Jus­tin Tru­deau n’a pas l’in­ten­tion de s’ex­cu­ser

Au coeur d’une crise di­plo­ma­tique qui s’en­ve­nime de jour en jour, le pre­mier mi­nistre du Ca­na­da ne compte pas s’ex­cu­ser au­près de l’ara­bie saou­dite, et ce, même si Ryad aap­pe­lé Ot­ta­waà re­ti­rer ses cri­tiques sur les droits de l’homme.

24 Heures Montreal - - Actualité - MAXIME HUARD

« Les Ca­na­diens s’at­tendent à ce que leur gou­ver­ne­ment parle clai­re­ment, fer­me­ment, mais po­li­ment, au ni­veau des droits hu­mains par­tout dans le monde », a af­fir­mé Jus­tin Tru­deau en confé­rence de presse à Mon­tréal, hier.

Le pre­mier mi­nistre a tou­te­fois pris bien soin de ne pas mettre de l’huile sur le feu. « On ne veut pas avoir de mau­vaises re­la­tions avec l’ara­bie saou­dite. C’est un pays qui a quand même une cer­taine im­por­tance dans le monde », a-t-il dit, pré­ci­sant que le ré­gime saou­dien, une mo­nar­chie mu­sul­mane ul­tra­con­ser­va­trice, avait fait des pro­grès der­niè­re­ment.

Le royaume a par exemple ré­cem­ment per­mis aux femmes de conduire.

Dé­bu­tée sur Twit­ter

La crise di­plo­ma­tique a écla­té di­manche, après que l’ara­bie saou­dite se fut in­di­gnée d’un tweet du mi­nis­tère ca­na­dien des Af­faires étran­gères ré­cla­mant la li­bé­ra­tion d’ac­ti­vistes pour les droits de l’homme, dont Sa­mar Ba­da­wi, la soeur du blo­gueur em­pri­son­né Raif Ba­da­wi.

Dans une sé­rie de mes­sages pu­bliés sur Twit­ter, le mi­nistre Ab­del Al-ju­beir a fait sa­voir qu’il s’at­ten­dait à une ré­trac­ta­tion de la part d’ot­ta­wa. « L’ara­bie saou­dite n’a pas in­ter­fé­ré dans les af­faires ca­na­diennes d’au­cune fa­çon. Donc, le Ca­na­da doit cor­ri­ger ses ac­tions en­vers le royaume », est-il écrit sur le compte du mi­nis­tère.

Le ré­gime a d’abord or­don­né l’ex­pul­sion de l’am­bas­sa­deur ca­na­dien à Riyad, Den­nis Ho­rak, et le ra­pa­trie­ment de son am­bas­sa­deur au Ca­na­da, en plus de dé­cré­ter un gel des re­la­tions com­mer­ciales.

Li­qui­da­tion des ac­tifs

De­puis, la mo­nar­chie du Golfe a éga­le­ment de­man­dé le ra­pa­trie­ment de ses pa­tients trai­tés dans des hô­pi­taux ca­na­diens, an­nu­lé les vols de sa com­pa­gnie Sau­di Ara­bian Air­lines avec Toronto et sus­pen­du les bourses de ses 15 000 étu­diants au Ca­na­da.

Cette me­nace d’in­ten­si­fier en­core da­van­tage la que­relle di­plo­ma­tique sur­vient alors que le royaume se­rait en train de se dé­par­tir de tous ses ac­tifs fi­nan­ciers ca­na­diens, a rap­por­té le Fi­nan­cial Times.

Se­lon la pu­bli­ca­tion éco­no­mique, la banque cen­trale saou­dienne et le ré­gime de pen­sions éta­tique ont or­don­né à leurs ges­tion­naires de lais­ser al­ler leurs ac­tions, obli­ga­tions et li­qui­di­tés ca­na­diennes.

En confé­rence de presse, Jus­tin Tru­deau a re­fu­sé de confir­mer l’in­for­ma­tion, tout comme il a re­fu­sé de cri­ti­quer le manque de sou­tien de la part de ses al­liés.

Par exemple, les Étatsu­nis ne se sont pas por­tés à la dé­fense du Ca­na­da dans ce dos­sier, ap­pe­lant plu­tôt au calme et au dia­logue. « Je ne vais pas dic­ter aux autres pays quel de­vrait être leur po­si­tion­ne­ment », a ré­agi Jus­tin Tru­deau.

L’op­po­si­tion of­fi­cielle à Ot­ta­wa a mis la crise ac­tuelle sur le compte de la di­plo­ma­tie des ré­seaux so­ciaux mise de l’avant par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral.

« L’écart entre nos pays dé­coule de l’uti­li­sa­tion de Twit­ter comme sub­sti­tut à la di­plo­ma­tie du gou­ver­ne­ment Tru­deau. Une di­plo­ma­tie sé­rieuse exige des ef­forts. Le pre­mier mi­nistre et la mi­nistre de­vraient dé­fendre face à face les pro­blèmes et non pas par ha­sh­tag », a dé­cla­ré le porte-pa­role conser­va­teur en ma­tière d’af­faires étran­gères, Erin O’toole.

– PHO­TO JOËL LE­MAY/AGENCE QMI

Jus­tin Tru­deau a ré­pon­du aux ques­tions sur l’ara­bie saou­dite lors de son pas­sage à Mon­tréal, hier.

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