Cé­line Bon­nier

Au fil des ans, elle a in­car­né nombre de femmes qui, à l’ins­tar du per­son­nage d’Anne-Sophie dans L’heure bleue, ont une âme trou­blée. Pour­tant, dans la vie, cette in­ter­prète re­mar­quable a le plai­sir simple. Un peu de mu­sique, l’air de la cam­pagne et une

7 Jours - - SOMMAIRE - Par Steve Mar­tin

De a à z

Anne- Sophie «Anne-Sophie, c’est une femme qui, après un drame, a choi­si de tout quit­ter pour se sau­ver elle-même. En res­tant dans sa vie d’avant, elle n’y ar­ri­ve­rait pas. J’ai tout de suite ai­mé le fait que c’était une femme qui a le cou­rage, l’in­tel­li­gence de se choi­sir elle-même, afin de sur­vivre et de mieux re­ve­nir vers ceux qu’elle aime. Elle aban­donne sa carte de cré­dit, son cellulaire, son au­to et même sa fille. C’est dis­cu­table comme dé­ci­sion, mais je pense que si elle ne l’avait pas prise, elle au­rait som­bré dans la dé­pres­sion.» Benoît Gouin «Ça fait long­temps qu’on se connaît. En ami­tié, Benoît est très gé­né­reux et il a l’es­prit d’équipe. Comme co­mé­dien, c’est quel­qu’un qui est très pré­cis, et qui connaît très bien les en­jeux et le scé­na­rio. Il re­met beau­coup les choses en ques­tion et il est mi­nu­tieux. J’aime aus­si le dé­tail, alors je pour­rais dire qu’il est té­teux, comme moi.

(rires) »

Com­mu­nau­té «Je suis la hui­tième d’une fa­mille de huit en­fants, alors il y avait beau­coup de mou­ve­ment à la mai­son. J’ai des frères et soeurs fort in­té­res­sants, et on a tou­jours beau­coup dis­cu­té en­semble. J’aime les écou­ter. Le re­gard que je pose sur l’être hu­main s’est dé­ve­lop­pé à par­tir de là. Je

suis moi aus­si de­ve­nue une per­sonne qui écoute beau­coup. C’est comme une se­conde na­ture d’en­re­gis­trer, d’en­gran­ger mes im­pres­sions. Pour mon mé­tier, c’est pra­tique!»

Deuil «For­cé­ment, j’ai pui­sé dans les émo­tions que m’a fait vivre la mort de mes pa­rents quand j’ai com­men­cé à tour­ner dans L’heure bleue. Ça ve­nait d’ar­ri­ver, alors je n’ai pas eu à cher­cher très pro­fon­dé­ment. C’était en­core très, très vi­vant en moi, alors ça me ve­nait très fa­ci­le­ment. C’est sûr que ce sont des évé­ne­ments qui marquent: perdre ses pa­rents, c’est une grosse étape.»

Écri­ture «Je pense que l’en­vie d’écrire, c’est quelque chose qui va m’ha­bi­ter jusqu’à la fin de mes jours. Sous la forme d’un jour­nal, de chan­sons, de poèmes, de ré­cits, de scé­na­rios... J’écris tou­jours! C’est pour moi une façon de nom­mer les choses clai­re­ment. Ça m’aide à res­pi­rer, à pen­ser, à vivre, à ré­flé­chir...»

femmes «J’ad­mire beau­coup les femmes fortes. Ce que j’ima­gine de Léa Pool, par exemple, ou de Mi­che­line Lanc­tôt et d’Isa­belle Hup­pert, si on re­garde chez les co­mé­diennes. Il y a des ar­tistes vi­suelles qui m’ins­pirent et les femmes de ma fa­mille, bien sûr. Ma mère

(Ray­monde), pour sa cu­rio­si­té, son ou­ver­ture et sa force.»

Gour­man­dise «Moi, une bonne sauce à spa­ghet­ti mai­son, ça me ré­jouit! Man­ger un spag avec une bonne sauce, c’est une des choses les plus fa­mi­liales qui soient. Quand quel­qu’un me fait goû­ter celle qu’il a faite lui-même, c’est comme s’il me pre­nait dans ses bras! Si­non, j’aime vrai­ment tout. C’est vrai que je suis gour­mande! J’aime man­ger parce que c’est lié au par­tage. Chez nous, les re­pas sont as­so­ciés à de bons sou­ve­nirs.»

Havre «De­puis trois ans, j’ai la chance d’avoir un pied-à-terre en cam­pagne. Je m’y re­tire quand j’ai be­soin de me re­trou­ver seule avec moi-même. C’est un pe­tit cha­let sur le bord d’un lac fan­tas­tique. C’est vrai­ment dans la na­ture que je me ré­fu­gie.»

Iré­née «Tout le monde ai­mait mon père et, pour lui, la com­mu­nau­té, c’était la chose la plus importante. Il avait un ta­lent pour la com­mu­ni­ca­tion. Il ado­rait dis­cu­ter de toutes sortes de choses, et il a quand même eu huit en­fants qui ont tra­ver­sé les an­nées 1970 et leurs petites ré­vo­lu­tions per­son­nelles. Mon père était un homme calme, et il al­lait mar­cher avec les plus vieux, il par­lait avec eux de ce qui les contra­riait et tout ça.»

