Ch­ris­tian Bégin L’heure des bi­lans

Au cours des der­nières an­nées, on a sur­tout eu af­faire à l’ani­ma­teur, mais cet au­tomne, Ch­ris­tian Bégin re­noue avec ses pre­mières amours, puis­qu’il tient le rôle prin­ci­pal dans le nou­veau film de Ro­bert Mo­rin. En­tre­vue avec le co­mé­dien, qui se confie à pr

7 Jours - - SOMMAIRE - Par Pa­trick De­lisle-Cre­vier Pho­tos: Guy Beau­pré

Ch­ris­tian, que re­pré­sente ce rôle au ci­né­ma pour toi? Je n’au­rais pas pu dire non à un rôle comme ça. Je me sens choyé que Ro­bert Mo­rin ait pen­sé à me le confier, car j’ad­mire vrai­ment son tra­vail. Quand j’ai lu le scé­na­rio, je l’ai trou­vé in­croyable. J’ai ca­po­té, je vou­lais le rôle! Ce n’est pas un film où il y a beau­coup de dia­logues, mais c’est une des­cente aux en­fers ré­flé­chie et bien ci­men­tée. Ton per­son­nage, Louis, est plu­tôt dur, voire lourd... Comment se pré­pare-t-on pour un tel rôle? C’est cer­tain que ça nous amène à vi­si­ter des zones d’ombre qu’on tra­verse heu­reu­se­ment très peu sou­vent dans la vie. Pour l’in­car­ner, il faut se col­ler au monstre qu’on a en soi. Ce­la dit, après chaque jour­née de tour­nage, je me fai­sais un de­voir de sor­tir de cet état. Je ne vou­lais pas gar­der ces sen­ti­ments né­ga­tifs et des­truc­teurs en moi. Par le pas­sé, j’ai te­nu un rôle dif­fi­cile, et j’ai fait souf­frir mon en­tou­rage parce que je traî­nais ces sen­ti­ments dans mon quo­ti­dien. Mon ami Nor­mand D’Amour m’avait alors dit: «Hé, bon­homme! On fait sem­blant! C’est un jeu, il faut en sor­tir...»

Comment dé­cri­rais-tu Le pro­blème d’in­fil­tra­tion?

C’est la des­cente aux en­fers d’un homme que d’abord on croit bon, mais qui ré­vèle sa vraie na­ture au fur et à me­sure que le film avance. On dé­couvre alors une créa­ture mons­trueuse. Il perd le contrôle de sa vie, la réa­li­té lui échappe, et il en­traîne tout son en­tou­rage dans sa chute.

Ça fai­sait un mo­ment qu’on ne t’avait pas vu au ci­né­ma...

Oui. Je suis très content, car j’avais peur que l’ani­ma­tion fasse ou­blier le co­mé­dien en moi. Ce per­son­nage de Louis est ma­gni­fique. Pour la pre­mière fois, je porte un film sur mes épaules: je suis dans toutes les scènes. Je sais qu’un tel ca­deau n’ar­rive pas sou­vent dans une car­rière, alors ça rend le tout en­core plus pré­cieux.

Re­ce­voir un tel ca­deau à 54 ans, ce n’est pas rien...

Oui, c’est une belle façon de cé­lé­brer les trois dé­cen­nies pendant les­quelles j’ai fait ce mé­tier. C’est fan­tas­tique et, en­core une fois, je constate avec gra­ti­tude et ra­vis­se­ment que je n’ai pas été en­fer­mé dans une case. La vie m’a per­mis de faire dif­fé­rents trucs. C’est un pri­vi­lège, à mon âge, de se voir pro­po­ser de nouveaux ter­rains de jeu.

Quel sou­ve­nir gardes-tu du Ch­ris­tian Bégin que tu étais en dé­but de car­rière?

Je me sou­viens sur­tout de l’ar­ro­gance de mes 20 ans. Pendant les 10 pre­mières an­nées de ma car­rière, j’avais l’im­pres­sion de tout sa­voir et de ne rien avoir à ap­prendre. Au­jourd’hui, j’ai plus de moyens, mon coffre à ou­tils est mieux gar­ni...

Tu lui di­rais quoi, au­jourd’hui, au Ch­ris­tian Bégin de 20 ans?

Je lui dis en­core sou­vent de se cal­mer les nerfs! En même temps, c’est cor­rect que j’aie eu cette ar­ro­gance-là à cet âge. Ça fait par­tie de qui je suis. Mais di­sons qu’au­jourd’hui, je choi­sis mes ba­tailles. Je vais tou­jours de­meu­rer quel­qu’un qui n’a pas peur de dire haut et fort ce

« Quand j’aieu 50 ans, je me suis mis à re­gar­der le temps qu’ il me res­tait et j’ ai pa­ni­qué. »

qu’il pense, sauf que main­te­nant, je l’ar­ti­cule dif­fé­rem­ment et avec un peu plus d’hu­mi­li­té.

Te sens-tu com­blé sur le plan pro­fes­sion­nel?

Oui. Hon­nê­te­ment, je ne pour­rais rien de­man­der de plus. Je fais par­tie des gens pri­vi­lé­giés dans ce mé­tier. Ma vie pro­fes­sion­nelle va au-de­là de ce que j’au­rais es­pé­ré.

Est-ce que le constat est aus­si po­si­tif sur le plan per­son­nel?

Non. C’est cer­tain qu’au bout du compte, l’un a payé pour l’autre. J’au­rais ai­mé avoir une vie amou­reuse plus pai­sible. J’au­rais ai­mé ar­ri­ver à croire que c’est suf­fi­sant d’être juste moi et ne pas res­sen­tir le be­soin d’être en re­pré­sen­ta­tion dans ma vie in­time. Le per­son­nage public, c’est une chose, le Ch­ris­tian dans sa vie pri­vée, c’en est une autre. Je n’ai pas tou­jours réus­si à dé­par­ta­ger ça, mais je tra­vaille fort là-des­sus.

