Co­rée du Nord: pour­quoi cet ap­pui in­dé­fec­tible de la Chine?

Acadie Nouvelle - - ANALYSE -

La se­maine der­nière, Do­nald Trump a ren­du vi­site aux chefs d’État du Ja­pon, de la Co­rée du Sud et de la Chine. Un su­jet en par­ti­cu­lier a cer­tai­ne­ment do­mi­né les trois conver­sa­tions: la Co­rée du Nord.

Le pre­mier mi­nistre ja­po­nais, Shin­zo Abe et le pré­sident sud-co­réen, Moon Jae-in, es­pé­raient sans doute re­ce­voir la pro­tec­tion des États-Unis contre les armes nu­cléaires de la Co­rée du Nord. Mais à Bei­jing, le pré­sident amé­ri­cain au­rait été le sup­pliant.

Trump a certes de­man­dé au pré­sident Xi Jin­ping d’em­pê­cher à tout prix la Co­rée du Nord de tes­ter ses armes nu­cléaires et ses mis­siles ba­lis­tiques in­ter­con­ti­nen­taux. Trump s’est mis le dos au mur avec ses pa­roles concer­nant la Co­rée du Nord, mais il sait (ou bien, ses conseillers mi­li­taires l’ont aver­ti à maintes re­prises) qu’une so­lu­tion mi­li­taire mè­ne­rait sans au­cun doute à une guerre ma­jeure et pro­ba­ble­ment à une guerre nu­cléaire lo­cale.

Do­nald Trump a main­te­nu que la Co­rée du Nord ne pour­rait jamais at­teindre les États-Unis avec des armes nu­cléaires. Mais en réa­li­té, ce pays se­ra bien­tôt en me­sure de le faire (s’il ne l’est pas en­core). La seule me­nace que les États-Unis pour­raient lan­cer à la Co­rée du Nord se­rait une guerre éven­tuelle, alors Trump a be­soin de la Chine pour le ti­rer d’af­faire.

La Chine, elle, a tous les le­viers: 90% des im­por­ta­tions de la Co­rée du Nord ar­rivent par la Chine. Qui plus est, les ventes de la Co­rée du Nord à la Chine re­pré­sentent la ma­jo­ri­té de son com­merce à l’étran­ger. Bei­jing pour­rait aban­don­ner la po­pu­la­tion nord-co­réenne à son triste sort s’il le vou­lait – mais elle ne le fe­ra pas.

Xi Jin­ping ten­dra peut-être une courte perche à Trump – comme peut-être une in­ter­dic­tion sur la vente de sé­choirs et de tron­çon­neuses en Co­rée du Nord –, mais il ne fe­ra rien pour me­na­cer la survie du ré­gime de ce pays. Il sait pour­tant que ce­la se­rait né­ces­saire pour convaincre Kim Jong-un de se sou­mettre aux dé­si­rs de Trump, car le chef nord-co­réen consi­dère ses bombes nu­cléaires et ses mis­siles ba­lis­tiques in­ter­con­ti­nen­taux comme es­sen­tiels à la survie de son ré­gime.

Xi Jin­ping n’a au­cun at­ta­che­ment pour Kim Jong-un et il n’ap­prouve cer­tai­ne­ment pas les tests d’armes nu­cléaires et de mis­siles. Le chef de la Co­rée du Nord a même éli­mi­né les hauts fonc­tion­naires du pays les plus proches à la Chine. Pour­tant, Bei­jing le to­lère tou­jours. Pour­quoi?

C’est parce qu’il consi­dère la survie du com­mu­nisme en Co­rée du Nord comme es­sen­tielle à la survie du com­mu­nisme en Chine. C’est peut-être dif­fi­cile à com­prendre, mais il faut y ré­flé­chir du point de vue des chefs chi­nois.

Au cours des 25 der­nières an­nées, on a ren­ver­sé presque tous les par­tis com­mu­nistes du monde. Il ne reste que cinq pays gou­ver­nés par un par­ti com­mu­niste: la Chine, la Co­rée du Nord, Cu­ba, le Viet­nam et le Laos. Et la prio­ri­té du Par­ti com­mu­niste chi­nois n’est pas de «rendre à la Chine sa gran­deur» ou de mettre sur pied une ma­rine hau­tu­rière ou quoi que ce soit d’autre: c’est de conser­ver la po­si­tion de pou­voir du par­ti.

