Spike Lee as­sène un coup de 2 X 4

Spike Lee pro­fite de cette his­toire vraie aty­pique pour dres­ser un ré­qui­si­toire contre Do­nald Trump.

24 Heures Montreal - - Weekend - - Isa­belle Hon­te­bey­rie, Agence QMI

Co­lo­ra­do, dans les an­nées 1970. Ron Stall­worth (John Da­vid Wa­shing­ton) dé­cide de po­ser sa can­di­da­ture au poste de po­lice de Co­lo­ra­do Springs. Em­bau­ché, il de­vient alors le pre­mier flic noir de la ville. Il se fait en­suite af­fec­ter au bu­reau des en­quêtes – son rêve – et in­tègre donc une équipe en­tiè­re­ment blanche.

Il ré­pond, par pro­vo­ca­tion, à une pe­tite an­nonce dif­fu­sée dans le jour­nal lo­cal par le Ku Klux Klan. In­vi­té, par té­lé­phone, à ren­con­trer les membres du cha­pitre de l’or­ga­ni­sa­tion, il dé­pêche son col­lègue Flip Zim­mer­man (Adam Dri­ver) au face à face. Ce der­nier de­vien­dra son vi­sage blanc, pu­blic, tan­dis que Ron en­tre­tien­dra les contacts avec le KKK par té­lé­phone. L’homme a, au dé­but, par ha­sard, de longues conver­sa­tions avec Da­vid Duke (To­pher Grace), le grand pa­tron du KKK.

N’en dou­tez pas, l’his­toire est vraie. Le scé­na­rio adap­té par Spike Lee, Da­vid Ra­bi­no­witz, Char­lie Wach­tel et Ke­vin Will­mott d’après l’au­to­bio­gra­phie Black Klans­man de Ron Stall­worth, joue abon­dam­ment sur l’hu­mour caus­tique et l’ab­sur­di­té de cette si­tua­tion, qui veut qu’un Noir ait réus­si à ob­te­nir sa carte de membre d’une or­ga­ni­sa­tion ra­ciste.

Lié à l’ac­tua­li­té

Parce qu’il s’agit d’une oeuvre de Spike Lee, on sait que les évé­ne­ments dé­crits au­ront un lien avec l’ac­tua­li­té, et le réa­li­sa­teur ne s’en prive pas. Le long mé­trage, ré­ci­pien­daire du Grand prix lors du der­nier Fes­ti­val de Cannes, s’ouvre sur la scène des bles­sés à At­lan­ta d’au­tant en em­porte le vent.

On passe en­suite à la ré­pé­ti­tion d’un dis­cours ra­ciste de Ken­ne­brew Beau­re­guard (ap­pa­ri­tion d’alec Baldwin) sur fond d’images de La nais­sance d’une na­tion de D. W. Grif­fith, film muet ayant contri­bué à la re­nais­sance du KKK en 1915. Ra­cisme sys­té­mique, lyn­chage, exac­tions po­li­cières : Spike Lee ne nous fait ja­mais ou­blier qu’il s’agit du quo­ti­dien des Noirs amé­ri­cains de­puis les beaux jours de l’es­cla­vage.

Les dia­logues ont été tra­vaillés en consé­quence ; le ci­néaste joue sur le slo­gan « Make Ame­ri­ca Great Again », de Do­nald Trump, pour l’in­té­grer au dis­cours de ses membres du KKK des an­nées 1970.

Éclairs de gé­nie

Le ci­néaste de Mal­colm X a des éclairs de gé­nie dans ce Opé­ra­tion in­fil­tra­tion, comme la scène du dis­cours de l’ac­ti­viste Kwame Ture (Co­rey Haw­kins), où il sur­im­pose de ma­gni­fiques vi­sages sur des slo­gans, tels que « Black is beau­ti­ful », ou des ph­rases sur la né­ces­si­té, pour la com­mu­nau­té noire, de contrô­ler son éco­no­mie.

À la fin du long mé­trage, la mise en pa­ral­lèle d’une cé­ré­mo­nie du KKK et des sou­ve­nirs d’un lyn­chage ac­cen­tue en­core plus la di­vi­sion ra­ciale – « Pou­voir blanc » contre « Pou­voir noir » - qui per­dure à ce jour aux États-unis. On par­donne donc quelques mal­adresses ou ef­fets de style qui al­tèrent la flui­di­té de Opé­ra­tion in­fil­tra­tion, comme l’in­clu­sion d’af­fiches de films de Blax­ploi­ta­tion en plein mi­lieu d’une conver­sa­tion, ou celle d’un dis­cours de Do­nald Trump et d’une en­tre­vue de Da­vid Duke en fin de long mé­trage. Sub­til comme un coup de 2 X 4, Opé­ra­tion in­fil­tra­tion est l’un des films les plus puis­sants de l’an­née, qui laisse au spec­ta­teur le soin de dé­ci­der si l’es­poir est per­mis ou non.

4,5/5

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