Mu­sique «La mu­sique, c’est une autre façon d’être en­semble pour moi: chez nous, le pia­no était tou­jours oc­cu­pé par l’un ou par l’autre. J’ai un frère qui joue ma­gni­fi­que­ment. Quand je re­çois la fa­mille, il s’ins­talle au pia­no pendant qu’on pré­pare le sou­per. Ça crée une belle at­mo­sphère. C’est comme une méditation. J’ai aus­si ache­té un vio­lon­celle l’an pas­sé. Je veux ap­prendre à en jouer avant de mou­rir. C’est dif­fi­cile. J’es­saie d’avoir du temps le plus pos­sible pour re­tour­ner à la mu­sique.»

Or­ga­nisme «De­puis l’an der­nier, je suis mar­raine du Centre de ser­vices de jus­tice ré­pa­ra­trice (CSJR). C’est un centre qui or­ga­nise des ac­ti­vi­tés, des ren­contres pour des gens qui ont su­bi un crime ou une agres­sion et aus­si pour ceux qui en ont commis. Ils se ren­contrent pour qu’il y ait une com­mu­ni­ca­tion pos­sible et qu’en­fin, il y ait une évo­lu­tion dans la gué­ri­son de part et d’autre.»

Per­son­nages «Je pense qu’en gé­né­ral, j’ai beau­coup joué des femmes qui ne l’ont pas eu fa­cile, des per­son­nages qui, comme An­neSo­phie, tra­vaillent fort pour al­ler mieux. J’ima­gine que je dois avoir l’éner­gie du com­bat… Ç’a pris beau­coup de place dans ma car­rière à ce jour.»

Re­li­gion «Mes pa­rents ont bien vu que, l’un après l’autre, nous dé­lais­sions la re­li­gion. C’est pro­ba­ble­ment pour ça qu’ils se sont concen­trés sur ce qui était in­té­res­sant dans la re­li­gion. Ils nous ont in­cul­qué le sens de la com­mu­nau­té, c’est-à-dire faire at­ten­tion à l’autre, le res­pec­ter. Ils nous ont trans­mis les va­leurs qu’ils por­taient en eux, celles de l’amour et du don de soi. C’est cer­tain que ça nous a mar­qués et que ç’a contri­bué à for­mer qui je suis au­jourd’hui.»

Su­zanne «L’ave­nir de Su­zanne, de­puis qu’elle est sor­tie de Liet­te­ville, ne s’an­nonce pas fa­cile. Ce n’est pas simple pour elle de s’adap­ter, de faire confiance. C’est quel­qu’un qui a bien ha­bi­té sa place en pri­son parce qu’il y avait de l’aide. D’autres femmes étaient là pour elle et il y avait de l’ami­tié. C’est une chose à la­quelle elle n’a pas beau­coup goû­té dans sa vie. Elle a eu une vie de fa­mille dif­fi­cile. Elle était déjà sé­pa­rée du monde par la violence qu’il y avait dans son couple et la honte qui dé­cou­lait de ça, mais elle a connu autre chose en pri­son.»

Tra­vail «Si je n’avais pas été co­mé­dienne, je pense que j’au­rais été prof de mu­sique ou mu­si­cienne dans un band ou un groupe clas­sique. D’ailleurs, j’ai déjà en­sei­gné la flûte, mais je n’étais pas une bonne prof!

(rires) »

Voyage «Je re­viens d’Is­lande et, si je pou­vais re­par­tir de­main, j’y re­tour­ne­rais, car je n’ai pas le sen­ti­ment d’avoir ter­mi­né mon voyage. Si­non, il y a en­core tel­le­ment d’en­droits que je ne connais pas. J’irais en Asie, dans les Bal­kans, en Eu­rope du Nord. La Nor­vège, la Suède, ce sont des pays qui m’at­tirent beau­coup.»

Zé­ro «Je suis nulle dans les chiffres! Je veux bien com­prendre, j’y ac­corde toute mon at­ten­tion, toute ma concen­tra­tion, mais au fond, ça ne m’in­té­resse pas. J’es­saie, mais je me rends compte qu’en vieillis­sant, ça ne s’amé­liore pas!»

L’heure bleue, de re­tour le mar­di 12 sep­tembre à 21 h, à TVA . Cé­line vous in­vite à vi­si­ter le site du Centre de ser­vices de jus­tice ré­pa­ra­trice (csjr.org) ain­si que ce­lui du Théâtre La Cha­pelle, au­quel elle est as­so­ciée de­puis plu­sieurs an­nées: lac­ha­pelle.org.

Mi­che­line Lanc­tôt

Avec Eve Lan­dry, l’in­ter­prète de Jeanne dans Uni­té 9.

Aux cô­tés d’Alice Mo­relMi­chaud, dans L’heure bleue.

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