Isa­belle Brouillette

7 Jours - - TENDANCES 7J -

La co­mé­dienne Isa­belle Brouillette, qu’on ver­ra cet au­tomne dans L’Échap­pée et dans Uni­té 9, aime tout au­tant être dans le feu de l’ac­tion sur les pla­teaux de tour­nage que dans la bulle en­ve­lop­pante de son ate­lier de des­sin. Celle qui a ap­pris à être heu­reuse même dans les mo­ments d’in­cer­ti­tude m’a re­çue chez elle, au coeur de sa mai­son dans la Pe­tite-Ita­lie, à Mon­tréal. Une mai­son qu’elle ré­ap­pri­voise de­puis le dé­part de sa fille, avec la­quelle elle vit une re­la­tion pri­vi­lé­giée. Par An­nie- So­leil Pro­teau / Ma­quillage- coif­fure: Va­lé­rie Qué­vil­lon Pho­tos: Do­mi­nic Gouin

Isa­belle, on te voit beau­coup à la té­lé­vi­sion, mais j’ai l’im­pres­sion qu’on sait peu de choses sur toi. Com­ment est-ce que tu l’ex­pliques?

Au fil des ans, je n’ai pas cher­ché à ca­cher, et je n’ai pas cher­ché à mon­trer. C’est le fruit du ha­sard. Tu vois, au­jourd’hui je vous re­çois chez moi, dans ma mai­son; c’est in­time, c’est même un peu in­ti­mi­dant. Mais j’ai fait un beau mé­nage avant! (rires) Tu vis dans la Pe­tite-Ita­lie, en­tou­rée de bonne bouffe, de res­tau­rants, de sa­veurs. Je vois plu­sieurs livres de re­cettes chez toi; la cui­sine, ça fait par­tie de ton uni­vers? Mon en­vi­ron­ne­ment m’ins­pire. Faire mon épi­ce­rie chez Mi­la­no, un en­droit my­thique du bou­le­vard Saint-Laurent, c’est un ca­deau de Dieu! J’ai gran­di à Bros­sard, et le gros plai­sir de ma grand-mère, c’était de ve­nir ici faire ses courses. Elle fai­sait le voyage pour ve­nir cher­cher ses in­gré­dients; au­jourd’hui, moi, j’y vais à pied. Ça change!

« Je n’avais ja­mais ren­con­tré Isa­belle. J’ai dé­cou­vert une femme à la fois forte et douce. Elle est ca­pable de ti­rer le meilleur de la vie, même lorsque cette der­nière lui en­voie une balle courbe. Une belle ren­contre!» — An­nie-So­leil «Mes pa­rents n’ ont pas eu des pro­fes­sions ar­tis­tiques. C’ est leur édu­ca­tion qui m’ a en­cou­ra­gée à me di­ri­ger vers le mi­lieu ar­tis­tique. Ils ne me met­taient pas de bar­rières dans mes pro­jets .»

As-tu trans­mis à ta fille cet amour de la cui­sine?

Oui! On a une belle re­la­tion, qui est en train de se trans­for­mer. Elle est par­tie en ap­par­te­ment il y a un an. Je ne veux pas me van­ter, mais elle m’a dit der­niè­re­ment: «Ma­man, j’ai réa­li­sé que t’avais tout le temps rai­son!» Elle a 21 ans, elle sort de l’âge où on forme notre es­prit par un ar­gu­men­taire op­po­sé. Main­te­nant qu’elle est en ap­par­te­ment et qu’elle vit sa vie d’adulte, elle dit que j’ai tout le temps rai­son! J’ai juste une fille, alors on peut dire que c’est la re­traite pa­ren­tale pour moi! (rires)

Tu sembles avoir des liens fa­mi­liaux très forts. Viens-tu d’un mi­lieu où l’art était pré­sent?