Est-ce dif­fi­cile de vivre à Ka­mou­ras­ka, seul dans une grande mai­son?

Oui et non. Quand je dis que j’ai par­fois l’im­pres­sion de tou­jours être en re­pré­sen­ta­tion, eh bien, chez moi, là-bas, c’est un des rares en­droits où je me sens loin du re­gard des autres. C’est un en­droit où je peux me po­ser. Les quatre heures de route que ça prend pour m’y rendre me per­mettent de dé­com­pres­ser. Je suis un an­gois­sé, et ça spinne tout le temps dans ma tête, mais quand je conduis, je me calme. Et c’est la même chose quand j’ar­rive à Ka­mou­ras­ka.

Tu ne te sens pas un peu seul, là-bas?

J’ai un beau ré­seau d’amis dans le coin. Ce sont des gens qui n’exercent pas mon mé­tier, qui ont une tout autre réa­li­té que la mienne et qui s’en foutent que je sois Ch­ris­tian Bégin. Ils ont bien d’autres pré­oc­cu­pa­tions, et c’est très bon pour moi. Ça me per­met de dé­cro­cher de moi-même.

Tu as 54 ans. Qu’est-ce que ça te fait de vieillir?

Je ne se­rai ja­mais vrai­ment en paix avec l’idée de vieillir. Pas parce que je vieillis phy­si­que­ment, mais parce que je suis un in­sa­tiable et que je n’au­rai pas le temps de faire tout ce que je veux faire. Quand j’ai eu 50 ans, je me suis mis à re­gar­der le temps qu’il me res­tait et j’ai pa­ni­qué. Ça m’a obli­gé à ac­cep­ter que je ne pour­rai pas tout faire et que je de­vrai choi­sir ce qui est vrai­ment im­por­tant pour moi. Plus je vieillis, plus j’ai l’im­pres­sion que le temps file ra­pi­de­ment. Chaque fois que je vois mon fils de 24 ans, je constate à quel point ça va vite. Il n’y a pas si long­temps, j’avais cet âge moi aus­si! Ce­la dit, j’ose es­pé­rer que je suis un meilleur homme à 54 ans que je l’étais il y a 30 ans.

Tu dis que tu au­ras des choix à faire. Qu’est-ce qu’il te reste à ac­com­plir?

Des fois, je rêve de chan­ger de vie, de faire com­plè­te­ment autre chose. J’ai­me­rais être au­ber­giste, par exemple, et j’ai l’im­pres­sion que je se­rai dé­çu si je ne le fais pas un jour. Je suis aus­si cons­cient du fait qu’un jour on ne vou­dra peut-être plus de moi dans le mé­tier et que je dois me pré­pa­rer à ça. Je me vois très bien faire des lits le ma­tin, faire à dé­jeu­ner et ac­cueillir les gens dans mon au­berge...

Tu as men­tion­né ton fils, Théo­phile. Comment va-t-il?

Il va très bien. Il est pré­sen­te­ment en train de ter­mi­ner son BAC en an­thro­po­lo­gie à l’Uni­ver­si­té na­tio­nale de Séoul. Je suis al­lé le re­joindre ré­cem­ment parce qu’il me man­quait. J’ai pas­sé deux se­maines avec lui à Séoul. Il est en­suite par­ti au Viet­nam avec sa blonde, et moi, je suis par­ti seul au Ja­pon.

Est-ce dif­fi­cile de voya­ger seul et d’être cé­li­ba­taire?

Di­sons qu’à 54 ans, c’est de plus en plus dif­fi­cile d’al­ler à la ren­contre des gens. Sou­vent, les gens de mon âge sont déjà en couple. Pour ce qui est des voyages, c’est par­fois dif­fi­cile de voir un beau pay­sage ou de vivre un bon mo­ment sans pou­voir le par­ta­ger avec quel­qu’un. J’ai beau­coup voya­gé seul dans la vie, mais mon der­nier voyage m’a fait réa­li­ser que je n’ai plus en­vie de le faire.

Crois-tu en­core à l’amour?

Oui, cer­tai­ne­ment. Je sais que ma vie pro­fes­sion­nelle a par­fois pris beau­coup de place et que ce n’était pas fa­cile pour celle qui par­ta­geait ma vie. Mais je crois que j’ai ap­pris de tout ça.

Quels sont tes pro­jets à court terme?

J’en­tame la 10e sai­son de Cu­rieux Bégin, je suis en train d’écrire un ro­man et j’ai aus­si dé­ci­dé de me lan­cer en af­faires. Je lance une col­lec­tion de pro­duits agroa­li­men­taires en col­la­bo­ra­tion avec So­beys et des pro­duc­teurs lo­caux. Il y au­ra des pâ­tés à la viande, des chau­drées de pa­lourdes... Ce sont toutes des re­cettes que j’ai créées, et le tout se­ra mis en mar­ché dès le 19 sep­tembre. Le pro­blème d’in­fil­tra­tion, en salle dès le 25 août. Y’a du monde à messe: Spécial ren­trée, le ven­dre­di 8 sep­tembre à 21 h, à Té­lé-Qué­bec.

Cu­rieux Bégin, dès le ven­dre­di 15 sep­tembre à 19 h, à Té­lé-Qué­bec.

« Je­vais tou jours de­meu­rer quel­qu’ un qui n’ a pas peur de dire ce qu’ il pense, sauf que main­te­nant, je l’ ar­ti­cule dif­fé­rem­ment et avec un peu plus d’hu­mi­li­té. »

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En ve­dette dans Le pro­blème le film d‘in­fil­tra­tion

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