Il n’y a pas de crise à la fron­tière, as­sure l’ONU

Acadie Nouvelle - - CANADA - Te­re­sa Wright

Ni le Ca­na­da ni les États-Unis ne connaissent de crise en ma­tière de de­mandes d'asile, as­sure le Haut­com­mis­saire ad­joint des Na­tions Unies pour les ré­fu­giés.

Vol­ker Turk, un Au­tri­chien char­gé de la pro­tec­tion des ré­fu­giés pour l'ONU, était à Ot­ta­wa cette se­maine pour ren­con­trer des agents des ser­vices fron­ta­liers ca­na­diens. Il a dé­cla­ré lors d'une en­tre­vue que la ré­cente flam­bée du nombre d'im­mi­grants clan­des­tins au Ca­na­da n'était rien com­pa­rée aux mil­lions de ré­fu­giés qui af­fluent chaque an­née vers des pays beau­coup plus pauvres.

De même, la ca­ra­vane de mi­grants qui tra­verse le Mexique vers les États-Unis, et qui compte quelques mil­liers de per­sonnes, est pe­tite com­pa­rée aux vastes mi­gra­tions su­bies ces der­nières an­nées par des pays comme le Li­ban, la Jor­da­nie et la Tur­quie, qui ont ab­sor­bé plus de cinq mil­lions de ré­fu­giés sy­riens. «Nous consta­tons sou­vent dans les mé­dias que des hordes de per­sonnes semblent se ruer vers le monde in­dus­tria­li­sé - ce n'est ab­so­lu­ment pas vrai», a dé­cla­ré M. Turk.

L'Amé­rique du Nord a été lar­ge­ment épar­gnée par la vé­ri­table crise mon­diale de 68,5 mil­lions de per­sonnes dé­pla­cées dans le monde, fuyant la guerre et les conflits, at-il rap­pe­lé. «Je pense qu'il est im­por­tant de tout mettre en pers­pec­tive et de gar­der à l'es­prit que, lorsque les gens parlent de "crise" de nos jours, ces crises sont éloi­gnées de l'Amé­rique du Nord ou de l'Eu­rope, elles se pro­duisent sou­vent dans les pays les plus pauvres du monde, qui ont be­soin de notre sou­tien, de notre so­li­da­ri­té et de notre hu­ma­ni­té.»

La rhé­to­rique po­li­tique avi­vant l'in­quié­tude du pu­blic à l'égard des de­man­deurs d'asile a aug­men­té ces der­nières se­maines, di­ri­gée par des hommes po­li­tiques ca­na­diens et amé­ri­cains. Au Ca­na­da, les conser­va­teurs fé­dé­raux dé­crivent ré­gu­liè­re­ment l'af­flux de di­zaines de mil­liers de de­man­deurs d'asile qui entrent «ir­ré­gu­liè­re­ment» au Ca­na­da par des points d'en­trée non of­fi­ciels en pro­ve­nance des États-Unis comme une crise fron­ta­lière. Ils ont uti­li­sé cette ques­tion pour gal­va­ni­ser leur base et cri­ti­quer le gou­ver­ne­ment li­bé­ral.

Aux États-Unis, le pré­sident Do­nald Trump s'est ex­pri­mé de plus en plus sé­vè­re­ment sur la ques­tion des «étran­gers en si­tua­tion ir­ré­gu­lière», alors qu'il conti­nue de faire pres­sion pour la construc­tion d'un mur le long de la fron­tière amé­ri­ca­no-mexi­caine. Dans la pé­riode qui a pré­cé­dé les élec­tions amé­ri­caines de mi-man­dat cette se­maine, il a été par­ti­cu­liè­re­ment agres­sif à l'égard de la ca­ra­vane de mi­grants, af­fir­mant que ses membres re­pré­sentent une in­va­sion. Il a dé­ployé l'ar­mée à la fron­tière en ré­ponse.

Néan­moins, ajoute M. Turk, les ÉtatsU­nis sont mu­nis d'un sys­tème d'asile «ro­buste», do­té de freins et de contre­poids.

