Ma­thieu Kas­so­vitz ou le cou­rage d’en­cais­ser les coups

Ve­nu à Mon­tréal pré­sen­ter Spar­ring ,p ro­je­té enp re­mièr eno rd-amé­ri­caine dans le ca­dr edu Fes­ti­val Ci­ne­ma­nia, Ma­thieu Kas­so­vitz parle de son en­ga­ge­ment dans ce rôle de boxeur per­dant.

24 Heures Montreal - - Weekend - - Isa­belle Hon­te­bey­rie, Agence QMI

Dans Spar­ring, l’ac­teur et réa­li­sa­teur fran­çais, bien con­nu pour son franc-par­ler tant sur les ré­seaux so­ciaux qu’en en­tre­vue, in­carne Steve, un boxeur contre le­quel s’en­traîne un cham­pion. La fonc­tion de cet « ou­vrier du ring », comme nous le dé­crit Ma­thieu Kas­so­vitz ? Se prendre des coups dans la gueule.

Pas de com­pro­mis

Le scé­na­rio, écrit par Sa­muel Jouy qui signe ici sa pre­mière réa­li­sa­tion, est une his­toire d’amour pa­ren­tal, fi­lial, fa­mi­lial,«l’his­toi­re­del’amourd’un père pour sa fille, d’un ma­ri pour sa femme », sou­ligne le ci­néaste, avant d’être un film de boxe. Afin d’ache­ter un pia­no à sa fille Au­rore (Billie Blain, une ré­vé­la­tion), par­ti­cu­liè­re­ment douée, et bien qu’il se soit tou­jours re­fu­sé à le­faire,ste­veac­cep­te­de­de­ve­nir­par­te­nai­red’en­traî­ne­ment d’un cham­pion. Le contrat est le sui­vant : pen­dant un mois, il ser­vi­ra de bal­lon de frappe.

Loin des cli­chés hol­ly­woo­diens vé­hi­cu­lés par Ro­cky, le Steve de Spar­ring est un per­dant avec ses 33 dé­faites contre seule­ment 13 vic­toires. Pu­gi­liste de l’ombre, il est l’un des nom­breux spor­tifs « sans qui les cham­pions n’exis­te­raient­pas».

Lorsque Ma­thieu Kas­so­vitz a lu ce scé­na­rio « d’un père de fa­mille en fin de car­rière de boxeur », il a été « tou­ché » et a im­mé­dia­te­ment vou­lu faire de la boxe, de la vraie. En­cais­ser les vé­ri­tables coups que lui porte, à l’écran, le com­bat­tant pro­fes­sion­nel Sou­ley­mane M’baye, an­cien cham­pion du monde de boxe an­glaise. Le vi­sage tu­mé­fié de l’ac­teur quin­qua­gé­naire n’est donc pas un ma­quillage de ci­né­ma, mais les sé­quelles des scènes de com­bat !

« Nous nous étions mis d’ac­cord [avec Sa­muel Jouy] que nous fai­sions un film sur le tra­vail de la boxe, sur la souf­france de la boxe, sur la réa­li­té de la boxe. On s’est dit qu’on al­lait faire de la boxe réel­le­ment », ex­plique Ma­thieu Kas­so­vitz.

« Une fois qu’on s’est dit qu’on al­lait faire de la boxe, il fal­lait s’en­traî­ner ! J’ai eu la chance de tra­vailler avec un boxeur d’un ni­veau mon­dial qui pou­vait s’as­su­rer que je n’al­lais pas me bles­ser sé­rieu­se­ment, on s’est in­ves­ti là-de­dans. Comme le film est sur­ce­su­jet-là,il­suf­fi­sait­qu’on fas­se­de­la­boxe­pour­tra­vailler le per­son­nage. »

« Tous les gens qui font de la boxe savent à quel point c’est dou­lou­reux et ce que ça im­plique comme sa­cri­fices. À par­tir du mo­ment où on sa­vait ça, il suf­fi­sait qu’on s’épuise à l’en­traî­ne­ment, qu’on se mette dans des condi­tions spor­ti­ve­ment dures, pour que le per­son­nage rentre tout seul. C’est la ca­rac­té­ris­tique de ce sport, de toute la psy­cho­lo­gie qui­vaa­vec et ce­la vient avec tout l’en­traî­ne­ment et le tra­vail », pour­suit-il.

De­ve­nir l’autre…

Ma­thieu Kas­so­vitz n’aime pas­ré­pé­ter.ille­dit­clai­re­ment. « On ré­pète s’il faut faire des trucs très pré­cis à la ca­mé­ra. Je n’aime pas ré­pé­ter par­ce­quec’est­chiant.c’estde l’éner­gie dé­pen­sée pour rien, sauf­sic’est­très­tech­nique.en fait, je n’aime pas tra­vailler, je suis fai­néant. »

Pour lui, sa mé­ta­mor­phose en ce per­son­nage qu’il in­carne n’est pas en­tiè­re­ment de son fait. « C’est vous en tant que spec­ta­teur qui met­tez­les­co­mé­diens dans les per­son­nages. Les co­mé­diens font ce qu’ils ont à faire et c’est la fa­çon dont le spec­ta­teur in­ter­prète leur tra­vail qui fait que vous les met­tez dans le per­son­nage.»

« Pour moi, le seul moyen d’être dans le per­son­nage [de Steve], c’est d’être sur un ring de boxe et de prendre des coups comme le per­son­nage les prend.»

Et quand on lui de­mande ce qu’il veut, à l’ins­tar de Steve, trans­mettre à ses en­fants, lui qui en a trois, il ré­pond avec dis­cré­tio­net­pu­deur:«ceque le film ra­conte. On veut don­ner un exemple à nos en­fants afin qu’ils puissent s’en ser­vir pour avan­cer. On est la seule ré­fé­rence qu’ils ont. […] C’est exac­te­ment ça dans le per­son­nage de Steve. C’est dur d’être un pa­rent et de ne pas pou­voir rendre ses en­fants fiers de ce qu’on fait. Même si ce sont de pe­tites choses, même si ce sont des pe­tits men­songes [comme dans le film] qui per­mettent aux en­fants de com­prendre la vie d’une cer­taine fa­çon et de l’abor­der sous un cer­tain angle. »

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