Mes pa­rents, qui sont main­te­nant à la re­traite, n’ont pas eu des pro­fes­sions ar­tis­tiques. Pour­tant, c’est leur édu­ca­tion qui m’a en­cou­ra­gée à me di­ri­ger vers le mi­lieu ar­tis­tique. Ils ne me met­taient pas de bar­rières dans mes pro­jets. J’étais or­ga­ni­sée et stu­dieuse, alors ils n’avaient pas peur. Ma mère n’avait ja­mais eu la chance d’al­ler à l’uni­ver­si­té, mais quand elle a eu 50 ans, elle a vou­lu réa­li­ser ce rêve. Elle s’est ins­crite aux Beaux-Arts à Con­cor­dia. Faire son bac dans la cin­quan­taine, à temps par­tiel, c’est un gros dé­fi! Au­jourd’hui, elle s’ac­com­plit dans cette nou­velle voie: elle donne des ate­liers d’art dans des centres d’ac­ti­vi­tés. Avant, elle était dans la pro­duc­tion; elle a même ou­vert sa propre boîte. Elle a fait beau­coup de vi­déo­clips qué­bé­cois. Elle a no­tam­ment pro­duit le clip Hé­lène, le pre­mier grand suc­cès de Roch Voi­sine. C’est moi, d’ailleurs, qui ai le pe­tit cha­peau que por­tait Hé­lène dans le clip! (rires)

On n’a donc pas be­soin de cher­cher bien loin pour com­prendre d’où ve­nait ton dé­sir d’être co­mé­dienne!

Avant d’être en pro­duc­tion, ma mère a long­temps tra­vaillé en pu­bli­ci­té. Elle m’a fait faire quelques com­mer­ciaux, quand j’étais pe­tite. Ce n’était pas une

époque où il y avait des en­fants ve­dettes au Qué­bec, alors j’ai en­suite étu­dié en théâtre.

Est-ce que c’est un mi­lieu dans le­quel tu t’es tou­jours sen­tie bien?

Oui. J’ai tou­jours sen­ti que je fai­sais la bonne chose. Ce n’est pas de pra­ti­quer ce mé­tier-là qui est dif­fi­cile: c’est de ne pas avoir l’oc­ca­sion de le pra­ti­quer. C’est comme pri­ver un vio­lo­niste de son vio­lon.

Mais tu tra­vailles beau­coup en ce mo­ment...

J’ai 48 ans. Avec le re­cul, je peux ob­ser­ver les cycles. J’ai eu mes an­nées d’émis­sions jeu­nesse, en­suite mes an­nées de té­lé­ro­mans et de sit­coms avec Des­ti­nées et 450, che­min du Golf, et là, je suis dans mes an­nées de théâtre avec Ba­by-Sit­ter. Pour ce spec­tacle, je suis éga­le­ment de­ve­nue pro­duc­trice. Ce mi­lieu offre plein de pos­si­bi­li­tés pour être créa­tif, in­ven­ter ses propres af­faires. Ça me de­mande d’in­ves­tir énor­mé­ment de temps et de tra­vail, mais j’en re­tire beau­coup de plai­sir.

La re­con­nais­sance du pu­blic passe sou­vent par la té­lé. Tu joues dans des émis­sions très po­pu­laires; aimes-tu ça lors­qu’on t’aborde?

Oui, les gens sont contents, et moi je suis en run­nings et en jean, re­laxe. Je trouve ça le fun parce qu’ils sont tout ex­ci­tés. Et moi je vis ça: si je croise quel­qu’un qui joue à la té­lé, ça me fait cet ef­fet aus­si.

La té­lé­vi­sion est un monde où tout doit être tour­né de plus en plus vite. Com­ment fais-tu pour dé­cro­cher quand tu sors de tour­nages in­ten­sifs? As-tu des échap­pa­toires?

J’ai ten­dance à ne vrai­ment pas sor­tir de chez moi. Je ne me ma­quille pas, je m’ha­bille en mou et je suis pieds nus. Et je me re­fais une san­té. Je fais at­ten­tion à mon ali­men­ta­tion — parce que les jour­nées où tu tra­vailles, tu manges tout croche. Je suis contente de cui­si­ner, je me ré­ap­pro­prie mon quo­ti­dien.

Je prends soin de ma peau aus­si, je me fais faire un fa­cial, et on di­rait que je re­nais! Le vi­sage su­bit tel­le­ment de stress, toute l’émo­tion passe par là. C’est fou la dé­tente mus­cu­laire et les beaux com­pli­ments qu’ap­porte un fa­cial!

Tu te sou­cies de ta san­té. Fais-tu beau­coup de sport?

