La crise des opioïdes frappe de plus en plus fort au N.-B.

Acadie Nouvelle - - ACTUALITÉS - pa­trick.la­celle@acadienouvelle.com @pa­tri­ck­la­celle

La crise des opioïdes n’af­fecte pas que l’Ouest du pays. C’est au Nou­veauB­runs­wick que la plus forte aug­men­ta­tion d’hos­pi­ta­li­sa­tions en lien avec cette drogue a été ob­ser­vée.

Les opioïdes sont des mé­di­ca­ments qui peuvent être pres­crits par un mé­de­cin pour ai­der à apai­ser la dou­leur, comme la mor­phine et le fen­ta­nyl. Ces sub­stances peuvent fa­ci­le­ment en­traî­ner une dé­pen­dance et la mort lors­qu’ils ne sont pas uti­li­sées sous la su­per­vi­sion d’un mé­de­cin.

L’Ins­ti­tut ca­na­dien d’in­for­ma­tion sur la san­té (ICIS) a dé­voi­lé jeu­di un rap­port qui ren­ferme des don­nées alar­mantes sur la consom­ma­tion d’opioïdes au pays. On y ap­prend que le Nou­veau-Bruns­wick a un taux d’hos­pi­ta­li­sa­tion lié aux opioïdes de 17,8 par 100 000 ha­bi­tants.

La moyenne na­tio­nale est de 15,5 hos­pi­ta­li­sa­tions par 100 000 ha­bi­tants.

En 2007 au Nou­veau-Bruns­wick, 64 per­sonnes ont été hos­pi­ta­li­sées en rai­son d’une sur­dose d’opioïdes. En 2015, ils étaient 106 et en 2016, 134.

Si le Nou­veau-Bruns­wick est loin d’avoir le taux le plus éle­vé aux pays - la palme re­vient aux ter­ri­toires (34,5) et à la Co­lom­bieB­ri­tan­nique (25) - c’est chez nous que cette sta­tis­tique a le plus aug­men­té au cours des der­nières an­nées. Dans plu­sieurs pro­vinces, elle n’a haus­sé que d’un point à peine. Au Nou­veau-Bruns­wick, le taux d’hos­pi­ta­li­sa­tions a grim­pé de 3,6 par 100 000 ha­bi­tants de 2015-2016 à 2016-2017.

En Co­lom­bie-Bri­tan­nique, l’aug­men­ta­tion du taux d’hos­pi­ta­li­sa­tion en rai­son d’une in­toxi­ca­tion aux opioïdes n’a été que de 1,6. En Nou­velle-Écosse la hausse a été de 1,3 et à l’Île-du-Prince-Édouard, de 1,4.

À l’ex­cep­tion de la Sas­kat­che­wan, les hos­pi­ta­li­sa­tions en rai­son d’une sur­con­som­ma­tion in­ten­tion­nelle ou non ont aug­men­té.

«Elles sont plus im­por­tantes au cours des deux ou trois der­nières an­nées, et ce, à tra­vers le pays. Par contre, la si­tua­tion reste plus dra­ma­tique dans l’ouest et dans le nord du pays», a pré­ci­sé la cher­cheuse prin­ci­pale à l’ICIS, Ch­ris­ti­na La­wand .

En 2016-2017, il y a eu 24,3 hos­pi­ta­li­sa­tions par 100 000 ha­bi­tants en rai­son d’une in­toxi­ca­tion aux opioïdes à Monc­ton. Le taux à Saint-Jean est de 26,3. Les grands centres ur­bains du N.-B. font un peu bande à part puisque les sta­tis­tiques sont gé­né­ra­le­ment plus éle­vées en mi­lieu ru­ral d’après l’ICIS.

«Les grandes villes comme Van­cou­ver, Mont­réal et To­ron­to sont moins af­fec­tées que les mu­ni­ci­pa­li­tés dans les ré­gions ru­rales de ces pro­vinces res­pec­tives. Je di­rais que la si­tua­tion au N.-B.. est as­sez par­ti­cu­lière. Les villes de Monc­ton et de Saint-Jean ont des taux beau­coup plus éle­vés que dans le reste de la pro­vince», a ex­pli­qué Mme La­wand.

Les mi­lieux plus ru­raux semblent être aus­si af­fec­tés par la crise, à quelques ex­cep­tions près, pour plu­sieurs rai­sons.

«On pense que c’est parce qu’il y a moins d’in­fra­struc­tures en place pour contrer le pro­blème. Peut-être qu’il y a moins de pro­grammes qui viennent en aide aux per­sonnes vul­né­rables et aux toxi­co­manes, par exemple. Il y a plu­sieurs fac­teurs qui peuvent ex­pli­quer que dans les ré­gions ru­rales, c’est de­ve­nu un pro­blème», note la cher­cheuse.

POUR­QUOI?

Pour­quoi l’épi­dé­mie des in­toxi­ca­tions aux opioïdes se ré­pand-elle comme une traî­née de poudre au pays et com­ment a-t-elle com­men­cé? Il faut re­mon­ter jus­qu’aux mé­de­cins pour trou­ver la source du pro­blème.

«Ce qu’on constate sur le ter­rain, c’est que c’est une crise qui a com­men­cé, il y a une di­zaine d’an­nées, d’un pro­blème de sur­pres­crip­tion de mé­di­ca­ment. Ç’a créé des dé­pen­dances au sein de la po­pu­la­tion. Il y a un mar­ché de pres­crip­tions lé­gales qui a dé­vié sur le mar­ché noir et en­suite, lors­qu’on a ten­té de res­ser­rer la vis sur le mar­ché lé­gal, il y a eu un es­sor du mar­ché illi­cite d’opioïdes.»

«On parle de pro­duits vendus à un prix très abor­dable et qui sont fa­ci­le­ment ac­ces­sibles pour les gens qui ont peu de moyens. Ce sont aus­si des pro­duits qui sont très puis­sants et toxiques», a ana­ly­sé la cher­cheuse de l’ICIS.

La ma­jo­ri­té des sur­doses d’opioïdes au Ca­na­da sont ac­ci­den­telles, par­fois at­tri­buées à une er­reur de po­so­lo­gie. Par contre, une grande par­tie des uti­li­sa­teurs prennent cette drogue avec l’in­ten­tion de se faire du mal et même dans le but de s’en­le­ver la vie.

«Je pense que ce qui est trou­blant avec les chiffres, c’est que 30% des hos­pi­ta­li­sa­tions sont liées à un usage in­ten­tion­nel. Ça veut dire qu’on ten­tait de se bles­ser. Ça part d’un lien très im­por­tant entre les nar­co­tiques et la san­té men­tale».

En fait, se­lon les don­nées de l’ICIS, 45% des jeunes hos­pi­ta­li­sés en rai­son d’une sur­dose souffrent d’un pro­blème de san­té men­tale comme des troubles d’an­xié­té ou de dé­pres­sion.

«Les don­nées nous dé­montrent que la crise des opioïdes s’ag­grave au pays. On constate qu’il y a une aug­men­ta­tion des taux d’hos­pi­ta­li­sa­tion par­tout au Ca­na­da.»

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