Les durs com­bats de Dan Bi­gras

Dan Bi­gras, qui a tou­jours été as­sez discret sur sa vie pri­vée, vient de lan­cer son au­to­bio­gra­phie, Le temps des sei­gneurs. Sans cen­sure, il nous livre un té­moi­gnage franc et tou­chant sur sa vie. Nous com­pre­nons ra­pi­de­ment au cours de notre lec­ture qu’il

Allô Vedettes - - SOMMAIRE - Yves Bou­dreau

Au tout dé­but de son livre, Dan Bi­gras parle de ses pa­rents, qui lui ont ren­du la vie im­pos­sible. Son père, Ju­lien, était écri­vain, mais aus­si un des plus cé­lèbres psy­cha­na­lystes de son époque. Au su­jet de sa mère, il dit que celle-ci ne l’aime pas. «Ma mère ne m’aime pas. Son re­gard fâ­ché me donne tou­jours l’im­pres­sion que j’ai fait quelque chose de mal, de grave. Elle me tend des pièges de co­chon pour que je me fasse cris­ser des vo­lées. Elle n’a pas pour moi les gestes qu’ont les autres pa­rents pour leurs en­fants. Elle ne m’aime pas» , écrit-il dans son avant-pro­pos. Puis, au su­jet de son père: «Mon père me bat, mais il m’aime.» Il se ré­con­ci­lie­ra avec lui, il n’au­ra ja­mais l’amour de sa mère. Elle aus­si psy­cha­na­lyste, elle a vé­cu un cer­tain temps avec le Dr Hen­ry Mor­gen­ta­ler. Fils aî­né de trois en­fants, Dan di­ra de ses pa­rents: «Ma mère était mé­chante, mon père était violent.»

LA MU­SIQUE Le jeune Da­niel au­rait pu tour­ner beau­coup plus mal. Il af­firme que les en­fants mal ai­més ont deux fa­çons de ré­agir: «Les pre­miers vont de­ve­nir des saints. Les autres vont faire l’in­verse, de­ve­nir des ban­dits. En ce qui me concerne, je n’ai pas cou­ru de chance, j’ai fait un peu des deux.» À l’âge de 16 ans, ne pou­vant plus sup­por­ter l’at­mo­sphère de la mai­son – même s’il s’était ré­con­ci­lié avec son père qui lui avait pro­mis de ne plus ja­mais le frap­per (pa­role te­nue) –, Dan Bi­gras dé­cide de quit­ter la mai­son fa­mi­liale. Avant de par­tir dé­fi­ni­ti­ve­ment, il pro­met à son père de ter­mi­ner sa qua­trième se­con­daire, ce qu’il fait, mais avec des notes très or­di­naires: «Alors, j’ai ter­mi­né mon se­con­daire 4. On s’en­tend que je n’ai pas at­ten­du mon bul­le­tin. À mon der­nier exa­men, j’avais dé­jà mon sac à dos avec moi. Je n’ai pas dit au re­voir à ma fa­mille et je ne les ai plus vus pen­dant quatre ans.»

Le jeune homme a un plan. Il veut jouer de la mu­sique, mais il connaî­tra la rue en évi­tant les pièges de la drogue ou de la pros­ti­tu­tion pour sub­ve­nir à ses be­soins. C’est la mu­sique qui l’ai­de­ra à se tra­cer une route qui

«Ma mère était mé­chante, mon père était violent»

ne se­ra pas un long fleuve tran­quille. À Qué­bec, il trou­ve­ra des em­plois où il fe­ra des ren­contres qui lui per­met­tront de pour­suivre son rêve.

Mais l’al­cool et la drogue viennent en­va­hir sa vie. Le jeune pia­niste et chan­teur se pro­mène un peu par­tout au Qué­bec, puis au dé­but des an­nées 1980, il re­vient à Mon­tréal et joue rue Saint-De­nis, prin­ci­pa­le­ment Au grand ca­fé. Il fait la ren­contre de ses amis tou­jours fi­dèles, Luce Du­fault, Lu­lu Hu­ghes, l’har­mo­ni­ciste Carl Trem­blay et son grand co­pain Bob Walsh, qu’il avait dé­cou­vert à Qué­bec. L’al­cool coule à flots, les filles passent dans son lit, la drogue, le pot, mais sur­tout la co­caïne font par­tie de sa vie: «Une fois que tu as snif­fé ta ligne, ba­da­boum, l’éner­gie te re­vient et tu fais ton troi­sième spec­tacle de la soi­rée en cin­quième vi­tesse. Sauf que tu rentres chez toi à 4 h du ma­tin com­plè­te­ment éner­vé. Ça te pren­drait 12 té­lés pour t’oc­cu­per l’es­prit. Moi, je me ca­lais une de­mi-bou­teille de scotch d’un coup et je pou­vais m’en­dor­mir. En­suite, tout re­com­men­çait le len­de­main.»

LA MORT AU REN­DEZ-VOUS Dans Le temps des sei­gneurs, il est sou­vent ques­tion de dé­cès. Dan Bi­gras a per­du une foule d’amis, mais la mort qu’il n’ac­cepte pas en­core et dont il se sent cou­pable est celle de son frère Guillaume, son ca­det de sept ans. Un soir qu’il re­ve­nait du ci­né­ma avec sa blonde, il a re­çu un ap­pel de son frère JeanF­ran­çois, qui a quatre ans de moins que lui, pour lui an­non­cer la mort de Guillaume. Ce­lui-ci a été trou­vé dans un fos­sé. Il au­rait été as­sas­si­né. Dan s’est tou­jours sen­ti cou­pable de cette mort: «Ti-frère ado­rable, cro­quable, as­sas­si­nable… Il avait le don rare qu’ont cer­taines per­sonnes de ve­nir te ta­per sur le ti-nerf jus­qu’à ce que t’aies la tendre en­vie de le noyer, et la mi­nute sui­vante tu l’au­rais em­bras­sé, tu fe­rais n’im­porte quoi pour lui. Il a es­sayé de me par­ler il y a des an­nées, et je n’ai pas en­ten­du.» Guillaume était im­pli­qué dans un ré­seau de pros­ti­tu­tion avec son amant et, lors d’une des­cente de la po­lice

En­fance dif­fi­cile, al­cool, drogues et can­cer.

dans un ap­par­te­ment où ils pra­ti­quaient leur mé­tier, Guillaume au­rait dit qu’il al­lait plai­der cou­pable. De peur d’être dé­non­cés, les di­ri­geants du ré­seau l’au­raient éli­mi­né. À ce mo­ment, pour se pro­té­ger, ain­si que Con­rad, l’amant de son frère, Dan s’est ache­té un re­vol­ver qu’il por­tait sur lui, même quand il chan­tait dans les bars.

Avec le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau, au prin­temps der­nier, lors du com­bat de boxe ami­cal de sa fon­da­tion. Avec Mar­tine StC­lair, tou­jours au com­bat de boxe. Il avait pour­tant l’air en forme du­rant cette pé­riode.

Dan a vrai­ment eu un dé­but de vie dif­fi­cile. C’est pour cette rai­son qu’il fait preuve d’une si grande em­pa­thie.

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