Bien que ces ini­tia­tives im­portent éga­le­ment aux chefs chi­nois, ils se de­mandent tou­jours, «est-ce que ça ren­for­ce­ra l’au­to­ri­té du par­ti?». De ce point de vue, la chute du ré­gime com­mu­niste nord-co­réen se­rait po­ten­tiel­le­ment un coup mor­tel au Par­ti com­mu­niste chi­nois aus­si.

Le rai­son­ne­ment le plus sou­vent don­né pour la dé­ter­mi­na­tion de Bei­jing à conser­ver le ré­gime nord-co­réen est tout sim­ple­ment in­sen­sé. Les com­mu­nistes chi­nois ne s’in­quiètent pas, en fait, d’une vague de ré­fu­giés nord-co­réens pé­né­trant la fron­tière mand­chou­rienne si jamais le ré­gime s’ef­fon­drait. Les ré­fu­giés ren­tre­raient plu­tôt à la mai­son après que tout se soit cal­mé et de­vien­draient d’heu­reux ci­toyens d’une Co­rée réuni­fiée.

Bei­jing ne s’in­quiète pas non plus de la pos­si­bi­li­té qu’une Co­rée réuni­fiée at­tire des troupes amé­ri­caines à la fron­tière chi­noise. En fait, elles se­raient plu­tôt por­tées à quit­ter le pays dans un tel cas. Après tout, per­sonne en Co­rée ne s’in­quiète d’une at­taque chi­noise, alors pour­quoi les troupes amé­ri­caines y res­te­raient-elles?

Ce qui ef­fraye réel­le­ment les hauts fonc­tion­naires chi­nois? L’ef­fon­dre­ment d’un autre ré­gime com­mu­niste. La chute du ré­gime so­vié­tique de 1989-1991 les a ter­ri­fiés et ils jettent le blâme de l’ef­fon­dre­ment sur la fai­blesse du Par­ti com­mu­niste de l’Union so­vié­tique et le fait que ce­lui-ci était prêt à par­ve­nir à un com­pro­mis.

Mal­gré leur in­fluence et leurs réus­sites, ils se voient sur le bord du pré­ci­pice: un pas en ar­rière - un signe de fai­blesse - et ils pour­raient se re­trou­ver en chute libre. S’ils aban­donnent Kim Jong-un, ils pour­raient dé­clen­cher un tour­billon dans leur propre pays. Mal­gré leur aver­sion pour lui, ils n’ont pas d’autre choix que de lui don­ner un coup de main.

Ce n’est pas un scé­na­rio pro­bable, mais un groupe do­mi­nant au sein du Par­ti com­mu­niste chi­nois croit que, de­puis l’ef­fon­dre­ment de l’Union so­vié­tique, c’est une réelle pos­si­bi­li­té. Ce groupe ne pous­se­ra pas trop Kim Jong-un, peu im­porte les ré­per­cus­sions. Et l’Ins­tance col­lé­giale des chefs d’état-ma­jor des États-Unis vient d’an­non­cer au Congrès que les États-Unis ne pour­raient au­cu­ne­ment éli­mi­ner les armes nu­cléaires de la Co­rée du Nord sans une grande in­va­sion ter­restre.

La conclu­sion? Peu im­porte l’opi­nion des dif­fé­rents in­ter­ve­nants, la Co­rée du Nord fi­ni­ra par pos­sé­der une mo­deste force de dis­sua­sion nu­cléaire. Mais ce pays de­vra ac­cep­ter de ne rien pos­sé­der pou­vant at­teindre sa cible avec suc­cès lors d’une pre­mière ten­ta­tive. Ce n’est pas comme si la Co­rée du Nord a les moyens de construire une telle force de toute fa­çon.

Ce qui prime pour les di­ri­geants chi­nois, c’est la survie du com­mu­nisme. − As­so­cia­ted Press: An­drew Har­nik

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