Se­lon M. Turk, 90% des ré­fu­giés dans le monde qui fran­chissent les fron­tières in­ter­na­tio­nales le font aus­si loin du Ca­na­da et des États-Unis.

«Je pense qu'il est im­por­tant de ne ja­mais perdre de vue ce que nous af­fron­tons au­jourd'hui dans le monde. Les vraies crises de ce monde sont en Ou­gan­da, en Tur­quie, en Jor­da­nie, au Li­ban, en Éthio­pie, au Pa­kis­tan et en Iran, des pays qui ac­cueillent lit­té­ra­le­ment des mil­lions de ré­fu­giés an­née après an­née», a-t-il pré­ci­sé.

Le Ca­na­da en a ef­fec­ti­ve­ment pris conscience et suit de près l'évo­lu­tion des ten­dances mi­gra­toires, en par­ti­cu­lier dans les Amé­riques, se­lon des do­cu­ments gou­ver­ne­men­taux ob­te­nus en ver­tu de la loi sur l'ac­cès à l'in­for­ma­tion.

Des res­pon­sables du mi­nis­tère du Com­merce préoc­cu­pa­tions in­ter­na­tio­nal à ce su­jet, no­tam­ment ont ex­pri­mé en des ce qui concerne la «rhé­to­rique ra­di­cale» de l'ad­mi­nis­tra­tion Trump qui pour­rait conduire à un af­flux de mi­grants d'Amé­rique cen­trale en si­tua­tion ir­ré­gu­lière au Ca­na­da. M. Trump a dé­ci­dé de mettre fin au sta­tut de pro­tec­tion tem­po­raire ac­cor­dée à des cen­taines de mil­liers de res­sor­tis­sants étran­gers vi­vant aux États-Unis et a pro­mis d'abo­lir le pro­gramme DACA, qui pro­tège les mi­neurs em­me­nés illé­ga­le­ment au pays par leurs pa­rents. Un dé­ci­sion in­va­li­dée jeu­di par la Cour d'ap­pel des États-Unis (voir texte en page 17). Les res­pon­sables ca­na­diens no­taient dans un do­cu­ment d'in­for­ma­tion de sep­tembre 2017 que les deux tiers des bé­né­fi­ciaires de DACA aux États-Unis étaient des res­sor­tis­sants mexi­cains. Ils pré­ve­naient que si plu­sieurs d'entre eux dé­ci­daient de ve­nir au Ca­na­da, ce­la exer­ce­rait une pres­sion énorme sur le sys­tème d'asile ca­na­dien. Le Ca­na­da col­la­bore avec l'agence de M. Turk pour ai­der le Mexique à ren­for­cer sa ca­pa­ci­té de trai­te­ment des de­mandes d'asile éma­nant d'Amé­rique cen­trale. Le tra­vail a in­clus une for­ma­tion don­née par les agents d'im­mi­gra­tion ca­na­diens à leurs ho­mo­logues mexi­cains sur l'éva­lua­tion des re­ven­di­ca­tions du sta­tut de ré­fu­gié et la pro­tec­tion des de­man­deurs d'asile. M. Turk a dé­cla­ré que l'ef­fort avait dé­jà por­té ses fruits, les de­mandes d'asile au Mexique pas­sant de 2000 en 2016 à 10 000 en 2017. «Le Mexique a tou­jours été un pays de tran­sit et plu­sieurs per­sonnes n'ont pas de­man­dé l'asile, a-t-il ex­pli­qué. Même au cours des deux der­niers jours, nous avons consta­té une aug­men­ta­tion du nombre de de­mandes d'asile (au Mexique). Il est donc évident que le Mexique a be­soin de sou­tien, tant en ce qui concerne le sys­tème d'asile que pour l'ai­der à in­té­grer les ré­fu­giés.» ■

– La Presse ca­na­dienne: Da­vid Ka­wai

Le Haut-com­mis­saire ad­joint des Na­tions Unis pour les ré­fu­giés, Vol­ker Turk, jeu­di, à Ot­ta­wa.

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