Les 30 ans de Piège de cris­tal

24 Heures Montreal - - Week-end - - Isa­belle Hontebeyrie, Agence QMI

Le 15 juillet 1988, Piège de cris­tal (le pre­mier Die

Hard) prend l’af­fiche dans seule­ment 21 ci­né­mas. La 20th Cen­tu­ry Fox ne croit pas vrai­ment au suc­cès de ce film au bud­get de 28 mil­lions $.

Or, avec des re­ve­nus dé­pas­sant les 28 000 $ par écran, les stu­dios dé­cident d’étendre les pro­jec­tions à toute l’amé­rique du Nord le 22 juillet, puis sortent le long mé­trage à l’in­ter­na­tio­nal. Ré­sul­tat : Piège de cris­tal cu­mu­le­ra 140,7 mil­lions $ au box-of­fice mon­dial, suc­cès ini­tia­teur d’une fran­chise dont les re­cettes to­ta­lisent 1,43 mil­liard $. Tout com­mence il y a 50 ans, en 1968, lorsque Le dé­tec­tive, adap­ta­tion du ro- man épo­nyme de Ro­de­rick Thorp, prend l’af­fiche avec Frank Si­na­tra dans le rôle prin­ci­pal. Le film est un suc­cès et lorsque l’écri­vain sort la suite, No­thing Lasts Fo­re­ver en 1979, il a dans l’idée que le croo­ner rem­pile pour le ci­né­ma.

Un chemin tor­tueux

Clint East­wood s’em­pare alors des droits du ro­man afin de se ré­ser­ver le rôle prin­ci­pal, mais le pro­jet n’abou­tit ja­mais. Dix ans plus tard, les stu­dios ex­hument l’idée des boules à mites, en­gagent Jeb Stuart et Ste­ven E. de Sou­za pour écrire le scé­na­rio, puis pro­posent le rôle à Si­na­tra qui, du haut de ses 73 ans, re­fuse po­li­ment.

Pa­ral­lè­le­ment, de Sou­za al­tère si­gni­fi­ca­ti­ve­ment le pre­mier scé­na­rio, ra­jeu­nit le pro­ta­go­niste, change son nom, etc. Les pro­duc­teurs ap­prochent Ar­nold Sch­war­ze­neg­ger, Syl­ves­ter Stal­lone, Har­ri­son Ford et même Don John­son, sans suc­cès. Ils se tournent alors vers un cer­tain Bruce Willis, consi­dé­ré comme un ac­teur co­mique puis­qu’il est la ve­dette de la sé­rie Clair de lune. Le re­la­tif in­con­nu – à qui l’on offre cinq mil­lions $ pour in­car­ner John Mc­clane et que l’on évite soi­gneu­se­ment de mettre en avant sur les pre­mières af­fiches du film – ac­cepte.

Le tour­nage du long mé­trage ra­con­tant les tri­bu­la­tions du po­li­cier John Mc­Clane dans un gratte-ciel pen­dant le cam­brio­lage or- ches­tré, la veille de Noël, par Hans Gru­ber ( Alan Ri­ck­man) dé­bute donc alors même que la fin n’est pas écrite !

Né­gos et ac­ci­dents

Comme le bud­get est maigre pour une su­per­pro­duc­tion es­ti­vale d’ac­tion, les pro­duc­teurs rognent sur tout. Ain­si, c’est Fox Pla­za qui sert de dé­cor in­té­rieur et ex­té­rieur à l’im­meuble Na­ka­to­mi du film. La scène dans la­quelle on voit un M8 Grey­hound prend des mois à être ap­prou­vée par les stu­dios et celle de l’hé­li­co­ptère – qui a exi­gé six mois de pré­pa­ra­tion – doit être fil­mée en… deux heures ! Évi­dem­ment, les pro­blèmes ne manquent pas sur le pla­teau. La scène dans la­quelle Mc­clane tombe dans un conduit de ven­ti­la­tion est due à la chute ac­ci­den­telle du cas­ca­deur de Bruce Willis, que le réa­li­sa­teur John Mc­tier­nan dé­ci­de­ra de conser­ver.

Afin d’ajou­ter une no­tion de dan­ger, le ci­néaste exige que les balles à blanc fassent plus de bruit que la moyenne. Bruce Willis perd donc les deux tiers de sa ca­pa­ci­té au­di­tive de l’oreille gauche pen­dant le tour­nage. Alan Ri­ck­man, dont c’est le tout pre­mier rôle au ci­né­ma, est tel­le­ment ef­frayé par les dé­to­na­tions qu’il sur­saute constam­ment, ce qu’on peut en­core voir en vi­sion­nant at­ten­ti­ve­ment cer­tains mo­ments de Piège de cris­tal.

Et, pauvre Ri­ck­man, la frayeur qu’on lit sur son vi­sage lors­qu’il se di­rige vers sa mort pro­vient du fait que l’équipe tech­nique l’a pous­sé au compte de « deux » au lieu d’at­tendre ce­lui de « trois » pré­vu !

Au­jourd’hui, la ré­plique « Yippe- Kai-yay Mo­ther Fu­cker » ( tra­duite, dans la ver­sion fran­çaise, par « Yippe- Kai-yay pauvre con ») est de­ve­nue culte et le t-shirt ma­cu­lé de sang et de sueur de Mc­clane se trouve au… Mu­sée na­tio­nal d’his­toire amé­ri­caine de la Smith­so­nian Ins­ti­tu­tion à Wa­shing­ton D.C. !

PHOTOS COUR­TOI­SIE

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