont très ra­di­caux sur in­ter­net, sur Fa­ce­book, sur les ré­seaux so­ciaux et, en même temps, il n’y a per­sonne dans la rue. »

Pa­ris. Dé­but des an­nées 1990. Le si­da tue dans l’in­dif­fé­rence gé­né­rale. Ro­bin Cam­pillo, jeune gai, re­joint les rangs d’Act Up-Pa­ris, une as­so­cia­tion mi­li­tante de lu1e contre le si­da. Au­jourd’hui, après que son film a ob­te­nu le Grand prix au Fes­ti­val de Cannes et qu’il re­pré­sente la France aux Os­cars, le ci­néaste pré­sen­te­son­long mé­trage au Qué­bec. En­tre­tien.

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