J’haïs faire du jog­ging! Mais je fais du sport. Je ne vais pas au gym, je n’aime pas avoir une struc­ture d’en­traî­ne­ment. Bou­ger, ça fait par­tie de mon quo­ti­dien, mais il ne faut pas que ce soit une obli­ga­tion dans mon ca­len­drier. Cet été, j’ai fait la Vé­lo­route des Bleuets, au Lac- Saint-Jean. C’est le plus beau voyage que j’ai fait! Tu dors dans des au­berges, et il y a plein d’af­faires à vi­si­ter. On a tra­ver­sé une fo­rêt pro­té­gée avec une piste cy­clable d’as­phalte; ça roule doux, mais tu es en­tou­ré d’arbres. J’ai ca­po­té!

Tu aimes aus­si les ac­ti­vi­tés plus re­po­santes: tu as un bel ate­lier chez toi! Com­ment le des­sin est-il ar­ri­vé dans ta vie?

J’ai tou­jours ai­mé bri­co­ler; je fai­sais des cartes pour les an­ni­ver­saires de mes proches. Puis un jour, je me pré­pa­rais à par­tir en voyage, et une amie m’a of­fert une pe­tite boîte d’aqua­relle pour faire un car­net de voyage. Ç’a été une ré­vé­la­tion pour moi ce plai­sir-là. C’est mé­di­ta­tif, simple et pas sa­lis­sant; ça prend juste de l’eau et un pin­ceau! J’ai eu un gros coup de coeur, et de­puis, je n’ai pas ar­rê­té de traî­ner ma pe­tite boîte d’aqua­relle. Après, j’ai com­men­cé à faire de l’encre de Chine. Par­fois, j’en fais même pour des gens qui m’en com­mandent. Je fais ça en di­let­tante, quand j’ai moins de con­trats, et j’adore ça!

Jus­te­ment, quand il y a une pé­riode de flot­te­ment entre deux con­trats, on peut se ques­tion­ner par­fois... Est-ce que le des­sin, ça te per­met d’apai­ser les doutes des pé­riodes creuses?

Ab­so­lu­ment. On se fait tou­jours dire par notre en­tou­rage: «T’as du temps, pro­fites-en!» Mais pour faire quoi? Des fois, on ne sait pas! Main­te­nant que j’ai cette ac­ti­vi­té que j’aime, j’ac­cepte la pé­riode creuse. Si tu as la chance de vivre un peu plus au pré­sent, de juste faire confiance à la vie et de ne pas avoir peur, tu le sais com­ment être heu­reux; par exemple, en pas­sant des heures à des­si­ner. Je peux des­si­ner pen­dant des heures. Ç’a un ef­fet cal­mant sur moi. J’écoute de la mu­sique aus­si, très mol­lo, pour ne pas être dis­traite. Sou­vent, je mets Billie Ho­li­day; il y a quelque chose de mé­lan­co­lique quand on des­sine, c’est très in­té­rieur. On di­rait qu’il y a un mé­nage qui se fait dans ton cer­veau. Tu es concen­tré dans un geste.

Sou­haites-tu al­ler plus loin avec tes des­sins? Ai­me­rais-tu faire une ex­po­si­tion?

C’est presque une thé­ra­pie pour moi. Par contre, l’ar­tiste pro­fes­sion­nel qui doit faire ses preuves chaque fois, je ne suis pas sûre que ce soit très, très thé­ra­peu­tique! Tu vois, je n’ai pas le goût de faire une ex­po­si­tion. Ça me met­trait une pres­sion par rap­port au pu­blic, et ça, je l’ai dé­jà dans mon mé­tier. Des­si­ner, c’est une ac­ti­vi­té que je fais en toute li­ber­té.

«Ma­filleet­moi,ona une belle re­la­tion, qui est en train de se trans­for­mer. Elle est par­tie en ap­par­te­ment ilyau­nan.»

La co­mé­dienne pri­vi­lé­gie le des­sin pour se dé­tendre. Elle adore des­si­ner des ani­maux à l’encre de Chine.

«Isa­belle m’a fait dé­cou­vrir son ate­lier de des­sin, où elle passe beau­coup de temps à lais­ser al­ler sa créa­ti­vi­té. Elle m’a même don­né un pe­tit cours de des­sin à l’aqua­relle!»

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